‹ Seize moisChapitre 43 sur 46 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

SUITE D£ I. 'ANARCHIE MOIVAI.E.

POI<ITIQU£.

§ I. — Réhabilitation de la terreur.

Il nous est donné un spectacle qui avait manqué à la révolution de 17B9. Robespierre, à l'Assemblée constituante, demandait l'abolition de la peine de mort. Personne ne voyait devant soi du sang; personne ne croyait devoir s'y baigner. La feuille de Marat, jusqu'en gS , fit horreur. Après la mort même de Louis XYI,,^ la Montagne, entendez-vous? la Montagne le désavouait encore à la tribune; et un de ses collègues, ayant laissé sortir ce nom méprisé de sa bouche, s'arrêta en s'écriant avec dégoût : « Quoi ! je l'ai

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nommé! » Puis le 3i mai vint; puis Marat fut un grand citoyen, un héros, le sauveur de la France, jusqu'à ce que le poignard de Charlotte Corday en fit un dieu.

Aujourd'hui, c'est autre chose. On est arrivé à la terreur de plein saut. C'est en la connaissant, en sachant ce que ce peut être , qu'on s'y complaît. On se vante de ce qu'on n'a pas fait, de ce qu'on voudrait faire. C'est la forfanterie du crime. On a, ou ce qui est pis peut-être, on affecte la passion malheureuse du sang. On se rejette dags le passé pour la satisfaire, comme les oiseaux de proie qui , faute de mieux , fouillent les tombeaux. Il y a vingt siècles, les Barbares, dont nous descendons, dressaient des bûchers triangulaires, y plantaient une épée, immolaient des victimes humaines, etadoraient. Notre jeunesse est conviée au pied d'un autel où brille aussi le glaive, où les victimes humaines ont été égorgées par milliers. Les barbares l'appellent V autel de la Liberté, et le dirai-je? cet autel, c'est la hideuse guillotine! Nous savons comme ils célèbrent le triangle d'acier. Si jamais ils blasonnent, ils demanderont que ce soient là les armoiries de la France. Et n'espérez pas que ces débauches soient stériles. On imprime à quinze centimes, on colporte dans le peuple les discours immortels de Robespierre

ettle Saint-Just, inoins, il est vrai , le grand discours en faveur de l'Être Suprême! Tout cela se passe en temps paisible, quand nous sommes tous de sang-froid, sans avoir la double excuse de ces monstres , l'ivresse ou la peur. La poésie, ce qui est un progrès, vient au secours de la prose éj)uisée. La Convention future a eu ses Tyrtées; et le Constitutionnel^ en publiant leurs œuvres récoltantes de talent, n'ose pas les flétrir, à Dieu ne plaise! ni même les désavouer. Seulement, il déclare qu'il n'approuve pas tout. Puis on nous crie que la terreur ne peut pas être recommencée. On lente une œuvre mille fois plus difficile, c'est de la réhabiliter,

N'avons-nous pas vu, en pleine cour royale, la cour l'entendant et le souffrant , des accusés, en ])résence du jury qui allait prononcer sur eux , méconnaître et la justice, et la France, et l'histoire , au point de célébrer, avec un déplorable mélange de passion, d'éloquence et de loyauté, les vertus et la gloire de la Convention ; celte assemblée intrépide, disait-on, qui régna au milieu des foudres et des éclairs, qui écrasa les factions sous le canon de vendémiaire, et n'abdiqua que dans la victoire. Jeunes gens! votre Convention , dont vous avez mal lu Ihistoire , fut la plus lâche assemblée qui ait paru sur la terre, sauf quelques

