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CHAPITRE III

FKORIESSES B£ JUII.I.ET.

La. révolution de i83o, à son origine, eut le mérite de s'effrayer d'elle-même. Son premier sentiment fut de redouter l'invasion de l'esprit révolutionnaire; son premier besoin, de prendre des sûretés contre les entraînemens subversifs; son premier acte , de s'enchaîner dans les liens d'un pacte fondamental qui sauvât la société, non seulement de tout ébranlement, mais aussi de toute alarme. C'est là son caractère natif, celui qui la distingue de toutes les révolutions passées. Le peuple armé , ce peuple qu'on a tant invoqué, dont on a tant de fois usurpé le nom, dont on devrait respecter les vœux et les exemples, le peuple eut hâte d'abdiquer aux mains des représentans légitimes du pays, comme ceux-ci aux

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mains <lû prince qu'ils destinaient à la couronne. Le 9 août, il fut dit que l'ordre constitutionnel recommençait son cours , et le programme unique était cette première parole de Louis -Philippe, si répétée long -temps qu'elle sembla recevoir de la voix du peuple une sanction souveraine : « La charte sera désormais une vérité. » Lisez , relisez toutes les proclamations de toutes les autorités d'alors, les actes signés Mauguin , Laffitte, Lafayette, le programme fameux, tous lesdocumens enfin émanés de l'Hotel-de-VilIe aussi bien que du Palais-Bourbon : vous ne verrez pas une disposition menaçante , pas un vœu destructeur. Au milieu de toutes les nomenclatures de changemens désirés dans lesquelles se complaisent le général Lafayette , l'Hôtel-de-Ville, les premières réunions de députés , il est fort question de l'établissement de lois municipales ou d'abolition de la censure , et point d'abolition de la pairie. La préoccupation commune, la préoccupation constante qui y éclate à toutes les lignes, est le rétablissement de la stabilité des lois. L'ordre y est plus souvent invoqué que la liberté. Vous y verrez partout redouter et proscrire les révolutions et la guerre ; vous ne verrez promettre nulle part ces deux fléaux. Pourquoi? parce qu'il y eut deux choses qui

devaient être et qui étaient également désirables aux chefs de la révolution, deux choses qui pouvaient seules la propager et l'affermir : c'étaient l'ordre et la paix. Aussi est-ce l'ordre et la paix qu'ils ont hâte d'annoncer à la France.

La paix! J'en parle d'abord, parce que ce fut d'abord à quoi la révolution songea. Elle eut garde d'aller se ruer, comme on l'a vu plus tard , sur l'hôtel des ambassadeurs , si étrangement ou^ bliés à Paris par la cour. Elle ne proclama point que la guerre des trois journées eût été faite à l'Europe ; que la victoire des barricades eût rompu le pacte qui nous liait au monde; que l'élan qui avait emporté les Parisiens, de l'Hôtel-de-Ville sur les Tuileries, eût la vertu de reporter les drapeaux delà France sur cette frontière du PJiin, si déplorablement perdue par le génie dévorant de l'empire! Point ! Les premiers soins se tournèrent à nouer avec le corps diplomatique des relations amies, et à le convaincre du bon droit de la révolution. La députation qui, le vendredi 3o, porta à M. le duc d'Orléans le titre de lieutenant-général du royaume , redit à la chambre que le prince l'acceptait, afin d'éviter et la guerre civile et la guerre étrangère. Ce sont làles premiers linéamens du contrat dressé alors. Tout le monde applaudit. Aucun des chefs de parti ne s'avisa de déclarer

qu'il voulait, pour son compte, la guerre étrangère, non plus que la civile.

Le dimanche matin, les journaux du gouvernement publièrent que les ambassadeurs avaient donné les assurances les plus pacifiques. Cette fois, encore, personne ne réclama.

