‹ Seizième siècleChapitre 4 sur 43 · COMMYNES MORALISTE · texte numérisé non relu

COMMYNES MORALISTE

Le livre de Gommynes n'est pas seulement le bréviaire des princes, il peut souvent servir de bréviaire à tous les hommes. Il est peu d'ouvrages d'histoire où les préoccupations de moraliste se montrent autant que dans les Mémoires deCommynes. Au fond même, Commynes est surtout un moraliste. Il s'est inquiété sans doute des conditions dans lesquelles une société d'hommes doit être placée ou se placer pour être à peu près bien ; mais il s'est demandé encore plus ce qu'est l'homme et comment il doit être pour vivre à peu près heureux dans quelque société que ce soit. Il a d'ailleurs comme la marque et les traits distinctifs du moraliste. J'ai parlé de sa curiosité et du pourquoi ? Remarquez encore sa prudence extrême et sa circonspection dans les jugements, ce qui est un des signes où le moraliste se connaît: «Alors usurpèrent ceux de la maison d'Yorck ce royaume, ou l'eurent à bon titre, je ne sais lequel; car de telles choses le partaige [jugement] s'en fait au ciel. » Commynes est plein de ces petites phrases-là, où il peut entrer un peu de malice, et encore je ne sais, mais où surtout se révèle, comme dans les hésitations et suspensions de jugement et les utrum... an... nescio de Tacite, l'esprit très réfléchi, l'observation lente et la défiance de soi dans la curiosité, qui sont la physionomie même du moraliste.

Il l'a été,très diligent, très sérieux et même très touchant. Où l'on voit bien qu'il est moraliste d'instinct et comme sans y songer, c'est à ceci que le conseil qu'il donne, en passant, soit à un ministre, soit à un prince, s'élargit naturellement et s'étend sous sa plume, de ma-

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nière à s'appliquer àtous les hommes. Il y a une page charmante qui est autant de Louis XI que de Commynes, comme on va le voir, sur la manière dont un ministre doit vivre avec un souverain. C'est le manuel du ministre ou du favori ; mais faites attention à la fin. Le ministre doit plutôt retenir son souverain par l'affection que le tenir par la crainte, et il est bon qu il soit son obligé plutôt que son bienfaiteur : « Je conseillerai à un ancien ami, si je l'avais, qu'il mît peine que son maître l'aimât, mais non point qu'il le craignît . . Encore en ce pas me faut alléguer notre maître en deux choses, qui une fois me dit que avoir trop bien servi perd aucune fois les gens... qui trop arrogamment veulent user de leur bonne fortune... Me dit, davantage, que, à son avis, c'est plus grand heur à un homme quand le prince lui a fait quelque grand bien... que ce ne serait s'il avait fait au prince un grand service, et qu'ils aiment plus naturellement ceux qui leur sont tenus qu'ils ne font ceux à qui ils sont tenus. Ainsi en tous états y a bien à faire à vivre en ce monde, et fait Dieu grande grâce à ceux à qui il donne bon sens naturel. »

C'est-à-dire que ce qui est vrai des ministres Test aussi de tous les hommes, que ce qui est vrai des serviteurs des grands l'est aussi des serviteurs du monde, ce que nous sommes tous, et qu'en toutes conditions savoir un peu se souvenir des services reçus et un peu oublier les services qu'on rend est aussi habile qu'il est généreux. Le conseil de sagesse ministérielle s'agrandit en précepte de sagesse humaine.

Le même Commynes remarque qu'après certains revers, Charles de Bourgogne se réfugiait dans une solitude morne et farouche, se refusant au commerce et à la conversation des siens. Mauvaise hygiène morale. On ne secoue, au contraire, l'affliction, que par deux moyens qui sont la confidence et le travail, l'une qui soulage, l'autre qui divertit : « En cas semblable le pre-

mier refuse est h Dieu... Après cela fait grand bien de parler à quelque ami, si vous pouvez, et devant lui hardiment plaindre ses douleurs et n'avoir point de honte de montrer sa douleur devant respécial ami ; car cela allège le cœur et le réconforte et les esprits reviennent en la vertu pour parler ainsi à un conseil, ou pour prendre autre labeur,*., et non point prendre le chemin que prit ledit duc de se cacher et tenir solitairement. »

Commynes est plein, comme cela, de petits sermons, très courts,- très convaincus aussi et très pénétrants, où Ton sent qu'il veut bien que tout le monde prenne son profit, et ce n'est pas tout à fait pour rien qu'il adonné à ses Mémoires la forme d'une conversation continue avec un archevêque ou d'une longue lettre qu'il lui écrit. Et c'est ainsi que le bréviaire des rois et des ministres devient insensiblement, maintesfois, un trèsbon manuel moral pour nous tous ; car « nous sommes tous hommes », comme il aime à dire, et ce qui est bon pour les uns n'est pas mauvais pour les autres. Ce n'est pas la première fois, comme Marc-Aurèle nous le montre, que de très haut sont tombées d'excellentes leçons morales pour les petits.