fanatiques et quelques martyrs. Klle ne voulait ni n'osait le crime; elle le souffrait par peur. Quand les jacobins exigèrent la tète de Louis XVI, (lie eut peur etdonna la tète de Louis XYI. Qunnd l'insurrection lui demanda de se décimer, elle imagina de se montrer à Tinsurrection, tut baffouée, eut peur, et se décima. Quand le comité de salut public lui prit Danton et ses plus illustres chefs , elle eut peur et les laissa guillotiner , conuTies'il ne se fût agi que du roi et de la reine de France. Quand Robespierre lui proposa de renoncer au droit de la délènse pour ses propres membres, elle frémit, hésita entre deux peurs, et chacun espérant ne livrer cjue la tète de ses voisins, tous cédèrent. Quand Robespierre fut vaincu, elle l'insulta niort comme elle le révérait vivant. A la fin, elle tomba sous le poids de l'horreur publique. Le canon de vendémiaire , impuissant à la sauver , ne servit cju'à lui donner dans sa chute les joies homicides de Sardanapale, et à joncher de cadavres son lit de mort. Qu'il serve aussi, ce canon destructeur, dont les salves plaisent encore à nos oreilles libérales, qu'il serve à prouver, par l'exemple de Bonaparte, ce que valent ces gages sanglans qu'on demat)de ou qu'on donne pour la liberté; par l'exemple de laConvention, combien la liberté révolutionnaire aime la force et touche de près à

lo tyrannie; par Tcxeraple de ces panégyriques, tout co qu'il y a d'insouciance du sang du peuple chez tous ces prétendus amis du peuple, qui, la ])lupart, et souvent à leur insu, n'estiment de lui qu'une chose: ce sont les faisceaux dont il peut armer leurs bras.

§ II. — Goût du régicide.

Un goût particulier de notre époque, un caractère de cette corruption artificielle que la société tout entière désavoue, mais qui la pénétre, l'imprègne, la dissout par degrés, c'est la prédilection du régicide. Tandis que le peuple a été si grand devant le roi qu'il avait vaincu, le régicide a été célébré à la tribune, célébré dans le sanctuaire des lois par l'organe des lois, et les ministres d'un roi se taisaient alors. Quand les apôtres des ces doctrines ont été livrés à la justice, ce n'est pas seulement le jury qui, dieu sait comment et pourcpioi , lésa absous. Dernièrement, le tribunal correctionnel et la cour royale ont acquitté un homme qui a écrit au dessous d'une image de la guillotine:

Pliilijipe portci'a la lôte Sur toa autel , ô liberté !

Vingt dithyrambes, vingt poèmes, mille écrits

ont exprimé impunément le même vœu. On a vu , à ces accens, des vieillards relever la tète, et venir pontifes de leur propre crime, l'encenser à la clarté du jour, convaincus que la France de i83o entendait l'adopter. Aux élections , la France a répondu. Mais faut-il s'étonner de ces méprises, quand la première loi, apportée aux chambres par le gouvernement de juillet, fut le rappel des votans. M. Dupont (de l'Eure ) mit à ce prix sa présence dans le conseil. Certes, il fallait laisser ouvertes aux conventionnels toutes les portes du royaume; je l'ai demandé dix fois sons la restauration, par respect pour la lettre de la charte, par haine des proscriptions , par amour-propre national , par honte d'étaler nos blessures aux veux de l'étranger. Mais une loi! une loi proposée par la couronne ! et cela le lendemain d'une révolution ! La révolution de 1688 avait d'autres maximes. Un juge de Charles I" crut pouvoir mettre le pied sur le sol britannique : le roi et le parlement le repoussèrent ; ils ne lui firent grâce que de la vie. Nous avons eu d'autres erremens; l'arbre porte son fruit. Qu'on le sache bien : mille mauvais actes jaillissent d'un mauvais acte , d'un mauvaise doctrine du pouvoir.

Quand l'Angleterre traitait ainsi , en 1689 » ^^^ hommes du 3o janvier 1649, ^^^® n'avait pas à

leur reprocher de s'être baignés au sang de leurs concitoyens, d'avoir imnioié à leurs fureurs une génération entière. Non ; les régicides anglais ne llrent tomber qu'une tête, mais c'était celle du roi, et ces têtes sacrées ne tombent pas que la terre ne tremble jusque dans les fondemens. Et il n'y a pas de monarchie s'il n'est avéré que le monarque est inviolable à toujours; qu'attenter à sa vie, c'est commettre un acte inexpiable, c'est offenser la patrie même, et la frapper au cœur. Le parlement, après quarante ans, se montrait irrité encore pour tirer ainsi du meurtre de Charles I" et des longs malheurs de l'Angleterre, une utilité présente, celle de raffermir, par l'exemple de sa rigueur, la royauté constitutionnelle, et de donner une consécration éclatante au trône national de Guillaume III. A'^oilà comment des législateurs seiîsés procèdent.

