Il était délicat • autrefois de se marier ; c'était un
Io8 .LA BRUYÈRE
long établissement, une affaire sérieuse, et qui méritait qu'on y pensât : Ton était pendant toute sa vie le mari de sa femme, bonne ou mauvaise: même table, même demeure, même lit; Ton n'en était point quitte pour 5 une pension ; avec des enfants et un ménage complet, l'on n'avait pas les apparences et les délices du célibat.
42. L'on applaudit à la coutume qui s'est introduite dans les tribunaux d'interrompre les avocats au milieu de *eur action,^ de les empêcher d'être éloquents et d'avoir
10 de l'esprit, de les ramener au fait et aux preuves toutes sèches qui établissent leurs causes et le droit de leurs parties; et cette pratique si sévère, qui laisse aux orateurs le regret de n'avoir pas prononcé les plus beaux traits de leurs discours, qui bannit l'éloquence du seul
i5 endroit oli elle est en sa place, et va faire du Parlement une muette juridiction, on l'autorise par une raison solide et sans réplique, qui est celle de l'expédition : il est seulement à désirer qu'elle fût moins oubliée en toute autre rencontre, qu'elle réglât au contraire les bureaux
20 comme les audiences, et qu'on cherchât une fin aux écritures,^ comme on a fait aux plaidoyers.
43. Le devoir des juges est de rendre la justice ; leur métier, de la différer. Quelques-uns savent leur devoir, et font leur métier.
25 45. Il se trouve des juges auprès de qui la faveur, l'autorité, les droits de l'amitié et de l'alliance, nuisent à une bonne cause, et qu'une trop grande affectation de passer pour incorruptibles expose à être injustes.'