Les petits, du reste, son! les amis de Commynes, et sinon ceux qu'il envie, du moins ceux qu'il tient pour heureux. Personne plus que Commynes n'a été convaincu du bienfait de la médiocrité, comme de l'incurable misère des grands. On n'a pas manqué de le comparer à Tacite et à Machiavel. Il n'a assurément presque rien de l'un ni de l'autre; mais on peut dire que, beaucoup plus que l'amertume de Tacite, la pitié profonde que Com mynes éprouve pour les grands est une éloquente dénonciation de leur douloureux état. Il les plaint sans phrases, sans raisonnements aussi, sans rien ni de Tacite, ni de Sénèque, ni de Massillon. Il les plaint vraiment du fond d'un cœur qui est resté très droit et très sain dans les hautes affaires, et d'un esprit qui a toujours

été admirablement lucide et froid. Quand il voit s'en aller Louis XI, au cours de son récit, il s'arrête longtemps sur ce qu'il vient d'écrire, comme sur une tombe, et il se demande, non pas ce qui reste de tantde labeurs et de succès, mais, bourgeoisement et bonnement, en quoi lepauvre souverain en a joui pendant sa viemême, et de quoi d'ailleurs il a pu jouir. « Or donc en quel temps pourrait-on dire qu'il eut joie ni plaisir à avoir eu toutes ces choses ? Je crois que depuis l'enfance et l'ignoscence, il n'eut jamais que travail jusques à ta mort. Je crois que si tous les bons jours qu'il a eus en sa vie lesquels il a eu plus de plaisir que d'ennui étaient bien nombres, il s'y en trouverait bien peu, et crois qu'il s'en trouverait bien vingt de peine et de travail contre un de plaisir et d'aise. »

Il ne tarit point sur ce propos ; il y revient bien des fois; il semble se demander pour quelle raison ceux qui n'y sont pas forcés se donnent tant de mal, et son pourquoi? comme chez la plupart des moralistes, se tourne en une sorte de à quoi bon ?

Quelquefois même, avec le ton tranquille qui lui est ordinaire et qui double l'effet produit, il a des réflexions, de simples remarques en passant, qui sont terribles et qui font frémir sur les secrètes misères des grands. D'Aubigné avec tout son fracas de colère est moins poignant que Gommynes quand il écrit ceci, avec placidité et comme chose bien naturelle : « Charles VIII... ne fut jamais que petit homme de corps et peu entendu, mais était si bon qu'il ri est possible de voir meilleure créature... » Or son fils mourut, « bel enfant et audacieux en paroles, ayant environ trois ans, et ne craignait point les choses que les autres enfants ont accoutumé de craindre ; et vous dis que pour ces raisons lepère en passa aisément son deuil, ayant déjà doute que tôt cet enfant ne fût grand et que continuant ces conditions il ne lui dimi nuât l'autorité et puissance... Le roi Louis XI avait eu

peur de son fils... ledit roi Louis avait fait peur à son père... »

Telle est la destinée commune des puissants. Ils sont malheureux à consoler les plus malheureux de leurs sujets. « Les pauvres gens qui travaillent et labourent pour nourrir eux et leurs enfants et payent la taille et les subsides à ieurs seigneurs, devraient vivre en grand déconfort si les grands princes n'avaient que tous plaisirs en ce monde ; mais la chose va bien autrement ; car si je me voulais mettre à écrire les passions que j'ai vu porter aux grands depuis trente ans seulement j'en ferais un gros livre... et j'en abrège tant la vie que à grand'peine s'est vu nul roi en France depuis Charlemagne avoir passé soixante ans. »

Certes cet esprit grave n'a pas été ébloui. On se prend à croire qu'à côté de l'ambition qu'il a sentie comme un autre, et de l'amour des richesses dont il n'a nullement été exempt, il a eu pour servir les rois un motif d'affection où la pitié entrait pour quelque chose. 11 devait un peu considérer comme un devoir d alléger leur lourde croix ; il n'a rien, quand il en parle, du ton extatique de l'ancien ministre pour le souverain qui l'a honoré de sa confidence ; il en parle comme d'amis malheureux à qui il a rendu tous les services qu'il pou vait rendre eiqu'il a assistés dans la mesure de sesforces en leurs traverses. Et il faut reconnaître que de tous il n'a abandonné que celui à qui il était inutile d'essayer de se faire entendre.