En ouvrant, le surlendemain, 5 août, la session des deux chambres, le lieutenant-général du royaume s'exprima ainsi dans son discours du trône :

« La France montrera , dit-il, à l'Europe qu'elle t) chérit la paix aussi bien que la liberté , et ne veut » que le bonheur et le repos de ses voisins. »

Ce fut en réponse à ce langage que les deux chambres, au lieu d'adresse, firent au prince la proposition de la couronne. Le jour où il la ceignit, il compta , parmi les espérances qu'il voyait briller sur la France, la paix de plus en plus affermie. Et, cette fois encore, personne n'imagina de faire des réserves ou des objections. Qu'on se rappelle l'accord de tous les pouvoirs à répéter les mêmes déclarations; qu'on se rappelle l'applaudissement public avec lequel le gouvernement nouveau envoya, pour ainsi dire, du milieu des barricades , d'illustres citoyens dans les cours étrangères, apparemment afin de notifier autre chose que des hostilités; qu'on se rappelle la

joie qu'éprouvaient nos cités, que nos journaux de toutes les opinions exprimèrent à l'envi, de ces reconnaissances empressées des couronnes qui apprirent à la France qu'elle pourrait se livrer en paix au soin d'affermir ses institutions, au lieu d'avoir à les défendre ; qu'on n'oublie pas les transports dont étaient salués dans les théâtres les bulletins qu'on avait soin d'y envoyer de ces victoires de la sagesse sur les préventions des cours; et qu'on dise la surprise douloureuse que tout le monde aurait ressentie si l'Europe eût posé la doctrine que les principes étaient contraires, que tous les traités étaient anéantis et tous les liens rompus. La révolution de i83o, comme Napoléon aux cent-jours, entendit donc accepter de la restauration, son plus douloureux héritage, ces traités qu'elle n'avait fait que souscrire, que d'autres que les Bourbons avaient appesantis sur la France comme une nécessité de fer. La révolution de i83o dût agir ainsi. Paris, en se levant en armes, avait-il entendu reconquérir des provinces , ou bien des droits ? Et si ces droits étaient chers à la France, pensait-on qu'elle y tînt, pour faire des essais nouveaux et tendre à iin but douteux, à un but, suivant des théories diverses , perdu dans les nuages ou caché sous des ruines? Non, non! il n'y eut d'abord qu'une fa-

çondesentirdansles camps divers qiiela révolution rallia sous ses drapeaux. Tous voulurentde concert rassurer la France contre la crainte de voir de nouveau les principes éternels de l'ordre social mis en question parmi nous. C'est pourquoi l'ordre conserva intacts ses deux grandes garanties, ses deux grands appuis : la charte et la royauté.

La royauté resta ce qu'elle était, puissante, inviolable, héréditaire. Or, la royauté, c'est Tordre placé sous la garantie des siècles.

Y avait-il donc révolution sociale? pas l'ombre. Y avait -il mémo révolution de dynastie? ni plus ni moins qu'en Angleterre. On entendit passer le sceptre à la branche protestante, à celle qui avait reçu le baptême de 1789, à celle qui avait dès long-temps donné des gages aux institutions victorieuses, et qui donnait maintenant le plus grand, le plus sûr de tous, celui d'accepter la couronne.

Je ne sais pas si un autre Bourbon que M. le duc d'Orléans était , ou non , possible alors. Mais ce que je sais, car tous les faits et tous les actes l'assurent, c'est qu'il fut appelé au trône Capétien, comme Capétien lui-même, comme Bourbon possible. C'est qu'on résolut de perpétuer les bénéfices de la restauration, en conservant, avec des garanties de plus pour les libertés publiques , les

iêmes institiUions dans le pays et la même race royale sur le trône.

Alors on avait la prudence de redouter les déchiremens, de tenir à ce que l'est et l'ouest, le nord et le midi, la grande et la petite propriété restassent unis d'affection, et que le faisceau national ne fût pas brisé p^r les dissensions civiles. On espéra qu'un dénouement, écrit déjà dans l'histoire , s'adapterait plus aisément que tout autre à nos annales; on calcula que les intérêts, dont la résistance avait ébranlé le monde deux fois, pourraient, sinon vaincre la révolution , au moins l'ensanglanter, la flétrir, la faire expier à ses auteurs par ses propres violences, la laisser désarmée aux prises avec l'Europe. On espéra que les Français, de toutes les contrées et de toutes les classes, s'accorderaient à s'incliner devant un choix qui donnait des gages à tous les intérêts légitimes du pays; que ceux-ci salueraient le prince de Jemmapes ; que ceux-là accepteraient cet autre représentant de la première des familles françaises.

