SUITE DE I. 'ANARCHIE MOIVAI.E. — AGRESSIONS A X.'£TAT SOCIAX
§ I. — Loi du divorce.
Dans ce travail de désorganisation universelle, l'ardeur gagne les plus honorables caractères. C'est à qui trouvera une ruine à faire, à qui se signalera par les plus grands coups. M. de Schonen ne voit pas qu'il a moins fait de bien par son courage contre la barbarie qui démolissait les temples, qu'il ne fait de mal en attachant son nom à l'assaut livré, par la proposition du divorce, au seul établissement qui fût intact encore : la société civile. Défendre nos nionumens publics, et renverser le mariage, est une inconséquence où tout est profit pour le désordre. Je dis renverser
le mariage; car, le jour où il n'est plus indissoluble, il est frajDpé clans son essence. Qu'un homme ait seul des armes au milieu décent mille, qu'il promène son pistolet chargé sur toutes ces multitudes, un seul doit périr. Mais l'existence de tous est changée. Ils ne vivent plus de la même vie. Atteints par une menace , ils sont en effet tous frappés.
Tel est le mariage sous la loi du divorce. Il dépouille son caractère auguste et sacré. Ce n'est plus qu'un contrat devant notaire et point un contrat devant Dieu. Non pas que je me préocupe ici des commandemensde la loi catholique, seule pensée pourtant qui ait présidé à cette discussion, soit pour ameuter une majorité ardente à la contre-carrer par ses votes, soit pour intimider tous les orateurs, muets d'épouvante à la pensée de paraître du même avis cjue l'Évangile. Cette joie de se montrer plus forts que l'église explique seule la passion qui a fait préférer par nos hommes positifs le divorce au transit, à l'entrepôt, voire même aux avancemens des armées de mer. Moi , je déclare que j'écarte la loi religieuse de mes pensées; car je ne lui reconnais point le droit de dominer la loi civile. INIais il est une autre loi plus haute, je puis le dire, que toutes deux; car toutes deux ont pour mission de la consacrer.
C'est la loi morale; et celle-là voulait, pour achever de relever l'homme, que, se conformant à nos progrès, le contrat, qui fonde les sociétés, s'ennoblît et se fortifiât par cette inviolabilité qui épure et rehausse les liens, resserre les devoirs, affermit et consacre la famille; inviolabilité terrible qui met le sceau de l'éternel sur le berceau de l'enfant qu'il nous a donné. Elle esta elle seule un acte religieux et un sacrement, par la pieuse épouvante qu'elle inspire, comme ces impénétrables forêts de nos pères qui devenaient des temples par la seule émotion, par le religieux effroi dont l'âme était saisie en y pénétrant.
Un caractère de notre époque, c'est que, quelqu'un ayant voulu abroger l'article du code Napoléon qui interdit aux époux divorcés de reprendre leurs premiers liens, article qui aggrave tout, contre l'intention première du législateur ; un magistrat habile, docte et religieux comme M. de Valisménil a établi qu'il y avait là un acte , qui ne devait pas être un jeu, qui devait être éternel, indissoluble, irrévocable, sacré. Et ce n'est point du mariage que parlait l'éloquent orateur; non , c'était du divorce !
§ II. — Usurpation des titres.
La société française a reçu une autre atteinte,
et celle-ci malgré le texte exprès de la charte de i83o. Cette charte a protesté contre l'œuvre du 4 août 17B9; elle a accepté les œuvres de l'empire et des siècles. Elle a reconnu aux familles le droit de porter les titres qui les paraient, et au roi celui d'en conférer. Un assis et lever a tout détruit; la noblesse impériale , l'ancienne noblesse , la charte et la prérogative se sont évanouis devant imbadinage de M. deLafayette, assisté, cette fois, de M. de Lametli, deux ruines refaisant des ruines. Il en résulte que, dans notre patrie , la loi reconnaît les titres d'honneur; que les titres d'honneur sont une distinction que tout fripon peut prendre; que le roi n'a plus à en donner puisque le premier venu peut s'en- saisir; Jqu'une classe nombreuse et puissante est frappée dexpropriation;que lesconditionsdu pacte quilielescitoyens sont changées; que des dérisions sont substituées à ses promesses. Et tous les orateurs ont gardé le silence! Personne n'a vu, personne n'a dit qu'on passait de l'imitation de la révolution de 1688 à la parodie, à la charge de la révolution de i 78g, et que la parodie creuse des abîmes tout aussi profonds, dans cette terre d'honneur et de fierté,
que les réalités les plus terribles Le ministère
a compté qu'il y avait une pairie. Nous verrons.