Cette habitude de réflexion sur les choses humaines et de méditation un peu mélancolique sur les misères de l'humanité l'a conduit à Dieu. On peut trouver qu'il en parle trop, et c'est en effet comme un refrain qu'on finit par prévoir quand on lit les Mémoires de Commynes; mais on a eu tort, je crois, d'insinuer qu'il y avait un peu de malice dans ses propos. L'ironie n'est guère du xve siècle, et quel raffinement on suppose là dans Com-

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mynes qui ignore tous les détours ! lime semble qu'il a beaucoup parlé de Dieu d'abord parce qu'il était chrétien, ensuite par un effet de ce pourquoi? que je crois toujours lui entendre dire.

L'esprit de Commynes est solide, sérieux et exigeant. Il veut se rendre compte de tout et qu'à toute chose il y ait une explication au moins satisfaisante et à toute question une réponse au moins plausible. Or, comme homme d'Etat et comme historien, il a vu, sinon le hasard gouverner le monde, du moins au delà des conseils bien suivis et des plans bien conçus, quelquefois même contre eux, une force inexplicable régir les événements, décider des succès et des revers, changer brusquement la face des choses qu'on croyait le mieux connaître et sur lesquelles on ^avançait comme sur terrain ferme. En un mot, il av|l qu'il y a un domaine de la prévoyance qui est réel mais petit, et un domaine de la fortune qui est immense. Fortune et hasard sont des mots sans signification, des « nous ne savons » qui ne satisfont pas l'esprit de Commynes. Il aime mieux voir dans les événements imprévus les décisions d'une raison supérieure que notre raison ne connaît pas : « Il avait été dit que... Toutefois tout le contraire se It... Et en cela montra Dieu que les batailles sont en sa main et dispose de la victoire à son plaisir... [Il faut] reconnaître que c'est un des accomplissements des œuvres que Dieu a commandées aucunes fois par petites movettes et occasions, donnant la victoire aucunes fois à un, aucunes fois à l'autre ; et est ce mystère si grand que les royaumes et grands seigneurs en prennent aucunes fois fin et désolation et les autres accroissement et commencements de règnes. »

Ces occasions et petites movettes, ces légères impulsions insensibles qui font pencher d'un côté ou d'un autre le fléau de la balance, qu'on ne saurait prévoir, qu'on voit à peine, irrésistibles cependant, pour beau

coup c'est la part du hasard ; pour Commynes c'est la pari de Dieu. Il voit Dieu partout, ce qui est assez naturel de la part d'un homme qui a si souvent rencontré le hasard, et s'est trouvé si souvent face à face avec l'inexplicable. 11 est déiste comme tant d'autres hommes d'action sont fatalistes ; il est déiste comme un homme qui, après avoir combiné pour une affaire tout ce qui pouvait être combiné, a mille fois dit: « Et maintenant à la grâce de Dieu! » Gela n'incline pas médiocrement à y croire, ou ne confirme pas peu dans la créance qu'on y a déjà. Dieu complète pour Commynes le système d'explications des choses qu'il s'est fait, et qui sans Dieu, pour Commynes comme pour tous les hommes, resterait ouvert, aurait une immense lacune; Dieu ferme lecercle ; ilrépondau dernier pourquoi ? Commynes aime bien un système d'idées clos et plein où a sa place même l'inexplicable sous un nom précis. — Ce déisme d'historien et crhomme d'État est naturel, très logique, et si Ton fait attention au nombre proportionnellement si considérable des choses qui ne s'expliquent pas en regard des choses qui s'expliquent, on ne trouvera pas trop fréquent le refrain théologique de Commynes. Op. trouvera même qu'il y a mis de la discrétion.

l'écrivain.

Comme artiste littéraire, Commynes est très digne d'attention. Il a cette première qualité, qui est essentielle, de se tenir d'instinct dans les limites du genre qu'il a adopté. Il écrit des Mémoires, Des mémoires sont une dernière conversation d'homme qui a vu sur ce qu'il a vu; ce sont des relations de voyage. Le mé-

morialiste ne doit que nous rapporter ce dont il a été témoin ou presque témoin, j'entends ce qui lui a été raconté par quelqu'un qui venait d'être témoin luimême. Jamais Commynes ne s'égare au delà de cette borne. Les batailles où il a assisté, les pays qu'il a traversés, les villes qu'il a vues, les hommes avec qui il a causé, voilà son livre. Dès que les nécessités mêmes de son récit l'entraînent un peu au delà, ce qu'il ne leur accorde qu'à peine, il prévient, se garde, se précautionne, et même se récuse. De là cet accent de vérité et cette couleur de réalité qui frappent tout d'abord et qui retiennent quand on lit Commynes. Commynes n'écrit pas, à proprement parler; il dépose. L'elïet est excellent. Il donne au lecteur comme une sorte de sécurité.

Le mémorialiste a le droit de réfléchir, et d'exprimer ses réflexions. ïl raconte son voyage et les impressions que son voyage a faites sur lui. On lui en voudrait s'il prétendait juger et trancher les grands différends de l'histoire ; mais on lui en voudrait aussi de ne pas nous dire ce que l'histoire qu'il a traversée a laissé en lui de méditations, d'étonnements, de tristesses, de sagesses et en un mot d'expérience.