Tout ceci, ce n'est point moi qui l'ai dit, c'est la charte constitutionnelle qui, considérant que tous les princes de la branche ainée des Bourbons sortent du territoire français, appelle au trône Son Altesse Rojale le duc d'Orléans; c'est,

( '97) avant la charte, ]M. Alexandre de LaLorde motivant l'avènement du chef* de la branche d Orléans, sur ce qu'après tout, ce prince était, de plusieurs degrés , plus proche que ses cousins de ce roi dont le peuple a gardé la mémoire, de Henri IV; c'est , après la charte, M. Dupont do TEure contresignant cette ordonnance sur la Légion-d'Honneur, où repoussant à l'avance l'odieuse supposition produite depuis que, par l'acceptation du trône, il aurait répudié ses aïeux, Louis-Philippe rappelait avec une légitimefierté son aïeul, de glorieuse mémoire, le Grand-Henri; c'est M. le général Lamarque mettant son érudition à rechercher lequel de ses ancêtres; entre les Philippe- Auguste, les Louis XII, les François T', le prince, qui a la plus belle généalogie de l'univers , choisirait les modèles; c'est enfin la voix de la France entière qui, dans les milliers d'adresses déposées au pied du trône nouveau , remerciait la fortune de nous avoir gardé , dans nos bouleversemens, ce médiateur naturel entre les couronnes aussi bien qu'entre les factions, apparemment parce que, si la révolution aimait à voir en lui un citoyen comme tous les citoyens, l'Europe pouvait y voir im roi comme tous les rois.

La royauté tient une telle place dans la société européenne qu'on ne fait pas de dynastie sans

( 19^ ) mêmes institulions dans le pays et la même race royale sur le trône.

Alors on avait la prudence de redouter les déchireraens, de tenir à ce que l'est et l'ouest, le nord et le midi, la grande et la petite propriété restassent unis d'affection, et que le faisceau national ne fût pas brisé p^ir les dissensions civiles. On espéra qu'un dénouement, écrit déjà dans l'histoire, s'adapterait plus aisément que tout autre à nos annales; on calcula que les intérêts, dont la résistance avait ébranlé le monde deux fois, pourraient, sinon vaincre la révolution , au moins l'ensanglanter, la flétrir, la faire expier à ses auteurs par ses propres violences, la laisser désarmée aux prises avec l'Europe. On espéra que les Français, de toutes les contrées et de toutes les classes, s'accorderaient à s'incliner devant un choix qui donnait des gages à tous les intérêts légitimes du pays; que ceux-ci salueraient le prince de Jemmapes ; que ceux-là accepteraient cet autre représentant de la première des familles françaises.

Tout ceci, ce n'est point moi qui l'ai dit, c'est la charte constitutionnelle qui, considérant que tous les princes de la branche ainée des Bour^ bons sortent du territoire français, appelle au trône Son Altesse Royale le duc d'Orléans; c'est,

( '97) avant la charte, M. Alexandre de Laborde motivant l'avénement du chef de la branche d'Orléans, sur ce qu'après tout, ce prince était, de plusieurs degrés , plus proche que ses cousins de ce roi dont le peuple a gardé la mémoire, de Henri IV; c'est, après la charte, M. Dupont de l'Eure contresignant cette ordonnance sur la Légion-d'Honneur, où repoussant à l'avance l'odieuse supposition produite depuis que, par l'acceptation du trône, il aurait répudié ses aïeux, Louis-Philippe rappelait avec une légitimefierté son aïeul, de glorieuse mémoire, le Grand-Henri; c'est M. le général Lamarque mettant son érudition à rechercher lequel de ses ancêtres", entre les Philippe- Auguste, les Louis Xn, les François I^', le prince, qui a la plus belle généalogie de l'univers , choisirait les modèles; c'est enfin la voix de la France entière qui, dans les milliers d'adresses déposées au pied du trône nouveau , remerciait la fortune de nous avoir gardé , dans nos bouleversemens, ce médiateur naturel entre les couronnes aussi bien qu'entre les factions , apparemment parce que, si la révolution aimait à voir en lui un citoyen comme tous les citoyens, l'Europe pouvait y voir un roi comme tous les rois.

La royauté tient une telle place dans la société européenne qu'on ne fait pas de dynastie sans

( >98) aïeux. Napoléon même y a échoué. Si la maison d'Orléans n'obtient vos respects qu'à la condition de renier son origine, vos respects sont des parjures. Vous avez un autre roi dans le cœur. Nommez-le; nous verrons qu'il a pour ancêtres les cinquante batailles rangées de son père.

