CHAPITRE IV
OU£ZLIl£ DU PARTI A Z.A ROYAUTS DX JUILLET.
Le trône populaire n'est pas mieux traité que la charte revisée, pas mieux que le trône légitime. Si le renversement soudain de la royauté de juillet figurait parmi les premières conséquences de juillet, le parti pourrait être content de luimême. Il n'a pas perdu un jour pour travailler à la coucher dans la poussière.
Cette royauté populaire, le parti l'aura dépouillée à plaisir de tout prestige ; il lui aura contesté tous les souvenirs et toutes les filiations; il lui aura interdit; tout reflet des gloires du passé; il aura dit et écrit ces paroles dont le bon sens s'épouvante , Dieu merci 1 autant que la nature : que le roi citoyen a cessé d'être le fils de Henri IF ^ ou qu'il n'est pas roi. Et ce n'est pas assez encore.
Refus d'honorables subsides , tentative avouée de le réduire à l'impuissance, contestation de ses plus nécessaires prérogatives, application journalière à le contrister et à le flétrir, appel à des promesses personnelles, allusions injurieuses, toutes les armes semblentde bon aloi pour frapper un trône coupable de n'avoir pas cru qu'il eût y place dans la monarchie constitutionnelle pour un maire du palais, et pour des pairs à la manière de ce comte de Périgord disant à tout propos : Qui l'a fait roi ?
Des poètes intitulent leurs chants : Le parjure! et ils n'hésitent pas sur le châtiment que veut leur furie. Tout ce qui a été fait contre Louis XVI, on l'annonce, on le promet à cet autre roi des Français. Tout ce qui a été dit contre les princes , les élus des siècles, on le répète, et mille fois plus, contre l'élu de la grande semaine. On recourt à tous lesmonstres pour leurlivrer cette royauté qui prétend sortir de page. C'est tantôt à la république, tantôt à l'empire, tantôt à la légitimité, quelquefois à tous trois ensemble. L'anarchie est le Géryon antique. Elle a trois tètes: le bonnet rouge , la couronne à aigles, le saint chrême de Reims, consacrent tour à tour ou tout ensemble son triple front. Pour bien marquer le mépris profond qu'on fait de la France , le même journal qui prêcha d'abord
( ^74 ) la démagogie , se déclare le défenseur de la cause et des droits du fils de Marie-Louise, et en même temps il empruntera au défenseur d'un autre enfant, l'appui de ses colères, comme Patrocle prenait les armes d'Achille, sans qu'on puisse dire qui, dans tous ces amalgames adultères , est courtisé sérieusement ou raillé, de la légitimité, de la république , ou de l'empire!
Admirez comme on s'en prend à la France et à la royauté de tous les mécomptes soufferts. Il semble qu'on veuille les dompter, et au moins les punir toutes deux. Tantôt on essaie, sans l'ombre d'un motif vrai, les démissions soudaines, comme si on voulait s'assurer que les retraites sur le mont sacré aient cours encore, que ce soit un moyen de réduire l'autorité à merci , de l'amener repentante et soumise à subir les compositions qui lui sont offertes. Tantôt on la met au défi ; on la contraint de marquer elle-même le divorce par des destitutions éclatantes; et le pouvoir affronte-t-il tous ces périls? alors on crie que les hommes de juillet sont traités en ennemis, que la révolution est abjurée, que c'est la restauration, avec les mêmes fautes, les mêmes misères, les mêmes pensées. M. le général Lamarque va plus loin : il dit que ce sont les mêmes hontes. C'est de hontes qu'il déclare le trône c/-
mente. On ne peut nriieux présager des catastrophes prochaines et méritées. M. Mauguin ajoute ces graves paroles , que ce sont les amis de la restauration qui se trouvent être ceux delà royauté de i8jo. Hommes d'inapplicables théories, vous ne voyez pas une chose : c'est qu'en n'abdiquant pas vos maximes, vous êtes incompatibles avec tout gouvernement régulier ; c'est que vous êtes voués à l'opposition sous tous les régimes; c'est que vous ne pouvez arriver au timon qu'en un jour de tempête , et vous ne sauriez y rester dans le calme. Le talent, la vertu sont chez vous de funestes parures et des armes funestes. Ce sont des moyens de malfaire, et voilà tout! Vous n'êtes propre qu'à renverser. Bâtir n'est pas d.sns votre puissance. Si le pouvoir vous était livré, comme la Thébaïde aux dragons de Cadmus, vous ne sauriez comme eux que vous entre-détruire. Pourquoi? parce que vous poursuivez des chimères anti-sociales, que vous êtes antipathiques à la liberté comme au pouvoir; que ce que vous nommez liberté par une méprise fatale est démagogie, et que ce que vous nommez pouvoir est, un jour plus tôt , un jour plus tard , le régime du comité de salut public.
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chapitrp: y.
