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CHAPITRE V

RESULTATS DE I.A XLÉVOIiUTIOIt SELON LES PROMESSES I>£ JUILLET.

J'ENTETfDS l'objection éternelle. A ce compte, ce n'était pas la peine de faire une révolution ; et le peuple qui l'a faite, qu'y aura-t-il gagné? Je pourrais négliger cette objection. Elle ne s'adresse point à ceux qui n'ont point fait la révolution. J'y veux répondre pour mettre les gens au pied du mur. Je réponds que, si on prend pour point de départ la restauration selon la charte, je ne connais pas de système digne d'examen qui pût gagner à la renverser ; j'ajoute que, loin de vouloir la renverser, c'est précisément pour la reconquérir que Paris se leva comme un seul homme; que le point de comparaison doit être pris, non du régime légal ^ mais du régime des coups d'état, mais

(le l'avenir qui s*oiivrait devant nous , mais , enfin, de la restauration contre la charte. Des amis de la liberté ne sont pas admissibles, dès-lors, à demander ce qu'ils ont gagné.

Pour ce qui est du peuple, nous entendons sans cesse glorifier le peuple des trois millions de vies qu'il a prodigués pour opérer les conquêtes de la première révolution. Comment traiterait-on d'inutile le sacrifice des quinze cents citoyens morts pour ressaisir ces conquêtes et les assurer?

IS'eussent-elles fait que remettre la France au point où le coup d'état l'avait prise, les trois journées n'auraient donc pas été infécondes, et elles l'auraient été si peu , que c'était leur unique ambition : c'est même là leur gloire. Mais la révolution qui est survenue n'a-t-elle rien fait de plus pour les intérêts qui l'avaient accomplie? Non! jamais en si peu de temps et à si peu de frais, cause favorisée du ciel n'avait tant obtenu. Sans doute, ceux qui voulaient des révolutions, puis des révolutions, toujours des révolutions, ne recevaient pas contentement; mais les hommes de bonne foi qui cherchaient la liberté,, pour jouir, dans le meilleur des régimes, des conquêtes de la révolution de 1789, ceux-là avaient une seule grâce à demander à Dieu : c'était de tout affermir.

Par cette révolution de huit jours qui renver-

sait un droit consacré par huit siècles, la France s'était reconquise au dedans et au dehors.

Au dedans, elle était parvenue et fixée au but de ses longs travaux. Elle possédait désormais, sans nul trouhle, sans appréhension aucune, le gouvernement représentatif le plus vrai, le plus complet qu'il y ait sur la terre. 11 lui appartenait comme sa conquête et son ouvrage. La nouvelle charte s'appuyait au double principe de l'égalité civile et du droit national. Dites un autre peuple qui n'ait rien à craindre pour son repos que de sa liberté , ni pour sa liberté que de lui-même ! Dites luie immunité qui ne soit pas comprise dans le pacte écrit sous le feu de la victoire populaire! Toutes les libertés inventées chez les nations y trouvent une consécration assurée ; et les trentedeux millions d'hommes, qui vivent sous la même loi, jouissent au même titre, ce qui ne s'est pas vu encore sous le soleil, du bienfait de ces libertés immenses! Le principe nouveau de la constitution , cette victoire populaire, la mise en action complète et sincère du régime constitutionnel, l'entier affranchissementdes élections, tout assura auxreprésentans directs du pays la haufe^inaiu sur la direction générale des affaires publiques. La carrière des améliorations s'est ouverte devant vos pas, sans bornes comme sans obstacles. Le génie

actif de la France n'attend que l'ordre et la paix pour la parcourir tout entière. Et ce vaste système n'a point à craindre les répugnances, les prétentions, les complots domestiques du pouvoir, toute cette contre-révolution menaçante que vous poursuivez encore chaque jour de vos malédictions. Il repose sous la garde d'un trône plus jeune que la liberté, lié à sa cause par ses intérêts autant que par son origine, impuissant contre elle , et devant avec elle vivre , grandir ou succomber.

Au dehors, régnait, depuis quinze années, un droit public sorti du milieu de nos revers. La bataille de Waterloo, mal engagée, parce qu'elle le fut entre les alarmes sincères de l'Europe et l'apparition du génie des conquêtes, la bataille de Waterloo avait été perdue. Elle pesa longtemps, on ne peut le nier, sur nos destinées; car elle avait affermi l'ouvrage du congrès de Vienne; elle avait de plus permis à l'étranger de prendre par les traités de 18 1 5, sous sa double garantie, et notre charte constitutionnelle et notre royauté! En vain, les Bourbons avaient secoué cette tutelle, la clause restait écrite. Elle a été abrogée au milieu des barricades; et les cabinets trouvèrent plus facile d'y souscrire que de protester. Cette fois, toutes les frontières et toutes les cours

s'ouvrirent devant les trois couleurs. Notre position nouvelle fut si bien acceptée qu'à peine la révolution accomplie , le cabinet du Palais- Royal put s'interposer dans les conseils des rois, en faveur d'une autre révolution qui blessait les sentimens personnels de deux puissans monarques et les intérêts directs de tous. La France eut la gloire de faire recevoir une nation de plus dans la grande famille; et dès lors les traités, faits à notre préjudice, se trouvèrent modifiés jusque dans leurs bases. Qu'on veuille bien réfléchir au déplacement de forces et de barrières qu'entraînait l'indépendance de la Belgique! Un peuple dont la coalition avait voulu faire son avant-garde contre nous pouvait maintenant être notre avantgarde contre l'Europe. Les forteresses, construites ou réparées avec des frais énormes pour battre la France et la tenir eu bride, pourraient de nouveau compter dans nos lignes de défense. Elles étaient maintenant condamnées par les cours à tomber. Trois mois n'étaient pas écoulés encore, et déjà la bataille de Waterloo se trouvait ainsi regagnée sans coup férir.

Et d'où venait cette revanche de nos revers? d'où venait cette disposition des rois à tendre la main à la France de i83o, quand ils n'avaient pas craint d'affronter la France de i8r5 conduite par

le génie d'Austerlitz et d'Iéna ? De sa foi dans nos assurances pacifiques ; de sa confiance dans la stabilité d'institutions conservatrices; de la sagesse d'une révolution qui donnait des gages à tous les intérêts légitimes de l'ordre social; de l'autorité d'un trône qui avait une double consécration royale et populaire; par dessus tout, de ce calme imposant de la France; de ce silence universel des passions; de cet accord des partis à multiplier de chaque côté les efforts pour conserver à notre grande France le vieux symbole qui a fait sa puissance historique: un seul roi et une seule loi!

Si on prétendait tout changer, si on ébranlait ]a société dans ses fondemens, si bn brisait à plaisir la chaîne des temps, si on détruisait toutes les garanties politiques et morales de l'ordre , si on trompait sans relâche cette soif de repos qui est l'instinct universel de la France, si on faisait effort pour la mettre en guerre avec elle-même et avec le monde , si on violentait tous les sentimens généreux, si on insultait à toutes les supériorités et à tous les souvenirs, si on plaçait la puissance publique dans une régioii- inca^^ble d'en bien user, on fausserait tous^le^engagemens et on remettrait tous les brens en question.

M.Thiers a établi que les partis dissidens eussent été impuissans à vaincre la révolution; mais il

leur reconnaît la puissance de l'ensanglanter. Pour échapper dès les premiers jours à ce destin dont l'histoire nous apprend la portée ; quelle fut la vertu de la révolution de juillet? ses promesses, telles que je viens de les dire. Pour s'affermir, sans recevoir l'affreux baptême du sang , quelle était sa loi nécessaire? leur strict et loyal accomplissement.

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