Etablir qu'on a élu le plus digne, abstraction faite de ses aïeux, et sous la condition de les répudier, c'est pousser trop loin la louange; c'est flatter le roi aux dépens de la royauté , et cacher des pensées de tribun sous des phrases de courtisan ; c'est mentir à la charte, au bon sens public, aux souvenirs de la France, à tous les sentimens gravés dans l'âme de l'homme ; c'est insulter à ces princes dont on dévaste à la fois l'orgueil et la couronne.

Dites quelle secrète vertu le duc d'Orléans sentait en lui pour s'écrier quand vous vous jetâtes dans ces bras : « J'accours pour vous préserver des calamités de la guerre civile et de l'anarchie! » Cet engagement extraordinaire ^ par c|uel miracle de sa fortune Louis-Philippe pouvait-il le prendre? par quel prestige la France imagina-t-elle qu'il eût des chances pour le tenir?

Si le plus grand de nos citoyens, je veux dire M. de Lafayette, en arrivant de Lagrange, eût lancé cette promesse, aurait-il régné? La France l'aurait-elle cru sur parole? En ne doutant pas de

( 199 ) son bon vouloir, aurait-elle eu foi dans sa puissance?

Si le duc de Reichstadt fût arrivé nous offrant le palladium de sa royauté future, le duc de Pieichstadt, le fils, l'héritier du plus grand des potentats, le fils du roi de la révolution , le fils du prince que Pie VII a sacré, roi lui-même à sa naissance, appelé Napoléon II par le peuple dans ses souvenirs, par le vieux soldat dans ses attendrissemens ! si ce jeune Héraclide, qui rayonne de prodiges paternels, eût crié qu'il allait nous sauver de l'anarchie, l'anarchie aurait-elle fui en effet à sa voix ? Tous les départemens seraient-ils passés docilement d'un sceptre à un autre? La malleposte, qui aurait porté cette nouvelle à toutes nos cités, eût-elle fait et consommé une révolution dans le temps de changer de chevaux, et le sang n'eût-il coulé dans aucune de nos provinces, non plus que sur aucune de nos frontières?

Personne ne le pense, personne ne l'a pensé alors. Lesbonapartistes n'ont pas plus proposé leur prince légitime, que la révolution son patriarche. Ne serait-ce point qu'il n'y avait en dehors de la branche régnante qu'un Français sans égaux, qu'un candidat sans compétiteurs?

C'est que lui seul tenait à toutes les Frances et avait la chance de les toutes rallier. Certes, si on

eût voulu répudier pour une race nouvello celle qui régnait depuis dix siècles sur nos pères, c'était chose facile dans notre France, où tant d'essais se sont multipliés depuis quarante ans que nous avons de tout dans le garde-meuble de la révolution, même des dynasties de rechange. Mais Napoléon II , c'eût été la monarchie de la classe moyenne; la république était le gouvernement, je veux dire l'anarchie de la multitude, pérorée par des écoliers et exploitée par des praticiens. Il n'y a que le sang bourbon qui pût promettre aux classes pauvres le travail, enfant de la paix; à la classe moyenne, la liberté, fille de la propriété et des lumières; à toutes, l'ordre, qui naît des siècles.

Si la charte reçut des modifications, ce fut en vue de la fortifier, de la rendre invulnérable au trône comme aux factions, mais non de la détruire, non de la refaire, non de déplacer les pouvoirs politiques qu'elle avait fondés, et d'altérer les rapports à la faveur desquels la société avait fleuri seize ans. La Chambre supprima le préambule du pacte constitutionnel, comme incompatible avec la révolution de 1 83o, comme reposant sur une donnée politique démentie par notre histoire, comme contraire à ce vieux droit national qu'atteste la filiation de nos assemblées, de nos parlemens.

de nos états généraux, de nos champs de mai, noblesse publique égale en ancienneté à celle du trône. Mais elle n'entendit pas revenir aux rêves anarchiques de l'Assemblée constituante. Elle refusa la proposition faite légèrement par un de ses membres, l'honorable M. Persil, de rendre au droit national le nom monstrueux de souveraineté du peuple qui, fondant la constitution des états sur deux équivoques subversives, fausserait la vérité même, et ne serait qu'un non-sens, si la révolution n'avait eu l'art d'en faire une calamité. Le sentiment public étaitsi arrêté, qu'un homme s'étant avisé de promener, au milieu du peuple de juillet encore ému de sa victoire, un drapeau qui portait écrits ces mots: Souveraineté du peuple, il fut incontinent arrêté ! Toutes les délibérations , tous les actes de cette époque marquent nettement le point d'arrêt où la révolution comptait se tenir, et rien ne le marque mieux que le maintien dans la charte de la vieille maxime que toute justice émane du roi. La révolution entendait donc qu'il y eût un roi, que la royauté fût réelle; que ce trône antique , qui existait depuis des siècles par sa propre vertu , ne fut pas tout entier brisé. Autrement, on aurait dit: toute justice émane du peuple. Mais on fit plus sagement. On suivit le conseil du cardinal de Retz,

qui a dit si bien que ces droits respectifs des peuples et des rois ne s'accordent jamais mieux que dans le silence.