Et c'est ainsi en effet que se sont faits, comme tout seuls, cps charmants Mémoires de Commynes. C'est une narration coupée de réflexions morales et politiques. Cela dans une proportion qu'on voit bien que Comm ynes n'a nullement calculée, mais qui se trouve parfaitement juste, parce que Commynes a delà justesse d'esprit. A intervalles très irréguliers, comme il convient, quelquefois formant un chapitre, quelquefois deux ou trois (les chapitres de Commynes sont courts), quelquefois simple ligne ou simple incise jetée négligemment, la remarque arrive, comme au moment même où on- la désirait, c'està-dire au moment où on allait la faire, et l'on sait toujours gré à l'auteur de réfléchir avec vous précisément quand on était en humeur de philosopher.

En vérité, ce Commynes est bien élevé. II raconte et il raisonne en homme du monde, sans jamais rien qui sente l'auteur. Ses railleries, qui sont très rares, sont d'un tour discret et joli. AMontlhéry, un homme du roi s'enfuit jusqu'à Lusignan sans boire ni manger, « sans repaître », et un homme du duc jusques au Quesnoy-le- Gomte. « Ces deux n'avaient garde de se mordre Fun l'autre. » Comme ce sourire vaut une indignation ! On voit le geste de la tête narquoise. — Et la mine grave et comme pieusement humiliée que Ton entrevoit à travers ces lignes, quand il parle des malheurs qui ont frappé en même temps la maison de France et celle deCastille : « Et semble que Notre-Seigneur ait regardé ces deux maisons de son visage rigoureux et qu'il ne veut point qu'un royaume se moque de l'autre. »

Lorsque ses réflexions sont un peu plus longues qu'à l'ordinaire, il s'en excuse avec une bonhomie aimable qui ne laisse pas de les recommander au souvenir, tout en leur ôtant tout caractère didactique et pédantesque : « Or j'ai longtemps tenu ce propos, duquel je ne sors pas bien. » — Quelquefois il ne se refuse point une digression qui n'est pas une « méditation » ou un « aperçu », qui est un intermède, mais qui a toujours une valeur et une portée morale. C'est ainsi qu'il nous raconte un épisode historique qui a des airs de roman, l'histoire du duc de Gueldres et de son fils. Ce fils « trouvait qu'il y avait quarante-quatre ans que son père était duc et qu'il était bien temps qu'il [que lui] le fût»; il disait que plutôt que d'entrer en arrangement avec son père, « il aimerait mieux avoir jeté son père la tête devant dans un puits et s'être jeté après ». Il fut, après maintes péripéties, arrêté, et retenu en prison à Namur, jusqu'après la mort de son père, et jusqu'à celle du duc de Bourgogne, et périt devant Tournay « méchamment et mal accompagné, comme si Dieu n'eût pas été saoul de venger cet outrage qu'il avait fait à son père ». On voit tou-

jours dans Commynes le moraliste qui aime à faire éclater les misères des grands, et aime aussi à voir punie leur « bestialité ».

Quel agréable intermède encore que celui-ci, et comme on sent que c'est un peu Commynes qui fait parler l'empereur d'Allemagne (Frédéric III) sollicité par Louis XI de partager l'empire du duc Charles : « Combien que cet empereur ait été toute sa vie homme de très peu de vertu, si était-il bien entendu, et pour le long temps qu'il a vécu, avait beaucoup d'expérience. Et puis ces partis, entrerions, lui avaient beaucoupduré, et il était las de la guerre... Ledit empereur répondit que emprès une ville d'Allemagne y avait un grand ours qui faisait beaucoup de mal. Trois compagnons de ladite ville, qui hantaient les tavernes, vinrent à un tavernier, à qui ils devaient, prier qu'il leur accrût encore un écot, et que, avant deux jours, ils paieraient du tout ; car ils prendraient cet ours... Et ainsi cedit ours laissa ce pauvre homme sans lui faire aucun mal et se retira en sa caverne. Dès que le pauvre homme sévit délivré, il se leva tirant vers la ville. Son compagnon qui était sur l'arbre, lequel avait vu ce mystère, descend, court et crie après l'autre qui allait devant qu'il l'attendît. Quand ils furent joints, celui qui avait été sur l'arbre demanda à son compagnon par serment ce que Tours lui avait dit en conseil, qui si longtemps lui avait tenu le museau en l'oreille. A quoi son compagnon lui répondit : « Il me disait que jamais je ne marchandasse de la peau de l'ours jusqu'à ce que la bête fût morte. » Et avec cette fable paya l'empereur notre homme sans faire autre réponse. »

N'est-ce pas là une page d'Hérodote, et ne voilà-t-il pas bien, sans « portrait » savamment tracé, une vive image et au naturel de Frédéric le Pacifique*!

