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GUERRE A X.A PROPRIÉTÉ

Les doctrines et les actes que nous avons vus ont des conséquences nécessaires. Le nivellement amène l'émeute. L'émeute ne peut vivre et triompher que sous une condition , un bouleversement social.

Déjà la tribune, les journaux, les écrits, une religion tout entière travaillent à renverser directement et de front la propriété même. Le dernier ministère entendit professer, du haut de la tribune nationale, les maximes les plus destructives qui aient retenti dans aucun pays. Il entendit les déclarations de guerre quotidiennes aux propriétaires que M. d'Argenson appelait les détenteursde la richesse publique ;q\ ,\i^?> une fois ,

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ilne crut devoir protester contre la direction pro' posée à la révolution de juillet et imprimée aux esprits.

On ne peut, comme la Convention, promettre des appointeniens au peuple entier. Cet ouvrier terrible ne peut avoir qu'un salaire, c'est la propriété. Aussi on la lui montre dans le lointain, comme le prix qui l'attend; on la lui présente comme l'obstacle qui le sépare du bien-être et de la liberté, cette liberté indéfinie dont on caresse son oreille. C'est le mot d'ordre des factions populaires. Vos tribuns le tiennent des Gracches, qui ne l'avaient pas inventé. Voyez en effet si tout ce qui professe la politique révolutionnaire ne travaille pas à souffler la haine du riche dans le cœur du pauvre; suivons les parallèles logiques de M. de Cormeniu entre les droits de la pairie et le peuple qui meurt de faim; rappelons-nous tous les discours de la session dernière, dans la discussion de ces grandes lois, quand M. Mauguin dénonçait à la fois la souveraineté violée du peuple et sa misère, que M. de Salverte accusait l'oppression des riches sur le pauvre, que M. Marchai tonnait contre leur orgueil et leur oisiveté, que M. Odilon-Barrot se laissait entraîner à compter la propriété entre les ennemisde la révolution de juillet, que la foule des orateurs sans nom cherchait à s'd-

lustrer par l'éclat de ces maximes, que vingt feuilles publiques y faisaient écho comme elles le font encore, qu'enfin le ministère d'alors se taisait ! Si un de nous poussait, en écoutant de si graves paroles, un cri de surprise ou d'effroi, M. de Corcelles répondait, au milieu de l'hilarité unanime de ses amis: C'est du Bourdaloue! Du Bourdaloue! vous vous trompez. Bourdaloue travaillait à émouvoir l'opulence en faveur de la pauvreté, ce qui n'a jamais coûté aux nations ni larmes nisan». Le même langage, du haut de la tribune politique, devrait émouvoir celui qui ne possède pas contre celui qui possède; ce qui n'a jamais toiu-né au repos ni au bonheur des états. Et ces accens retentissaient au sein d'un peuple qui venait de se lever tout entier en armes , quand des bandes forcenées poussaient des cris de mort, quand on entendait le marteau de la multitude frapper la croix des temples, la pierre de l'archevêché, les trésors de sa bibliothèque lacérés! C'était alors que le général Lamarque déplorait les souffrances du peuple et Yilotlsme du grand nombre, tout en railhint ses collègues d'avoir quelques compagnies de la milice citoyenne pour les garder.

Je dois le dire : rien n'atteste mieux les progrès faits par le peuple depuis quarante ans, que l'héroïque bon î<cns qu'il a fait voir a[)rès son

liéroïqiie courage de la semaine de juillet. La meilleure preuve qu'il put donner des vertus qu'on a tant louées en lui, c'est d'être resté sourd long-temps à tous les appels faits à ses passions, c'est d'être resté inaccessible à tous les efforts faits pour l'ébranler.

Mais il ne faut pas croire que l'exemple donné du haut de la tribune ait été perdu. Il a germé dans une autre région, dans une zone mitoyenne qui a les souffrances , les passions , le génie de toutes. Des ateliers de spoliation publique se sont formés de toutes parts. La propriété est devenue le point de mire de toutes les agressions , et un spectacle plus triste qu'il y a quarante ans nous a été offert.

Alors la propriété n'était pas attaquée en quelque sorte en son propre nom. C'était le privilège, c'était la noblesse à qui on livrait la guerre, et la propriété ne semblait atteinte que par le contrecoup de cette guerre convulsive. Pvlais ici les prétextes manquent, et par suite les déguisemens. Ceux qui desservent cette triste politique sont obligés de montrer à nu leur pensée; ils n'épargnent ni le commerce, ni l'industrie. Nous lisons tous les jours que la bourgeoisie est au nombre des aristocraties oppressives que le peuple se doit à lui-même de détruire. Les boutiquiers sont en

butte à la dérision et à la menace. C'est ainsi que pour avoir voulu ce qui semble tout simple, autre chose que la charte, on subit l'alliance et quelquefois le joug de logiciens terribles qui ne veulent rien moins que la loi agraire.

M. OJilon-Barrot a dit dans la session dernière deux choses sur lesquelles j'ose appeler à réfléchir un esprit ferme et un loyal caractère, tels que les siens. Il a dit d'ime p;irt : on sait dans quelles mains est. la propriété^ de l'autre : il y a encore dans le peuple un principe de barbarie... Eh bien ! je dis , et avec le temps il reconnaîtra , qu'un système qui avoue la propriété pour généralement ennemie et veut le principe barbare pour allié, ce système coupable ne peut manquer de susciter d'effroyables luttes. M. Barrot n'est pas homme à croire, comme son honorable collègue M. Cabet, que lorsqu'on aura contre soi les rois, les aristocrates , les carlistes , les doctrinaires et tons ceux que riionorable menihre désigne ainsi, les marchands, les industriels, la garde nationale, on aura donné l'âge d'or à la France; que notamment V ui don régnera Yàxmx les citoyens. Il sait qu'une révolution cjui soulève des résistances si considérables et si hautes a cessé d'être politique , qu'elle est sociale j)ar cela même; et elle doit être entraînée dans les voies horribles où la France s'est

perdue une premicre fois; elle doit l'être de deux manières : soit parla funeste tendance des révolutions populaires à surmonter toujours la résistance à l'aide d'un effort plus grand , et de plus terribles vindictes; soit par la fermentation croissante des esprits, parla désorganisation de la société, par l'habitude de rêver de brutales utopies, de recourir à des voies brutales pour les

mettre en honneur Depuis que tout cela fut

écrit, la providence a semblé vouloir justifier mes doctrines. Malheur à qui n'a pas compris la leçon que Lyon nous a donnée! Et mon pays n'oubliera point, j'espère, que, lorsque la nouvelle de cette catastrophe arriva, quand on ignorait quelles destinées terribles elle ne tenait pas renfermées dans ses flancs, l'opposition n'occupa trois heures la tribune que d'une question d'étiquette , comme auraient fait des rois. Il fallait, à tout prix, retarder une solution favorable au prompt rétablissement des lois: tant il est vrai qu'on ne peut pactiser avec une seule des doctrines du désordre, sans les subir toutes comme un impitoyable joug!

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