La constitution politique de la France ne fut changée qu'en un point; c'est qu'on fit passer dans la charte toutes les modifications de nos lois que l'opposition avait accoutumé les esprits à regarder comme des perfectionnemens du système représentatif. Il fut entendu que la même transaction continuait à regner entre les partis, mais avec des libertés de plus; et les libertés sont un patrimoine commun à tous les Français. Du reste, déplacer les bases de la liberté publique, livrer la puissance à une classe nouvelle, déshériter celles qui en étaient investies, toutes ces entreprises de l'assemblée constituante ne vinrent à l'esprit de personne. Tous les pouvoirs restèrent au poste où la législation antérieure les avait fixés. La Chambre des députés n'eut pas un moment la pensée de se croire investie de ce pouvoir constituant dans lequel venait de s'engloutir Charles X. Elle n'imagina point de le ramasser parmi les ruines de la monarchie au pied des barricades. Elle ne s'avisa pas de lire sur ces barricades fu» mantes un article i4 à son usage. Les formes légales ne furent pas interrompues un jour. Tous les actes passèrent successivement à la sanction

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des trois pouvoirs; et, en parlant de la charte même qui le faisait roi, Louis-Pliilippe, au jour de son avènement, marqua Lien le caractère de contrat que ce grand acte devait avoir, en disant: « Les sages modifications que nous venons d'apporter à la charte constitutionnelle... » Personne ne se plaignit alors.

La charte, dans ce temps où, je l'ai déjà dit, les diverses fractions de la gauche formaient l'immense majorité, la charte conserva les tribunaux, les cours de la restauration , tous les grands corps, la chambre des pairs enfin. Je dis la chambre des pairs; car, en brisant violemment quatre-vingts pairies, on donnait du moins une consécration nouvelle et définitive à toutes les autres.

Je dis la chambre des pairs ; car, en soumettant l'un des dix articles de la charte qui la concernaient à un examen postérieur, on crut si peu abolir l'hérédité qu'on ne prit même pas le soin de la suspendre. On décida trois mois après, par une loi expresse, que l'hérédité restait le droit public de la France; et, depuis seize mois, les fils ont continué de succéder aux sièges paternels.

Je dis la chambre des pairs ; car conserver la disposition de la charte qui établit que les pairs du royaume prennent séance à vingt-cinq ans , et

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n'ont voix tlélibéralive qu'à trenlc, c'était préjuger la constitution de la chambre haute, en consacrant des distinctions qui ne s'appliquent qu'à l'hérédité.

Je dis la chambre des pairs, car laisser la première chambre décorée de ce nom historique , ne pas prendre sur-le-champ celui queM.de Salverte a proposé naguère et qu'on pouvait inventer sans y réfléchir nu an , c'était proclamer l'heureux dessein de perpétuer l'alliance du présent avec le passé de la patrie.

Cette alliance utile, voulait-on l'affaiblir? Voulut-on que nos lois régnassent sur une société nouvelle? Voulut-on seulement étendre quelque réforme à la société existante et comprendre dans la chute de la légitimité , des intérêts, ses contemporains, ses appuis long-temps?Point.On ne nourrissait qu'une seule crainte; c'était que la société française se sentît en butte à un esprit novateur qui menaçât d'altérer ses mœurs , ses croyances, ou même ses préjugés. La religion catholique fut nommée par honneur et à dessein dans la charte révisée comme la religion de la grande majorité des Français. A dessein fut maintenu l'article qui reconnaît les deux noblesses et place sous la protection de la loi fondamentale leurs titres et leurs honneurs. On ne s'attendait pas

alors aux dérisions que substituerait, plus tard, à cette disposition conservatrice, la chambre des députés actuelle, docile à de facétieuses motions de M. de Lafayette. Alors, on craignait de froisser des sentimens de famille et des intérêts monarchiques qui méritaient des égards. Placardéessur tous les murs de la capitale, encore agitée, ces dispositions loyales et sages ne suscitèrent pas un cri populaire ; il n'y eut pas une ombre d'opposition dans les rues plus que dans les chambres. Personne ne prétendit avoir démoli la charte en la défendant, avoir vaincu ce qui n'était pas en ligne. On avait eu en face un roi, on l'avait vaincu; on le dépossédait , et, non seulement lui, mais toute sa postérité. On s'en contenta.