§ III. — Abolition de la loi du 1 1 janvier.

Nous, nous croyons fonder une monarchie e nous établissons qu'il n'y eut |)as crime, qu'il n'y a point deuil sur le jour où des factieux tuèrent im roi! Nous, nous entendons des députés justifier le meurtre de ce roi, dire qu'il fut tué pour crime d'hypocrisie. Et nous nous taisons! Nous ne voyons

pas que si un crime ainsi défini est jnnii de mort sur les rois, il n'y a plus de royauté. C'est la loi des suspects contre les têtes couronnées!

Nous, à l'heure où j'écris, nous avons adopté dans les bureaux, pris en considération dans la chambre, renvoyé à une commission , sans qu'une voix s'élevât, nemine contradicente , une proposition qui portait que Charles X, une tête sacrée , pourrait tomber sous le coup de l'article 91 du code pénal. Je veux croire encore que la chambre n'y avait pas songé. Une tête de roi ne frappe pas l'attention assez vivement par le temps qui court. Mais si la chambre avait pu voter une disposition si monstrueuse, nous serions en dehors de la charte et de la monarchie.

La royauté est inviolable, ou n'existe pas. Elle est éterneUe, ou n'est pns inviolable. Napoléon était roi à Sainte-Hélène, Louis XVI au Temple, Jean dans les fers, ou il n'y a point de royauté. La fortune ravit la puissance royale. La consécration royale ne peut être effacée que par une main plus puissante que la fortune, par la uiort seule. Autrement, tout l'édifice des monarchies tombe; l'inviolabilité est un piège caché sous un mensonge. Vous prononcerez aujourd'hui la déchéance; demain vous tuerez. De cette façon, vous serez quittes envers vos chartes et vos ser-

mens. Oui, comme la Convention qui s'arrangea aussi pour ne pas tuer un roi, mais qui tua un roi. C'est la conscience du genre humain qui l'a dit. Ce sont toutes vos histoires qui l'ont dit. Ce sont les élections dernières qui l'ont dit.

La disposition dont je parle eût été le régicide en expectative. Elle eût été l'abolition du trône en réalité.

§ IV. — T.oi du bannissement des Bourbons.

Le bannissement des Bourbons ! Le bannissement, peine légale, peine entaci)ée d'infamie! Sansdoute, l'inattention, le hasard a lapproché ces mots. Non, la chambre avertie, les a tracés à bon escient ; elle les a voulus ! Une assemblée française s'est complue dans cet outrage à la vieillesse, à l'enfance, à des siècles qui pouvaient bien ne pas protéger une race condamnée du sort contre le malheur et l'exil, mais qui devaient les défendre contre l'injure. O France, qu'est devenue cette réputation de générosité qui te fit grande par toute la terre [ Tu ne tues point les vaincus; mais tes mandataires lés insultent. Ah ! grâce , grâce ! Croyez - vous que ce soit pour ces infortunés que vous encensiez naguères? Non , je vous crie grâce pour d'autresqu'eux, pour d'autres princes,

pour un autre roi , pour celui que vous couronnâtes, pourceluiqui a comblé par sa présence l'abîme ouvert sous nos pas, pour celui dont vous rendez la coupe royale plus amère que l'exil et l'adversité.

La révolution de 1688 aurait pu ne pas vouloir de royauté; le parti de Sidney n'était pas mort, il aurait accepté la république à bras ouverts. Mais du moment que le peuple anglais proclama la royauté, ce fut sérieusement, parce qu'il la voulait, parce qu'il la croyait utile à sa liberté comme à sa gloire, et dès lors il ne songea qu'à la rendre forte, grande, respectable à ses propres yeux et à ceux du monde.