Voyez encore, sobre et serrée, mais d'un relief si net, la description de Venise ; et pour savoir comment

Commynes faille « tableau », la scène de Mademoiselle de Bourgogne au milieu du peuple de Gand qui veut faire mourir le chancelier Hugonet et le seigneur de Hambercourt. L'échafaud dressé, lespatients attendant, le peuple ému, en armes, deux partis, Mademoiselle de Bourgogne « sur le Marché » en son « habit de deuil, suppliant au peuple, les larmes aux yeux et toute échevelée, qu'il leur plût vouloir lui rendre ses deux serviteurs » : tout vit, tout est présent ;on entend lescris. « Et se baissèrent les piques l'un contre l'autre comme pour combattre ; mais ceux qui voulaient la mort se trouvèrent les plus forts, et finablement criaient à ceux qui étaient surl'échafaud qu'ils les expédiassent. Et finablement ils eurent tous deux les têtes tranchées. Et s'en retourna cette pauvre demoiselle en cet état en sa maison, bien doulente et déconfortée ; car c'étaient les principaux personnages où elle eût mis sa fiance. »

A l'ordinaire le récit de Commynesest comme un récit intellectuel : négociations petites et grandes, échange de vues, échange de notes diplomatiques, plans conçus, suivis, déjoués, abandonnés, repris, c'est de quoi, en son fond, il se compose ; l'auteur semble être comme au centre de cinq ou six parties d'échecs qui se jouent aux bouts du monde et qu'il surveille, si en partie il ne les dirige, et dont il prévoit, note et compte les coups ; mais on voit que l'histoire concrète et palpable, celle qui frappe les yeux et qui exige un peintre pour la rendre, ne Tétonne point, et n'est pas sans lui porter bonheur, Il n'eût pas été un mauvais historien de la Révolution française.

Il aurait même eu l'éloquence qu'il y eût fallu. Ce n'est pas un orateur, en général, que Commynes, et il faut en féliciter cet historien ; mais encore, quand une des idées qui lui sont chères l'échauffé et l'anime, surtout quand l'objection irréfutable, cet aiguillon de l'orateur, cette nécessité salutaire qui force l'éloquence à

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paraître parce qu'on n'a pas d'autre ressource en toi besoin, l'oblige à sortir de la réserve un peu froide qui lui est habituelle, il a la parole haute et forte et chaude et vibrante. Il a tracé, et avec une grande vigueur d'honnêteté et d'équité, les devoirs des rois. Mais ces devoirs, lui peut-on dire, et il se le dit, où en sera la sanction? Qui sera le gardien des gardiens et le juge des juges?Un démocrate aurait à répondre ;*un monarchiste ne peut répliquer qu'à la manière de Bossuet dans la Politique tirée de V Ecriture sainte; mais sïl le fait avec quelque chose du style de Bossuet, sa réponse ne laisse pas d'être assez satisfaisante : « J'ai demandé en un article précédent qui fera l'information des grands, et qui la portera au juge, et qui sera le juge qui punira les mauvais? L'information sera la plainte et clameur du peuple, qu'ils foulent et oppressent en tant de manières, sans en avoir compassion ni pitié; les douloureuses lamentations des veuves et orphelins dont ils auront fait mourir les maris et pères; et généralement tous ceux qu'ils auront persécutes tant en leurs personnes que leurs biens. Ceci sera l'information et lours grands cris pour plaintes et piteuses larmes les prévsenteront devant Notre-Seigneur qui en sera le vrai juge, et qui, par aventure, ne voudra attendre à les punir jusques à l'autre inonde et les punira en cettui-ci. Donc faut entendre qu'ils seront punis pour n'avoir voulu croire et pour ce qu'ils n'auront eu ferme foi et créance ès commandements de Dieu. »

On voit assez que les Mémoires de Commynes sont ane belle œuvre littéraire, à la rencontre, et même souvent, autant quils sont un ouvrage de penseur et d'homme d'Etat. Ils sont écrits dans cette belle langue du xve siècle finissant, complètement formée déjà, beaucoup plus moderne et proche de nous que celle du ? vie, parce qu'elle est plus claire et n'a pas été encore embarrassée et alourdie par le latinisme et l'imitation mala-