Aussi, eut-on soin que les regards restassent comme les esprits frappés partout de cette transaction , maintenue par la France constitutionnelle, comme elle avait été créée par la monarchie. La révolution , tout en relevant le drapeau tricolore, l'arborait sur l'écusson de la vieille France. Ce fut sur un trône tendu de fleurs de lis que s'assit le lieutenant-général du royaume, et une ordonnance rendue dans le feu même des passions belligérantes (le i3 août ), conserva au sceau de l'état les trois fers de lance , les trois fleurs guerrières des anciens temps. Cette

ordonnance était contresignée Dupont de l'Eure.

Ilappelons-nous les sentimens qui régnaient en ce temps-là; car ils forment, à côté du pacte constitutionnel , le contrat non écrit qui lie d'honneur tous les partis. Personne ne protesta contre la manière dont la révolution était entendue : personne ne revendiqua ni plus de liberté, ni plus de subversions , ni plus de territoire.

Pourquoi les armes avaient- elles été prises? imiquement pour reconquérir le gouvernement représentatif sur le coup d'état qui le renversait. La preuve, c'est le nom de cette charte invoqué dans le combats, dit Louis-Philippe, invoqué encore après laDictoire. Si donc les premiers députés qui se réunirent poussèrent plus loin la victoire populaire, ce ne fut que dans l'espoir d'acheter, à un prix toujours très-cher, celui d'une révolution , un bien dont , après lant d'orages , la France entière était avide; la possession tranquille désormais et incontestée de ses institutions , la confiance dans leur avenir, la sécurité enfin qui ne naît que de la stabilité des lois, et pour tout dire en un mot , le repos dans la liberté.

Il est manifeste que loin de vouloir se jeter dans de nouveaux hasards et tout recommencer, on ne voulait que tout finir.

La révolution était la restauration de la charte :

voilà tout. Elle perpétuait la grande transaction de i8i4> î^vec cette différence que le système représentatif n'était plus la sûreté unique des intérêts nouveaux : ils en trouvaient jusque sur le trône.

C'est pourquoi ceux qui prirent cette grave initiative, n'eurent-ils qu'une sollicitude, ce fut, on le voit , de rassurer et l'Europe et la France, de se concilier l'adhésion de l'une et de l'autre, d'imprimer à ce coup de force rapide le caractère d'une soudaine et unanime conciliation. Ils crièrent, en un mot : rien n'est changé, il n'y a que des garanties et des libertés de plus. Telle est la première des promesses de juillet, celle qui les comprend toutes,

A ces conditions, il y eut adhésion et paix universelle. Toutes les passions se soumirent sans obstacle. On vit les serviteurs, les amis personnels des princes frappés par le sort, les chefs de l'émigration de 1789 baisser la tête sous la loi d'une nécessité qui apparaissait irrévocable, parce qu'il y avait modération et sagesse; on les entendit, dans un noble et touchant langage, attester leur résolution d'éviter à tout prix les désordres, et immoler leurs affections brisées à ce besoin de ne point diviser le sein de la patrie. Alors les feuilles publiques virent autant de victoires dans ces ac-

cessions éclatantes qui arrivaient de Saint-Cloud, deTrianon , deRambouillet. On en jouissait comme de la preuve que nos misères étaient finies. On en jouissait sans mesurer la grandeur de ces sacrifices, sans comprendre que ces nobles cœurs auraient offert tout leur sang avec moins d'effort que le serment qu'ils apportaient ; mais en comprenant que ce serment, prix des gages donnés par la révolution et de ses promesses , avait un long retentissement dans nos provinces , et qu'il servait de sceau à la paix publique.

C'est ainsi que l'ordre régna , ce qui ne s'était pas vu encore dans le renversement d'un trône. Le cours de nos longues prospérités ne sembla pas interrompu. On avait vu des changemens de ministères qui s'étaient fait sentir a la Bourse plus que ce changement de charte , de drapeau et de royauté.

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