Parmi nous, toute rétrécie qu'elle ait été dans sa prérogative par la révolution de juillet et par la charte nouvelle, la royauté est traitée comme un fort ennemi sur lequel on court à l'assaut; c'est à qui lui enlèvera une de ses défenses, à qui insultera ses remparts. On lui conteste toutes les pompes des cours. On lui interdit ce luxe utile qui Aiit vivre les arts, et qui la rehausse dans les respects de la foule. C'est au point que ses ministres ne savent comment réclamer une liste civile. Mais si on lui refuse pouvoir, richesse et grandeur, on exige beaucoup d'elle. On l'humilie quand on ne peut la dépouiller; on lui impose sacrifices sur sacrifices. Et de tous les sacrifices, le plus grand

sera, peut on en douter? l'obligation d'attacher la sanction royale à la loi que la chambre a votée. Je me suis, il y a seize ans déjà, expliqué, devant un autre pouvoir, sur ces ostracismes des dynasties dépossédées qui sont, disais-je, une insulte aux vaincus sans être un secours et une force pour les victorieux. Je répéterai aujourd'hui les mêmes paroles. Des princes déchus ne reparaissent jamais, ou ne le font qu'en combattant; et alors ce ne sont pas les lois qui les repoussent, ce sont les armes. Cette vérité, tout le monde la sent et l'avoue. Les orateurs crient sans cesse que Henri V peut, sans péril pour la royauté nouvelle, courir le cerf dans les forêts silonnées par les chasses de son aïeul, et voilà que vous demandez à votre roi de prononcer, non pas l'exclusion inutile, mais l'inutile bannissement, le bannissement! unepeine juridique! luiepeine infamante! contre son oncle détrôné, contre ses cousins, contre la fdle de Louis XVÏ qui n'a ni une couronne au front, ni un fils à ses côtés, contre son neveu innocent encore du crime d'être appelé roi, contre les enfans de cet enfant qui n'existent pas encore, qui sont innocens du crime de vivre, contre toute cette famille enfin, coupable de trop de foi au passé, comme tant d'autres familles françaises, et de plus coupable d'être apparentée comme lui à

Hugiies-le-Grand, k Philippe-Adguste, à saint Louis, à Henri IV !

Nous pouvons demander à Louis-Philippe tout ce qui est nécessaire à la sûreté publique, tout ce qui est utile à la défense commune. Car alors il pourra n'y avoir point d'affection, point de souvenir, point de murmure du sang, qui parle plus hautque lavoixdela patrie. On conçoit que le premier des devoirs de tout Français , et du roi des Français plus que nul autre , soit envers la France.

Mais si du nécessaire nous arrivons au superflu, si nous exigeons du luxe en fait d'abnégation , pensons non pasau roi, mais à la royauté, et ne faisons pas payer trop cher une couronne, surtout quand elle est de plomb comme la nôtre.

Je le demande au brave colonel Bricqueville, le plus loyal des hommes:

Si onexigeait de lui que, sans élre juge et sans y croire attaché le salut de la patrie, il prononçât une peine infamante contre une famille entière, au milieu de laquelle il eut familièrement vécu quinze ans, de quel cœur y consentirait-il? Mais cette famille est la sienne, c'est la branche aînée de sa maison ! La proposition seule ne lui sembiet-elle pas une injure? Mais il y a péril au refus. Il y va de la paix de tout un peuple soulevé contre celle famille déjà proscrite, qu'il faut proscrire

encore, proscrire et insulter à la fois, sons peine de compromettre tant d'intérêts chers et sacrés! Vous ne me laissez pas achever: tout votre sang crie contre moi.

Je sais la réponse. C'est précisément à cause de ces liens de parenté, que je rappelle, qu'il faut à la nation des gages. La poUtiqueades règlesàpart, et il s'agit ici , non de sentimens, mais de raison d'état.