§ III. — Sectes saint-simoniennes.
Quand le désordre a ainsi troublé toutes les imaginations, quand le bélier révolutionnaire a frappé ainsi, à coups redoublés, non-seulement toutes les institutions, mais tous les sentimens et toutes les doctrines qui maintiennent debout l'État, la société , la famille enfin , la propriété qui est la pierre angulaire de ce triple édifice bâti par Dieu même, sera-t-elle respectée? Ne l'espérons pas.
La propriété a cessé d'être le point d'appui de la constitution française. Elle est traitée en vaincue dans les lois , en ennemie dans la polémique. Si on continue , elle le sera bientôt en ilote.
La preuve que la politique révolutionnaire nous déborde, et que nous allons rétrograder de plusieurs siècles, c'est que le dogme de la confiscation est repris et soutenu sans cesse. Un docte jeune homme, M. Lherminier, développe ce droit de la société d'exhéréder des minorités tout entières pour l'utilité générale. Il ne voit pas qu'il y a là dix blasphèmes, dix attentats: la supposition qu'il puisse y avoir utilité dans l'injustice ; que la majorité ait droit sur la minorité; qu'elle fasse voir, par son incompatibilité absolue avec la minorité, autre chose que son iniqiiilé radicale et
sa violence; qu'il y ait légitimilé dans l'abolilioii du contrat social an préjudice d'inie des parties contractantes; que cotte abolition puisse élre légitimement accompagnée de sévices non prévus, non stipulés d'avance; cjue la propriété, qui est le mien , puisse dépendre de la volonté d'autrui, c'est-à-dire être le sien en même temps que le mien, ce qui implique; que, droit à part, il y ait utilité, puisque c'est la guerre, et la meilleure des guerres ne vaut pas une équitable transaction; le différend qui l'a provoquée tenait à des causes qu'on n'extirpe pas; il renaîtra tôt ou tard entre les nouveaux possesseurs du sol ; on n'aura rien fait que détruire chez les minorités le droit de la propriété; il y aura toujours une minorité, et, par conséquent, le droit de propriété, dès qu'il est ébranlé pour quelquesuns , est perdu pour tous.
Eh bien! un savant professeur de droit pose philosophiquement ces maximes, et la France les entend , sans s'étonner. Elle en entend de bien plus affligeantes encore. Nous avons uu culte public, une congrégation hiérarchique, des prêtres , des missionnaires courant les villes, pour convertir les peuples au renversement de l'hérédité des fortunes; et ce scandale, ce crime public se tolère! I/état souffre une
congrégation formée dans le but avoué d'abolir la propriété aux mains d'autrui pour s'en attribuer le monopole! La société ne se soulève pas contre une faction qui prêche le meurtre social! Ne sait-on pas que la propriété est, selon Rousseau même, le fondement de la société civile? que l'ébranler sous les pas de l'homme, c'est le plus grand délit qui puisse être commis par la pensée envers l'homme et son auteur? c'est le dépouiller de ce besoin de conservation, de cet intérêt au progrès, de cet élément de perpétuité, de ce prix du labeur et de l'ordre, de ce moyen de loisir et de méditation, source de tous les travaux, de toutes les découvertes de la pensée, de tous les développemens de l'àme et de la conscience humaines, de tout ce qui fait la grandeur de notre nature, de tout ce qiii atteste la bienveillance et la justice de Dieu. Et la société française assiste à ce travail de destruction systématique comme à un spectacle, en rit comme d'un jeu! Mais Lyon ! Lyon ne vous réveille pas ? Celte prédication vivante de la seconde ville du royaume embrasée par la révolte ne vous semble pas sérieuse, ne vous avertit pas d'un péril réel? Vous ne reconnaissez pas à tout le moins ce mugissement qui atteste et devance la tempêle ? Prenez garde ! parce qu'à vous on vous demande le suicide, le
( ''M9 ) prêche ne vous semble que ridicule; mais il y a trois millions d'hommes à qui ce n'est pas le suicide qu'on demande , et le prêche pourra être entendu tôt ou tard!