droite du mot latin et de la syntaxe latine. Cette observation que nous aurons encore à faire, explique l'étonnement des lecteurs peu familiers avec la littérature française ancienne, quand, remontant de Rabelais et surtout de Ronsard au siècle précédent, ils croient redescendre ; elle explique en particulier pourquoi Commynes semble à très peu près le contemporain de Duperron. — Cette langue, on vient de le voir, bien entendu quand elle était maniée par un habile, et surtout par un diplomate dressé à la nécessité d'être facilement compris môme des étrangers, était limpide, souple, facile et gracieuse, comme aussi parfaitement capable d'ampleur, de richesse et d'éclat. Elle n'était pas vive, preste et courante ; elle a une certaine lenteur ; les incises, les parenthèses et les car trop répétés, sans donner la sensation du traînant, font longueur pourtant, et sentent jusqu'à un certain point la négligence. Quelquefois il y a des mots de trop, et, sans embarras, un certain prolongement nonchalant de la phrase. Mais c'est un langage naturel, uni et aimable, aussi éloigné que possible de toute affectation et qui fleure la bonne compagnie. L'homme qui a écrit ainsi devait être d'une merveilleuse « propreté » et d'une « braverie » scrupuleuse, sans aucune recherche, en son vêtement.

Cet homme est bien le premier en date de nos écrivains modernes. Il est moderne en toutes choses, par sa tournure d'esprit, par les objets habituels de sa pen-

soe et de ses préoccupations, par sa manière d'entendre son art et par son style. Ni Mezerai, ni Bossuet, ni Montesquieu, ni Guizot ne l'eussent étonné. Il est de l^ur famille. Il n'est que plus jeune, comme étant plus ancien; il n'est auprès d'eux qu'un homme moins instruit, moins expérimenté, et qui n'a pu fnire qu'un moindre nombre de comparaisons. Maisila l'âme moderneautant qu'eux. Un abbé de Saint-Pierre, un Ballanche, un Quinet, peut-être même un Michelet, par certains côtés, ont beaucoup plus qre Lui Tair d'appartenir au moven âge, et ce qu'on a appelé « l'âme gothique ». Le mysticisme dans la pensée et l'hallucination dans l'imagination sont ce qui est le plus éloigné de Commynes, et on peut presque le définir par ces contraires. Son déisme même, si profond, si sincère, si énergique aussi, mais si simple, si peu embarrassé de théologie, pur recours, fervent, mais tout uni, à la cour d'appel et de cassation de lù-haut, est encore un trait tout moderne. Une âme pieuse du xvme ou du xixe siècle était pieuse de cette façon-là. Son amour des petits, des humbles, des meurtris et des foulés, sans l'ombre de sensiblerie, ni non plus d'indignation déclamatoire, le fait encore notre contemporain, ou, et plutôt, celui de nos grands-pères. C'est étonnant comme la page, tant admirée comme révolutionnaire, de La Bruyère sur les paysans, a été souvent écrite avant La Bruyère. On la trouve dans Montaigne une fois, et plusieurs fois dans Commynes. Il a été le ministre favori et fidèle du premier roi de France moderne. Il était bien fait pour lui, sans compter qu'il a été un peu fait par lui. Il était digne d'un plus grand honneur encore. Ce Père Joseph de Louis XI n'aurait point si mal fait comme Imminence grise de Richelieu. Ils se seraient probablement très bien compris l'un l'autre. Ils avaient la même manière d'envisager les choses, d'entendre la politique, de pratiquer la diplomatie, et de juger et de traiter les comtes de Saiot-

SKIZÏBMB SU-CLE. 3

Pol. Un peu de tendresse de cœur et d'amabilité d'humeur qu'avait Commynes aurait pu même être d'une contagion salutaire sur le cardinal. 11 aurait pu même, discrètement, lui donner des leçons de style,

CLÉMENT MAROT

SA VIE

Clément Marot naquit en 1497 àCahors. Il était fils de Jean des Mares (ou des Marais, ou des Marets ; car son nom est écrit de ces différentes manières dans les papiers du temps), qui était de Caen, ou des environs, qui avait été écrivain (secrétaire) d'Anne de Bretagne, qui était passé comme valet de chambre au service de Louis XII, puis de François I«r, qui était un poète fort estimé, et qui avait reçu à la cour et gardé dans le public le surnom de Marot.

Le jeune Clément, basochien pendant quelque temps et affilié à la confrérie des Enfants-sans-souci, passa vite au service de Messire Nicolas de Neuville, seigneur de Villeroy (1). — Il resta peu, fît peut-être avec lui la campagne de 1513, et passa, peu de temps après l'avènement

(1) Ainsi que l'atteste, contre l'opinion de Bayle, la dédicace à Neuville- Villeroy placée en tète du Temple de Cupido dans l'édition des œuvres de Marot, publiées par Doiet en 1538 : « étant encore pa&e et à toi je composai par ton commandement... à toi, mon premier maître et celui seul, hormis les princes que j'avais servis.., »

de François Ièr, au service de Marguerite d'Angoulême, sœur du nouveau roi, duchesse d'Àlençon.

Il n'eut jamais d'autre titre auprès d'elle que de valet de chambre. Il fit, avec le duc d'Alençon, son mari, la campagne de 1521, dont il envoyait à Marguerite des relations en vers plus pittoresques qu'historiques.