Et moi , je dis : il n'est qu'une sorte d'hommes dont il faille se défier toujours; ce sont ceux qui seraient toujours prêts à offrir des gages. Rappelez-vous qui dressa la liste des proscriptions royalistes de i8i5: qui, grand Dieu! Et reconnaissez qu'il n'est qu'une garantie solide : c'est la justice, la loyauté , l'honneur.

Ceux qui affectent de douter du trône, quand ce trône a pour fondement les barricades , ceux-là ne seront pas ramenés par un injurieux arrêt à la sécurité qu'ils dénient. La royauté ne trouvera pas dans la voie de concessions semblables plus de force, car elle n'y trouvera pas plus de respect. M. de Salverte les combattit, alors qu'il croyait entrer au conseil. Le conseil fermé devant lui, il les exigea. Quand pensait-il davantage à fortifier la couronne?

Non , non ! la confiance et la force ne s'obtiennent pas à de tels pi ix dans les sociétés civilisées.

C'est la méprise de toutes les factions dominantes, c'est le mensonge de tous les tyrans, de proclamer que la politique a d'autres règles que la morale. Les pouvoirs qui attentent aux sentimens nécessaires de la famille, à la délicatesse nécessaire de la société, ces pouvoirs soulèvent contre eux une double tempête, plus de haine chez leurs adversaires , chez leurs alliés plus d'exigence. Quand nous imposons à la royauté un sacrifice domestique, nous la rabaissons de dix crans. Guillaume était le gendre de Jacques II, la reine Marie était sa propre fille. L'Angleterre ne se donna point la joie, après les avoir inaugurés à Westmiuslor , d'attrister à plaisir leur puissance. Elle n'entendait pas les couronner d'une main , et les blesser de l'autre, les affaiblir; elle eût craint de s'affaiblir soi-même.

§ V. — • Pétition pour les cendres de Napoléon.

Nous, ce que nous entendons, comment le dire? Cette même chambre qui demande au roi un arrêt infamant contre la troisième dynastie, hii demande une apothéose pour le chef de la quatrième. Elle lui fait la loi d'élever un trône aux cendres de Napoléon. Pourquoi seulement à ses cendres?

Serait-ce que cette chambre n'a pas lu la

charte , qu'elle n'a pas vu que c'est la branche cadette de la maison de Bourbon qui est appelée au trône, qu'elle a cru que les d'Orléans étaient plus proches parens de Napoléon que de Louis XIV? Ou bien n'a-t-elle pas mesuré la portée de sa démarche? n'a-t-elle pas compris qu'autant il était de bon goiit à Louis-Philippe de restituer à la colonne sa statue, autant il y avait convenance et devoir pour les autres branches de la législature de repousser toute démonstration équivoque, tout hommage blessant, toute alliance avec une conjuration hostile? Celte dernière supposition est la véritable. L'ébranlement donné, les bienséances méconnues, rien de tout cela n'a été même soupçonné. On a obéi aux dieux du jour , à des instincts , et aux plus étroits ou aux plus anti-sociaux de tous. Mais, grand Dieu! d'où arrive-t-on?

§ VL — Pétition des condamnés politiques.

Ceci ne sapait que le trône. Tout aussi innocemment, je le crois, mais par obéissance aveugle aux mêmes passions, la chambre a ébranlé d'un seul coup le principe do tout ce qu'il y a de gouvernemcns dans le monde, gouvernemens de fait, gouvernemens de droit, gouvornemens

( 457 ) royaux, gouvernemens populaires; elle a imaginé de recoin mander au ministère la pétition de tous les conspirateurs des quinze années, demandant, ce sont les termes de ce document, leur part du banquet national ^ en leur qualité d'avant-garcles des héros de juillet. La chambre a donc votélapropositiond'uneindemnitépourquiconque aiguisa, contre un gouvernement existant, salué des acclamations populaires et consacré par nos sermens à tous, le couplet séditieux, l'épigramme, le complot, je m'arrête là. La chambre a recommandé leur pétition en bloc. C'est en bloc aussi que M. de Lafayelte s'est déclaré leur coni' plice. Quoil opinion, sang à part, l'iniliative du renversement des gouvernemens établis serait conférée à chaque citoyen ! Voilà la souveraineté du peuple portée à sa plus haute puissance et reconnue tout entière dans un caprice, dans une colère, dans une conspiration. Voilà le droit de défense interdit au pouvoir ! Voilà la rébellion , le complot, le meurtre peut-être effacés de nos codes et déclarés partie intégrante de la liberté. Ou si, dans le même moment, les mêmes orateurs ont demandé pour les révoltés, pour les conspirateurs de la Vendée, d'exemplaires cbâlimens, c'est un défaut de logique sur lequel il a plu à M. de Cormenln de ne pas s'expliquer encore. C'est