§ IV. — Abolition des dimanches et fêtes.
Il faut dire que le culte destructeur vient peutêtre rendre à l'humanité le service de lui en donner un. Tout lien religieux est détruit parmi nous dès long-temps. Mais les apparences mêmes tombent. Une chambre, qui veut fonder la liberté, a admis à lecture la proposition d'abolir la solennité des dimanches et des fêtes. Ce serait la plus belle des réactions; car celle-là refoulerait tous les peuples et tous les siècles.
Cette chambre ne sait pas que les peuples libres ont tous été les plus religieux de la terre. J'ignore pourquoi ; mais enfin le fait est écrit dans l'histoire. La Pologne était plus catholique cpie l'Italie. L'Angleterre est plus croyante que l'Allemagne : le dimanche, à l'heure des offices, les trois royaumes, avec leurs cultes sans nombre, ont l'air d'un cloître qui prie. Dans les casernes, le jour s'ouvre et se ferme par une prière commune qui n'empêche pas le soldat anglais de respecter les lois dans la paix, et d'accepter, comme
un aulrc, la mort dans la guerre. La pairie de Washington reconnaît des religions d'état , et la chambre des représentans a des aumôniers. Nos représentans , s'il est fait par hasard mémoire du clergé, éclatent en quolibets insult:ins : gens qui ont à gouverner un peuple, et qui trouvent plaisant d'outrager le culte , antique maillot de ce peuple, berceau de la civilisation moderne, aire de la doctrine de l'égalité, ruine vénérable à tout le moins; car la charte dit cpie la grande majorité des Français la vénère !
Si un journal parle d'un régiment envoyé à la messe le dimanche , tous les généraux du royaume se mettent en campagne pom- repousser d'eux la calonmie, jurer les grands dieux de leur innocence, attester qu'ils ont oublié depuis les barricades la théorie que Napoléon nous faisait apprendre pour mettre le genou à terre sur le pavé des temples. Sous la restauration , ce n'était plus le genou qu'y mettaient quelques-uns de nos guerriers, c'était le front.
Moi alors je luttais, au péril de toutes les injustices, contre les fautes du sacerdoce, et je lui prédisais les châtimens de l'avenir. Aujourd'hui je ne puis m'ém pécher, quand je vois un roi, à la tète de son peuple, aller dans le temple pour célébrer les funérailles (.le citoyens-martyrs sans
qu'une religion , n'importe laquelle , paraisse à ses cotés afin de faire l'office que le peuple victorieux réclama du prêtre Paravey; je ne puis m'einpècher, dis-je, de trouver qu'il y a un grand vide dans ces pompes , et je demande à Dieu que le déchaînement des passions mauvaises ne le comble pas. Je ne puis non plus, il faut le dire, m'empécher de remarquer que, dans le teiups même où cette autre religion, qui est le mysticisme de l'anarchie, s'avance hautement vers la jeunesse française et inscrit son nom sur ses mandemens, le jeune grand-maître de l'université, quand il parle aux élèves, pressés dans le champ de mai des grands concours, célèbre avec raison devant eux la patrie et la liberté, mais ne murmure même pas le nom du Dieu qui a mis ces biens sur la terre ! Ce silence est encore une concession au génie fatal qui nous domine. Il y a quelques mois , on mettait partout le prêtre; aujourd'hui, on ne mettra Dieu nidle part! J'aime à dire que, depuis lors, le même ministre a parlé en dignes termes, en termes fermes et habiles, de la place occupée par le Saint-Siège dans l'Europe religieuse et p/çlitique. Tout le monde a fait silence. M. de Montalivet a vu que la raison est ime puissance dans notre patrie; pour la conduire, il ne faut que deux choses: avoir raison et oser. On ose trop peu.
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