SFECUI.ATIOM £>UH ]£.E3 HONTES I>£ I.A PATRIE.
La langue des patriotes ne se lasse pas de redire que la pairie, au sein de laquelle Dieu a placé notre berceau , est tellement d'humeur à souffrir la honte qu'elle porte paisiblement pendant dixsept années cet horrible fardeau. Mais quels sont les hommes qui tiennent ce langage? Est-ce, par exemple , ce brave général Durosnel qui, ne voulant pas séparer sa cause du drapeau sous lequel il avait illustré sa carrière , l'a enfouie dix-sept années de sa vie dans une retraite profonde, et n'a reparu à la lumière qu'à l'heure où il a vu briller sur le clocher de l'église prochaine le drapeau de ses grands jours? Non; celui-là n'insulte pas au malheur; il n'insulte pas à un gouvernement que lui ne reconnaissait point, et que reconnaissait
( '^^77 ) son pays. Il craindrait trop d'insulter la France même dans les princes, dans les lois qu'elle accepta; et probablement, à ce réveil d'Épiménide s'étonne-t-il de toute cette démagogie de chambellans de l'empire, et de tout ce délire d'hommes d'état blanchis. Ceux qui parlent ainsi sont des hommes qui, pour la plupart, inclinaient devant les Bourbons leur révérence assidue, qui paraient leurs collets de fleurs de lis , qui ne dénièrent jamais un serment, ce que d'antres ont su faire, depuis seize mois, quand leur conscience l'a voulu!
Pendant notre grande lutte contre M. de Villèle, que faisait M. Laffitte? Il trempait dans les plans financiers de M. de Villèle, dans la conversion des rentes courageusement démolie par la chambre des pairs, et il contraignait son quartier, ses amis , ses journaux, à lui imposer la pénitence de la non-réélection !
Que faisait M. Mauguin? Il gémissait de la licence de la presse dans un procès célèbre, et opposait aux vindictes de la chambre de 1828, l'éternel et mystérieux ad référendum qui couvrit le ministère des sept années , comme un talisman protecteur, comme un bill d'indemnité!
Que faisait M. de Cormenin, tellement pointilleux à l'égard de la charte et de la royauté libéra-
les, qu'il leur refuse tout, excepté un serment? Il restait attaché au service ordinaire du conseil d'état, sous tous les ministères de la restauration, c'est-à-dire pendant les seize ans entiers; et obtenait de M. de Peyronnet, entre autres récompenses de ses bons et fidèles services, la dispense des droits de sceau dus pour tous les titres nobiliaires qu'il lui avait plu de se faire successivement inféoder. Que faisait celui de tous les orateurs qui a le plus employé son éloquence à ressasser nos hontes? M. le général Lamarque publiait des écrits , éloquens comme toujours, mais qui m'obligeaient d'accuser dans le Journal des Débats ses concessions à la politique de M. de Glermont-Tonnerre. Et si, à propos d'élections où il avait été battu, une' Gazette (celle des Landes) se félicitait de la victoire de la légitimité, «Militaire, écrivait-il )) ( le 7 décembre 1827 ) , je ne puis m'empêçlier » de relever le gant. Vous savez fort bien que » je n'ai fait que céder au vœu d'un grand nom- » bre d'électeurs. Si j'y ai cédé, en professant » hautement mon dévoiiment au roi et à la pa- « trie, mon attachement sincère j entier, sans ii restriction , à la charte et à la dynastie qui » nous l'a donnée , ces sentimens animaient » tous ceux qui m'ont honoré de leurs suf- » frages. Comment donc a-t-on pu dire que la
( 279 ) » victoire était restée à la légîtimilé? Le drapeau » blanc ne flotte-t-il pas sur ma tête comme sur » celle de M. le marquis de Lyon? Ah! plaçons, » il en est temps, le trône des Bourbons, ce trône nlégilimej autour duquel ont vécu nos pères, » autour duquel doivent vivre nos enfans , au » dessus de l'atmosphère où se choquent nos pasw sions d'un jour ! »
Non ; un gouvernement accepté ainsi au nom de nos pères (car on avait des pères alors), et au nom de nos enfans, accepté par les chefs du peuple , et de l'armée; accepté pour le compte de tous ceux qui leur avaient donné des suffrages, ce gouvernement, que nous adulerions encore s'il avait voulu, n'imprimait pas de tache au front de la France. Non; un pavillon qu\j7otta sur la tête du général Lamarque n'était pas sans honneur. Mais pourquoi l'attaque-t-on , sinon pour renverser la promesse fondamentale de juillet, la transaction définitive de la société française? On voit dès lors pourquoi on sappe et le trône et la charte, qui sont ses garans, comme on sappa cette charte et ce trône qui l'avait créée. On veut reprendre la guerre domestique de 1789, la reprendre tout entière; reste à dire par quels moyens et à quelles fins.
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