‹ Seize moisChapitre 7 sur 46 · I.A REVOLUTÏOIff ET I.A X.ÎBERTE · texte numérisé non relu

I.A REVOLUTÏOIff ET I.A X.ÎBERTE

FROBIiiniE^BE XA M05IAÏÎ.CII2E DS 1830.

La France se débat sous le poids d'un grand et difficile problème : celui d'accorder la révolution avec la liberté. Grand et difficile, ai-je dit; car, livrée à elle-même, la révolution, en comprenant sous ce nom les intérêts auxquels elle s'appuie, et les principes qu'elle professe, peut bien régner du Rhin aux Pyrénées; elle peut tenir tête au monde. Elle est incapable de la liberté.

Il n'y a de liberté sur la terre que par les classes riches, éclairées, polies. C'est une vérité qui n'a pas besoin de démonstration ; l'histoire du monde toute entière en dépose. Or, la révolution ne reconnaît pas de classes élevées, pas même celles qu'elle enfanta, ou ne les reconnaît que pour les déclarer toutes ennemies et les traiter en vaincues , quels que soient leurs drapeaux.

Ce n'est donc pas même vers la démocratie

qu'elle incline; car la démocratie vraie serait le gouvernement de toutes les classes. Il s'agit d'une démocratie partiale et mensongère, qui serait le gouvernement contre une classe, contre celle précisément que recommandent la propriété, la haute industrie, les lumières, les services, les illustrations, tous les titres à l'influence, tous les moyens d'ascendant. A ces conditions, il peut y avoir, dans es temps de fièvre et de crime, terreur; dans les temps de repos, dictature peut-être. Jamais il n'y aura liberté.

On conçoit que, pour soutenir l'assaut, à ciel ouvert, contre des mécontens qui se vengent suffisamment, quand on les a blessés, en retirant leurs capitaux au commerce, et leurs votes auxassemblées électorales, il faille s'adresser aux préjugés, aux haines , aux cupidités des niasses; auxiliaires redoutables qui n'accorderont leur assistance qu'en imposant en échange les spoliations, les vengeances , l'anarchie.

Toute nombreuse et puissante que soit notre classe moyenne, elle ne léserait pas assez pour faire face long-temps à ce péril ; et du moins , elle risquerait de ne le pouvoir à la longue qu'en commettant le bras d'un chef absolu à la garde de ses conquêtes. Cette classe dont on ne saurait élever trop haut l'amour de l'ordre, le bon sens, In mo-

ralité, les vertus privées et publiques, est le pivot nécessaire de tout gouvernement régulier. Elle fera la richesse , la force et l'honneur de tout gouvernement sage. IMais elle ne peut être le soutien unique d'un gouvernement libre , ne fut-ce que parce qu'elle n'a pas l'indépendance de fortune, la liberté des heures que ce régime réclame. Elle n'a pas le temps.

La restauration avait en soi , à côté d'infirmités inévitables, des forces plus grandes que ces difficultés; elle n'a péri que pour avoir douté d'elle-même en mettant les armes à la place des lois.

La monarchie de i83o a hérité du redoutable problème. Etait-il en sa puissance de le résoudre? telle fut la question posée dès l'abord par la fortune à la royauté nouvelle et à la France.

J'établirai que l'unique solution prospère était de s'approprier, autant qu'il était en elle, les forces de la restauration. Je ferai voir que ce fut à cette condition expresse qu'elle reçut l'adhésion et les sermens de la France. Je dirai les fautes commises, notre plaie sociale agrandie sous des semblans politiques qui nous trompent, enfin, la nécessité flagrante de revenir aux seuls principes à l'ombre desquels l'ordre et la liberté j)uissent se donner la main. Ensuite, l'avenir conclura.

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