En 1524 il suivit le roi en Italie et fut blessé et pris à Pavie. Rentré en France, sa fortune, jusque-là brillante, eut une première éclipse. Ses protecteurs étaient éloignés et malheureux, le roi à Madrid, Marguerite en route pour l'aller voir. Marot fut arrêté et emprisonné pour cause ou sous prétexte d'hérésie. Il protesta. Il n'était ni « luthériste, ni zwinglien et moins anabaptiste ». On ne l'eût pas arrêté si Marguerite eût été là; mais elle était loin ; « elle va voir un plus grand prisonnier. » — Il avait probablement raison. On ne voit pas qu'il ait jamais été très fort schismatique ; mais « il ne pouvait contenir sa langue », comme dit Florimond de Rémond, très bien renseigné sur lui. Il était grand faiseur d'épigrammes et avait de l'esprit. Gela suffisait pour être haï. Il était homme à dire à propos des embellissements de Paris :

Le roi aimant la décoration

De son Paris, entre autres biens ordonne Qu'on y bâtisse avèc proportion Et pour ce faire argent et conseil donne. Maison de ville y construit belle et bonne, Les lieux publics devise tout nouveaux, Entre lesquels, au milieu de Sorbonne, Doit, ce dit-on, faire la place aux veaux.

En quelque temps qu'ait été faite cette épigramme, elle donne le ton. La Sorbonne ne lui pardonna jamais cette boutade, ou une autre, et une fois le premier grief de calvinisme porté il faisait souche, et fut périodiquement renouvelé et rajeuni.

CLÉMENT MAROT

Cette première fois Marot s'en tira assez facilement. Un ami de Marguerite, Gaillard, évêque de Chartres, obtint de convertir la prison du Châtelet, cet « Enfer », comme Ta appelée Marot, en un emprisonnement chez lui, en son palais, cjansùn pavillon au milieu des jardins C/était un délicieux purgatoire.

En 1526, libéré définitivement, Marot perdit son père et obtint pour lui-même la survivance de la place de valet de chambre du roi.

îl était en pleine faveur; il n'avait qu'à rester tranquille. Ce n'était pas dans son naturel. Ne s'avisa-t-il point, dans les rues de Paris, de faire échapper un prisonnier des mains des archers qui l'emmenaient? Dans Monsieur le valet de chambre, personnage officiel, il y avait toujours du page et du basochien. Il fut emprisonné derechef, et de nouveau sollicita sa grâce. Il l'obtint. Le roi, par lettre du 1er novembre 1527, ordonna que « toutes excusations cessantes »on élargît le prisonnier. La cour des Aides obéit. Mais Marot semble, à cette aventure, avoir perdu sinon son titre, du moins ses fonctions ; car on le voit se retirer à Nérac, auprès de Marguerite, qui, veuve du duc d'Alençon, venait d'épouser le roi de Navarre.

Il y resta longtemps, et c'est ici qu'on perd un peu sa trace. Il paraît avoir été sage pendant, quelques années et s'être occupé de ses vers, dont il publia un recueil en 1532 sous le titre d'Adolescence Clémentine. En 1533, il était fort en grâce, puisqu'il accompagnait à Marseille François allant conférer avec le Pape. iMais en 1535 nouvel orage. Il était à Blois avec la cour. A Paris, des placards huguenots contre la messe furent affichés aux portes des églises. On instruisit. Des amis de Marot furent arrêtés. Lui-même, qu'on n'oubliait point, fut dénoncé. On perquisitionna chez lui, on saisit des livres. Il y en u s ait de compromettants. Cela ne prouvait rien, comme il le dit plus tard, et un lettré peut posséder des livre.*

quil condamne. Mais il eut peur. Parti, au premier moment, pour Paris, ilrebroussa. Il n'osa pas se présenter au roi, craignant « d'avoir mauvais visage de son seigneur. » Il se sauva, d'abord en Béarn, auprès de Marguerite, puis à Ferrare, auprès de la duchesse, Renée de France, qui était dévouée à la nouvelle religion. C'était un peu s'avouer coupable au moment même où il protestait, dans de beaux vers adressés à François Ier, de sa parfaite orthodoxie.

Son exil n'était pas encore assez lointain. Le pape Paul III obligea le duc de Ferrare à chasser de ses Etats Marot, ainsi queCalvin,qui s'y trouvaitau mêmemoment. Marot s'enfuit jusqu'à Venise.

Il obtint en 1536 de revenir en France, mais moyennant une abjuration formelle qu'on a longtemps niée, mais qui est maintenant prouvée par des textes peu discutables (1).

Voilà nos gens rejoints, et avec joie ; car François Ier n'avait pas cessé de chérir son gentil poète. Il y eut là sept bonnes années pour Marot. Il était, de l'avis unanime, le plus grand poète de Fiance ; il avait des amis chauds, des disciples ; il était chef d'école .; il avait des ennemis impuissants ; ce sont là de grands éléments de bonheur.

