‹ Seize morceaux de littératureChapitre 14 sur 17 · SE PEND DANS SON ATELIER · texte numérisé non relu

SE PEND DANS SON ATELIER

. 1 y a longtemps de cela, fort longtemps ; et dès cette ? époque où, très jeune encore, je revenais, moulu, ^'ï^tgh d'Espagne en une mauvaise diligence, traînée par des mules archi-pomponnées, je n'ai pas ouï sans frémir cette chanson d'Alfred de Musset que tant d'étudiants de ma génération ont fredonnée et même braillée en tous les carrefours du Quartier Latin ainsi qu'ailleurs, à Boulogne, à Suresnes, à Billancourt, et de la barrière du Trône à celle

de Neuillv : « Connaissez-vous dans Barcelone, une Andalouse au teint bruni ? » Pourtant, en cette vieille cité de la Péninsule ibérique qui, par dessus les Iles Baléares abîmées dans les flots bleus de la Méditerranée, lorgne les grèves brûlantes de l'Afrique où rlorissait jadis Carthage; en cette ancienne capitale de la Catalogne où je vis ce que je me suis juré de ne plus revoir, une Corrida de toros, ignoble entre toutes et sanglante, je ne hantai jamais qu'un cloutier maigre et blême dont les affaires ne marchaient pas très bien , paraît-il, et qui restait non loin du fort Pio, dans une échoppe enfumée où tous les jours, de l'aube à la brune, trente ou quarante pauvres hères en guenilles et non moins altiers sous leurs haillons que des grandesses se tuaient à la peine. Il se nommait Antonio Pedro Gorovajar y Baldomeral, le malheureux ! On apprit un beau matin qu'il se disposait à fermer boutique et qu'il ne tarderait pas à partir pour Séville où vivaient encore son père, ancien matador, et sa mère, exdanseuse foraine. « Eh bien, quoi! s'il s'en va, chuchota-t-on dans ce noirâtre et très misérable faubourg de Barcelone, un cerf de moins en la cité, voilà tout! ailleurs, peut-être, ses cornes augmenteront, tant pis pour lui!... » Le fait est qu'un soir de mai, dès que la nuit fut venue, il régla les comptes avec ses ouvriers et, comme le lendemain était un dimanche, en les congédiant, il leur dit : Hasta mas ver!... Eux tous sortis, il mouilla la houille qui grésillait encore, verrouilla la porte de sa masure, se laissa choir sur le carreau noir de limaille et là, se comprimant la poitrine, il balbutia des imprécations, des anathèmes, les regards fixés sur un Christ

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