une inconséquence qui atteste l'école d'où elle est née. Et il a fallu que le banc des ministres fit silence pour ne pas lutter en vain contre ces folies, et ne pas faire d'une effervescence , d'une hallucination de la majorité, un échec de l'autorité royale et une question de cabinet!

§ VIL — Résumé de chapitre.

En résumé, nous assistons à un spectacle qui ne s'était pas vu encore dans l'univers, celui d'une nation qui n'a peur que d'une chose : c'est que son gouvernemenr ait le prestige de la légitimité, ou seulement l'ombre d'une accointance avec elle. La légitimité avait fait jusqu'à ce jour l'envie des pouvoirs nouveaux, et le désespoir de leurs partisans. Napoléon, par exemple, n'eut d'aise que lorsqu'il tint dans sa couche une fille des Césars , lorsqu'il put dire : Mon malheureux oncley à ses courtisans ébahis , en parlant de Louis XVL Mais nous entendons le célébrer beaucoup et l'imiter jamais. Nos anarchistes veulent ses cendres et non pas ses leçons. Comptentils glorifier ses mânes, en leur montrant, ainsi déchaîné, après lui, ce monstre de l'anarchie qu'il avait vaincu si bien, trop bien assurément, et qu'il traînait, comme un roi vaincu, attaché à son char sons un manteau de comte ou de duc?

Chose admirable! Nous voulons rester une société régulière, conserver des mœurs dans la famille, des liens dans l'état , de l'ordre dans le pays, et nous exigeons que notre roi n'ait ni entrailles ni famille. Nous prétendons qu'un prince, qui compte Philippe-Auguste et Henri IV parmi ses aïeux , soit le seul roi qui n'ait pas d'ancêtres, le seul gentilhomme qui n'ait pas d'écussons. Nous travaillons à faire de lui un homme nouveau en dépit de l'histoire. Un grand orateur, alors ministre, crut devoir déclarer à la tribune que le monarque régnait, non pas à cause de ses pères, mais malgré ses pères ! Puis nous dormons tranquilles quand des étudians insurgés ont été battus par la patrouille ; ou bien , au contraire, nous nous étonnons si un père est obligé d'avertir le public, par la voie des journaux, que c'est malgré ses ordres que monsieur son fils fait signer dans sa maison l'association nationale. Cependant tout cela se tientpar d'invisibles, par d'insurmontables nœuds.

La liberté romaine, qui dura sept cents ans, ne se croyait pas assez forte avec l'appui du patriciat, la division des classes, le commode et odieux néant du grand nombre esclave. Elle reposait encore sur la puissance paternelle, qui allait jusqu'au droit qu'avait le père de mettre son fils à mort. Le droit d'avoir les images des ancêtres faisait réternelle

ambition des citoyens. ASparle, l'étroile oligarchie avait réservé aux pères le droit absolu d'exhéréder leurs fils, tant on croyait avoir besoin d'inspirer aux jeunes générations ]e respect £t la crainte des générations passées. Nous , nous croyons aller à la liberté , en n'ayant de pouvoir nulle part, pas même sous le toit paternel, non plus que dans l'empire. La monarchie domestique est démantelée comme tout le reste. Nous en faisons une république sans aïeux ainsi que l'autre. Nous ne voulons de passé, ou de sanction nulle part, ni chez nos princes, ni dans nos annales, ni dans nos foyers !

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