Exode, chap. ii, -j^ 16 et suiv
multitude : c'est évidemment là que durent camper les Hébreux, et c'est là, en effet, qu'on montre la pierre d'Aaron, laquelle, à ce qu'on prétend, servit de piédestal au veau d'or.
Tout ce paysage est d'une sévérité et d'une grandeur incomparables. Le sommet et les flancs des montagnes sont absolument nus comme toutes celles que nous avons rencontrées jusqu'ici ; mais le soleil y produit à toutes les heures du jour, le soir surtout, et encore plus le matin, des effets de lumière si variés, si admirables, qu'ils compensent amplement Taridilé du site et qu'on ne le voudrait pas autrement. Cette palette magique a des tons inimitables, indescriptibles. Restée sombre et vaporeuse longtemps après l'apparition du soleil, la montagne de Moïse, derrière laquelle il se lève, forme le fond du tableau ; les parties basses plongent encore dans l'ombre que déjà les hauteurs sont illuminées. Le mont Horeb et celui de Saint-Ëpir sthème prennent alors des teintes rouges et métalliques où les anfractuosités du roc projettent des ombres noires et tranchées si fortement qu'elles en font ressortir encore l'éclat : on dirait des torrents de lave échappés d'un; cratère et prêts à incendier le monastère, le pays tout entier.
La montée du Sinaï commence à la porte du couvent ; le sentier suit une gorge étroite entre le mont Horeb et le mont des Juifs, et l'on y a pratiqué,
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«pour la commodité des pèlerins qui doivent le gra* vir à genoux, des espèces de marches qui faciliteraient Tascension si elles étaient mieux entretenues. On rencontre d'abord la fontaine du Cordonnier, dont le nom rappelle une légende locale. On trouve ensuite une chapelle dédiée à la Viei^, qu'une autre légende fait voyager jusqu'ici. On monte encore quelques marches, et l'on arrive sur un plateau fermé de toutes parts et ceint de pics monstrueux, dont l'un, celui de Sainte-Catherine, n'a pas moins de huit mille cinq cents pieds au-dessus de la mer Rouge. L'Horeb et le Sinal ne lui cèdent guère en élévation ; c'est la limite des neiges étemelles sous des latitudes plus septentrionales. De quelque côté qu'on porte la vue et aussi loin qu'elle peut s'étendre, on ne découvre que des masses de granit rougeâtres, escarpées, décharnées, telles absolument qu'elles ont été soulevées des entrailles du globe; aucune plante n'y a jamais crû, aucune n'y pourrait croître. Un arbre, cependant, mais un seul, s'élève au milieu de cette aride enceinte : c'est un cyprès d'une grosseur peu commune, et dont la sombre tète, semblable à une pyramide sépulcrale, résiste , depuis des siècles, à toutes les tempêtes. A ses pieds s'ouvre un puits dont l'eau fraîche et limpide n'abreuve personne ; car personne n'habite, et même, hormis quelques voyageurs, personne ne traverse ces redoutables solitudes.
Je fis une très-longue halte au bord de ce puits abandonné, à Tombre de ce cyprès monumental, me pénétrant, m'emparant, pour ainsi dire, de ce paysage austère et grandiose, si mélancolique, si solitaire, si plein de prestige, peuplé de tant de souvenirs et qui resplendit aux yeux de l'esprit, comme à ceux du corps, d'une auréole immortelle. A Faspect de cette nature émouvante on sent qu'il a dû s'y passer quelque chose de grand, d'immense; qu'elle fut créée et formée d'avance pour être le théâtre d'augustes mystères, d'éclatants prodiges, et l'on comprend que Dieu l'ait choisie pour s'y révéler à ses prophètes.
Que d'événements, que de siècles n'embrasse* t-on pas d'un regard! Voici d'abord ce Sinaï fulgurant du haut duquel fut promulguée, au milieu des éclairs et du tonnerre, la loi du peuple élu, cette loi vivante encore après tant de siècles ; plus bas est la grotte où Moïse passa quarante jours et quarante nuits au désert, en présence et dans le commerce intime du Dieu qui l'inspirait ; en face est l'Horeb, où, prosterné devant le buisson ardent, il avait reçu d'en haut sa mission divine, et je voyais à quelques pas une autre caverne où Élie, cet autre prophète, Tun des plus grands en Israël, eut, lui aussi, sa vision, l'une des plus terribles dont fassent mention les Écrit ures. Écoutons l'historien sacré qui la raconte ; ou ne saurait mieux rendre les émotions
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puissantes dont Tâme est ici troublée» qu'en citanl ses propres paroles; car c'est ici, on le devine, on le sent, qu'elles ont été inspirées, sinon écrites, et chacune d'elles porte le cachet de ce lieu sublime :
« Élie marcha quarante jours et quarante nuits, jusqu'à Horeb, la montagne de Dieu. Et là, il entra dans une caverne, et il y passa la nuit. Ensuite la parole de l'Étemel lui fut adressée, et l'Éternel lui dit : « Sors et tiens-toi sur la montagne devant « l'Éternel. » Et voici, l'Éternel passait, et un grand vent impétueux, qui fendait les montagnes et brisait les rochers, allait devant l'Éternel; mais l'Éternel n'était point dans ce vent. Après le vent se fit un tremblement de terre ; mais l'Étemel n'était point dans ce tremblement. Après le tremblement s'alluma un feu; mais l'Éternel n'était point dans ce feu. Après le feu passa un souffle doux et subtil; à ce moment, Élie se jeta la face contre terre et se couvrit le visage de son manteau, car il avait reconnu dans ce souffle la présence de l'Éternel *. »»
Ne semble- t-il pas, en lisant ces magnifiques paroles, qu'on assiste aux révolutions géologiques qui ont remué si profondément ces terres prédestinées? Ce tremblement de terre effrayant qui agite les montagnes , cet ouragan furieux qui les fend et les renverse, ce feu ardent qui les calcine et les stéri-