En 1543 un trop grand succès le perdit encore, comme il arrive. Il s'était mis à traduire les Psaumes de David, du gré du roi, et peut-être sur son conseil. La vogue en fut prodigieuse. Le roi, les princes, les princesses les chantaient à l'envi, chacun sur un air de son choix. Les protestants les chantaient aussi. Ils les chantaient trop. La Sorbonne s'émut, toujours très disposée à s'émouvoir quand il s'agissait de Marot. Elle censura les psaumes et fit des remontrances et plaintes au roi.

Quelles pouvaient être ses raisons ? D'abord sa haine

(1) Voir rédilion Guifirey.

CLÉMENT MAROT

pour Marot ; ensuite l'horreur pour la Bible en français, ce qui sentait fort les pratiques calvinistes ; entin, ce à quoi on ne songerait pas, et qui est cependant assez sérieux, l'habitude qu'on avait de mettre les psaumes français sur des airs populaires, ce qui les dégradait en quelque sorte, leur donnait un faux air de chansons joyeuses, les compromettait au moins par la confusion possible ou une manière de voisinage. On retrouve cette observation dans les historiens qui ont plus tard ou attaqué ou défendu Marot, et Ton sait que les calvinistes pour faire des psaumes de Marot des chants religieux, ont bien pris soin de les mettre sur une musique nouvelle, écrite pour les psaumes mêmes.

Quoi qu il en soit, le roi céda aux instances delà Sorbonne et défendit à Marot de continuer. On ne voit pas que les choses aient été plus loin, et que Marot ait été forcé de s'exiler encore. Peut-être eut-il peur que la Sorbonne ne poursuivît ses avantages; « craignant d'être mis en cage », dit Florimond de Rémond. Peutêtre fut-il simplement lassé de tant de tracas, séduit par les applaudissements et les appels de ses amis génevois, et persuadé qu'à Genève il serait plus libre.

Il se trompait bien. A Paris on suspectait ses écrits, et l'on tolérait ses mœurs ; à Genève on mit ses écrits en musique et Ton fut scandalisé de sa façon de vivre. Qu'y fit-il au juste? On ne le sait, l'affaire étant compliquée de la pruderie hyperbolique des Génevois de ce tempslà, qui a pu transformer en crime un méfait très véniel ; de l'amitié de Calvin pour Marot qui a pu au contraire dissimuler une faute grave et la convertir en simple infraction, à la condition que Marot quittât la ville ; de l'indulgence entin et du pardon et des regrets des calvinistes des temps plus rapprochés, qui, ayant fait de Marot un des leurs, ont pu jeter le manteau sur tout cela. Tout ce que I on sait, c'est que, selon les versions diverses, la faute de Marot va d'avoir commis un adul-

tère avec la femme de son hôte, à avoir joué une partie de trictrac. Il y a entre ces deux péchés un assez grand espace où les hypothèses peuvent se donner carrière.

Le certain, c'est que ses mœurs furent jugées mauvaises. Le témoignage de Théodore de Bèze, en sa généralité et son obscurité voulues, est grave et formel : « .... quoique, en homme qui avait passé à peu près toute sa vie à la cour, cette détestable éducatrice tant pour la piété que pour l'honneur, il ait, jusqu'à la fin de sa vie, conservé des mœurs peu chrétiennes et peu châtiées... — quamvis,ut qui in aula, pessima pietatis et honestatis magistra,vitam fere omnern consumpsisset, mores parum christianos ne in extrema quidem œtate entendant. » C'est là ce que nous avons de plus précis et de plus sincère sur le crime de Marot à Genève.

Il dut fuir encore. Il se réfugia à Turin. C'était assez bienfait. Turin était alors sous la puissance de François Ier. Marot y était à la fois en France et hors des atteintes de la Sorbonne. Il y fut tranquille, protégé parles gouverneurs qui savaient faire plaisir au roi de France en le traitant bien. Uy mourut, pauvre et obscur, peu de temps après, en 1544, à l'âge de quarante-neuf ans.

Cette vie qui nous semble assez malheureuse parce que nous en voyons surtout les traverses, eut de très heureux moments. Pendantde longues périodes, Marot fut le favori de deux princes généreux, magnifiques et qui adoraient les beaux-arts, François et Marguerite. Il est à déplorer que quelques incartades de conduite, certaines intempérances d'humeur satirique, et surtout la fureur tenace de la Sorbonne, « cette honte du xvi* siècle », comme dit Bayle sans trop de sévérité, aient gaîté si souvent et peut-être abrégé l'existence d'un poète aimable, léger et inoffensif, souvent accablé, toujours reprenant bon courage, « fâché d'ennuis, consolé d'espérance, a

CLÉMENT MAROT

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