LE MEILLEUR SYSTEME D' E 1)1 C.\ T IO \. M
la part du maître seront en partie évités. Dans bien des cas , la meilleure éducation possible est celle qu'on se donne tout en poursuivant activement les occupations de la vie active. Acquérir des idées, à moins que l'esprit ne réagisse sur elles, ne les fasse siennes et ne les utilise, ne saurait faire plus de bien à un bomme que de serrer dans un sac toute espèce de choses dont il ne compte pas se servir. « Il ne suffit pas, » dit Locke, « de se bourrer d'un amas indi- » geste de leçons; à moins qu'on ne les rumine à loisir, elles » ne donnent ni force ni nourriture. » Nous ne nous assimilons jamais aussi parfaitement ce que d'autres nous ont fait entrer dans la tète que ce que nous devons à la spontanéité et à la persévérance de nos propres efforts. Le savoir conquis par le travail devient une possession, une propriété entièrement personnelle. Les impressions acquièrent alors plus de vivacité, plus de durabilité, et les faits se gravent dans l'esprit avec une force que l'instruction donnée ne saurait en aucun cas produire. Cette espèce d'éducation éveille en outre nos facultés et en développe l'énergie. Le problème dont nous trouvons nous-mêmes la solution nous aide à en résoudre un autre; et ainsi le savoir devient à son tour une faculté. L'effort personnel, actif, spontané, voilà le point essentiel; et il n'est pas de facilités, pas de livres, pas de maîtres, pas de leçons apprises par routine, qui puissent y suppléer. Cet esprit d'activité spontanée, lorsqu'il est à la source de l'éducation que nous nous donnons à nous-mêmes, fait de cette éducation une cbose vivante, donne un but à tous nos efforts, un cachet distinctif à toutes nos facultés, et favorise de toutes façons la formation de justes principes et de bonnes habitudes de conduite.
Les meilleurs professeurs ont à l'envi reconnu l'importance de l'éducation que l'on se donne à soi-même, et prêché aux étudiants la nécessité de s'accoutumer de bonne heure à acquérir le savoir par l'exercice spontané de leurs
propres facultés. Ils ont attaché bien plus de prix à la culturc des facultés elles-mêmes qu'à renseignement oral, et se sont efforcés d'obtenir (pic leurs élèves prissent de leur chef la part la plus active possible à l'œuvre dans laquelle ils se trouvaient engagés, montrant ainsi que, dans leur opinion, l'éducation était tout autre chose que la réception passive de quelques bribes de savoir. Tel était l'esprit qui animait le grand docteur Arnold. Ce qu'il s'efforçait surtout d'enseigner à ses élèves, c'était d'avoir confiance en eux-mêmes et de travailler à développer leurs propres facultés; lui se contentait de leur montrer le chemin, de les diriger, de les stimuler, de les encourager, m J'aimerais infiniment mieux, » disait-il, « envoyer un jeune homme gagner son pain à la sueur de son front dans l'île de van Diémen, que de l'envoyer à Oxford vivre dans un luxe au sein duquel il ne n sentirait poindre dans son esprit aucun désir de profiter » des avantages qui lui seraient offerts. » — « S'il est au monde :i une chose admirable, s faisait-il observer dans une autre occasion, c'est de voir la sagesse divine bénir des talents » naturels médiocres que leur possesseur a cultivés avec zèle, » conscience et intégrité. » Il disait en parlant d'un élève ainsi doué : « C'est chapeau bas que je lui parlerais. » Ln jour, àLaleham, il lui arriva de reprendre un peu vertement un jeune garçon à qui il donnait des leçons et qui avait la tête un peu dure; sur quoi l'élève, tournant ses regards vers lui : « Pourquoi ce ton fâché, monsieur? Je fais de mon » mieux, je vous assure, n Longtemps après Arnold, racontant cet épisode à ses enfants, ajoutait : « De ma vie je n'éu prouvai rien de pareil : ces paroles, ce regard, jamais je ;) ne les ai oubliés. »
11 n'y a, en fin de compte, pas plus de mérite à posséder une intelligence naturellement supérieure qu'il n'y en a à hériter d'une riche succession. Ce n'est que par l'usage que l'on fait de l'une ou de l'autre que l'on acquiert des droits au