‹ Seizième siècleChapitre 2 sur 43 · XXXTT AVA NT-PR 0P · texte numérisé non relu

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notre petite mesure, mais avec çonsçiénçç et prphité, à l'étude de cet âge si considérable.

Gomme je fais toujours, je recommancfe aux jeunes gens de lire les auteurs ci-dessous étudiés, ce qui leur sera plus facile pour le seizième siècle que pour tout autre, cesauteurs ayant relativement peu écrit, et les lectures de textes qui doivent accompagner celle de ce livre pour qu'il soit utile, se réduisant à une cinquantaine de volumes. Ils feront bien, déplus, délire les bonnes études critiques qui ont été publiées sur le seizième siècle. Le livre de Sainte-Beuve sur la Poésie au XVIe siècle xi est nullement ànégliger, et, quoique un peu suranné, reste charmant. Ce qu'a écrit Nisard sur le seizième siècle, c'est-à-dire un demi-volume environ, est exceUcnt. Le tableau de la Ifingiie de la littérature française au XVIe siècle de MM. Arsène Darmesteter et Hatzfeld est le plus précieux instrument de travail. Sur Rabelais le livre de M. Gebhardt et celui de M. Stapfer sont de tout intérêt, et celui de M. Pierre Gauthiez (Etudes sur le XVIe siècle) contient des renseignements instructifs. Sur Montaigne il faut consulter l'étude si diligente de M. Paul Bonnefon, et l'article exquis de Prévost-Paradol dans ses Moralistes français . Sur Commynes, Ronsard, du Bellay et d'Aubigné, je ne vois aucune étude particulière qui exige qu'on en prenne connaissance, et pour Ronsard surtout cette lacune est déplorable. Sur Marot on fera bien de lire l'article

AVANT-PROPOS

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peu heureux peut-être, mais fécond, comme toujours, en réflexions, que Scherer lui a consacré {Etudes sur la littérature contemporaine, vm). Enfin, non pas sur Calvin, malheureusement, mais sur tout le mouvement social, moral et religieux qui Fa précédé et dont il procède, i'admirable livre de J. Janssen, l'Allemagne et la Réforme, qui vient d'être traduit en français avec le plus grand soin par M. E. Paris, sans qu'on soit tenu d'en accepter les tendances et les conclusions, est indispensable et est une bonne tortune intellectuelle. Le livre de M. Ferdinand Buisson sur Castellion (et sur Calvin) en est une autre.

COMMYNES

SA VIE

Philippe de la Clyte, sire de Commynes et d'Àrgrnton, était né vers 1445 au château de Commynes, ea Flandre. Orphelin de bonne heure et mal élevé par un tuteur négligent, il n'apprit guère qu'à monter à cheval, et ne sut jamais ni grec ni latin, dont il eut regret plus tard, peut-être à tort, car ceux qui croient les études antiques funestes dans l'éducation, ne manquent jamais de citer son nom avec celui de La Rochefoucauld, et cela le met en bonne compagnie etentretient sa gloire, k dix-sept ans on l'envoya à la Cour, c'est-àdire auprès de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, qu'il ne connut jamais que vieux et malade, et dont il a gardé le plus tendre souvenir. Il avait l'œil bon déjà et des qualités d'observateur ; car il se rappelle, quand il écrit ses Mémoires, que la Bourgogne était heureuse, à cette époque, et un peu trop heureuse, amollie, voluptueuse, fastueuse, trop riche.

Quelqu'un se levait qui devait mettre ordre à cela.

Charles, comte de Charolais, fils du duc, était luimême un homme de plaisirs, mais ce n'était pas un homme d'esprit. Fort aimable et en particulier assez attaché au jeune Commynes, qui avait su lui plaire, c'était un jeune prince de trente ans plus étourdi que son page. A la ligue du Bien Public, il commanda les Bourguignons et leurs alliés contre son ancien ami Louis XI, et gagna, ou à peu près, la bataille de Montlhéry. Dès lors il se crut un Alexandre. Il n était guère qu'un Picrochole, rêvant toutes les conquêtes imaginables , incapable de conseil , ne demandant ni n'écoutant jamais aucun avis, se jetant à toutes les aventures, et, signe le plus grave selon Commynes, mélancolique et solitaire dans la mauvaise fortune. Au fond il était sot, et quand Commynes parle si amèrement de la « bestialité » de certains princes, il est à croire que c'est à Charles le Téméraire qu'il pense un peu, sans préjudice de quelques autres.

Au bout d'un certain temps, qui fut long, ce qui est à l'honneur de Commynes, le prudent et sagace Flamand se demanda ce qu'il faisait auprès d'un tel homme, rabroué, brutalisé même, paraît-il, par lui, et ne lui servant à rien. En 1472 il passa au service de Louis XI. Il avait vingt-cinq ans. Studieux, avisé, mettant à profit tous ceux qui l'approchaient, il savait l'italien, l'espagnol et l'allemand, sans compter le français. Il eût valu quatre hommes pour Charles- Quint. Il les valait pour Louis XI. Surtout il savait les hommes, ce qui est le plus rare. Il était un excellent diplomate. Il avait exercé même, en cette qualité, en Angleterre, mieux encore à Péronne, entre Louis XI et Charles. Le roi de France n'avait pas oublié ce jeune homme grave, aimable et fin qui avait contribué alors à arranger les choses au moins mal possible. Il est certain qu'il le désira. Ils se désiraient l'un l'autre. Commynes vint, et resta. Jusqu'à la mort de Louis, il ne

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quitta pas la maison du roi, à peine sa chambre. Ce fut un ministre et ce fut un ami. Louis XI avait tout pour plaire à Comrnynes : il était très intelligent. La réciproque était vraie. Dans ces conditions, et quand on est de caractère froid de part et d'autre, on ne se quitte jamais.

La mort de Louis XI fut une catastrophe pour Comrnynes. Louis XI l'avait comblé, selon son habitude, des biens des autres. On jugea qu'il fallait rendre. Comrnynes, ne se prêtant pas de bonne grâce à ce règlement, fut arrêté, emprisonné et même confiné dans une de ces cages que Louis XI avait inventées. Il parle de cette mésaventure en ses Mémoires avec la négligence la plus philosophique. Réintégré dans la partie de ses biens qu'on estima légitime, il reprit faveur, suivit Charles VIII en Italie, fut ambassadeur à Venise pendant que le roi de France traversait la péninsule comme un triomphateur, et au retour, qui fut plus rude, assista àFornoue.

Il vit presque mourir Charles VIII, ayant été appelé àAmboise pour trouver le cadavre du « petit roi » gisant encore sur un tas de paille dans la galerie où il était tombé. Il se retira alors à Argenton, dans ses terres, sans regrets, semble-t-il, et sans plus d'ambition. Il avait cinquante ans. Il avait vu quelques grandes choses ; il n'avait plus qu'à les écrire. Il les écrivit en français, priant « monsieur l'archevesque de Vienne », ancien aumônier et médecin de Louis XI, de les traduire en latin. Ceci, quoi qu'en ait pensé Sainte- Beuve, sans aucune malice, et simplement dans le regret de ne pas savoir le latin; car en ce temps-là et même plus tard, on écrivait l'histoire pour toute l'Europe, et Ton n'imaginait guère qu'on pût récrire autrement qu'en langue européenne. Il mourut presque jeune, en 1511. Son livre n'a été publié qu'en 1523. 11 eut vite, soit dans le texte, soit dans la vulgate latine

qu'on en fit, un très grand succès. Charles-Quint l'appelait « mon bréviaire ».

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