‹ Seize morceaux de littératureChapitre 13 sur 17 · TAUREAU DE HARAS · texte numérisé non relu

TAUREAU DE HARAS

la voûte aérienne fit place à un vif azur monochrome, et les argiles, les grès et les marnes resplendirent embrasés. Eparses sur la végétation, les larmes de la nuit ardaient comme des diamants, la nature entière subissait les baisers brûlants du flambeau-roi ; pour le saluer, les futaies une dernière fois frôlées de la bise mouvante, abaissèrent respectueusement leurs cimes musicales. « Seigneur d'en liant et d'en bas, accentua la voix virile d'un ânier qui fouettait deux baudets chargés de sacs de farine, est-il assez arrogant et pimpant, ce taureau ! » Le Maure, en effet, s'était redressé. Solide maintenant, en pleine clarté, ses cornes hautes, non moins étincelantes que ses prunelles, arc-bouté sur ses jambes nerveuses, il semblait comprendre le phénomène diurne ; ses poumons jouaient aisément, ses muscles saillaient en relief, et son sang circulait, impétueux, en ses veines qui, s'étant gonflées allongeaient leur réseau le long de sa mentbrure ; il respirait en liberté. Terne et moite, la veille encore, sa peau couleur de brique biscuite à présent luisait, sèche et lisse. Comme les plantes dont il était environné, ce mâle était plein de sève, il s'affranchissait de ses derniers maux, il reverdissait absolument sous la chaleur et la lumière ; il se sentait vivre et vivait mieux qu'il n'avait jamais vécu. Tout à coup, enivré, rajeuni, dispos, il brandit son front, aspira les acres fumets des femelles voisines étendues dans les bordes des combes et des puys d'alentour, et voici qu'en rut, allant. tout allumé, convulsé, droit devant lui, ses naseaux tout ruisselants d'écume et sa queue embousée serpentant comme une flamme au-dessus de sa puissante échine, il imprima ses

sabots fourchus clans le sol gras et limoneux de la prairie, et, la tête énigmatique et grave, il beugla fièrement au soleil...

Bruniquel-en- liouergue, mars 1860.

Un forgeron se pend dans son atelier

(Êiun-forles à la plume

D'après Rembrandt

A Stéphane Mallarmé

UN FORCrERON

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