‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 103 sur 133 · OPINIONS DU DOCTEUR ARNOLD ET DE PESTALOZZI · texte numérisé non relu

OPINIONS DU DOCTEUR ARNOLD ET DE PESTALOZZI

respect. On peut accumuler des trésors de science sans avoir en vue aucun objet utile, et, quoique cela puisse être une grande source de plaisir pour l'heureux possesseur de ces précieux biens, cela peut aussi n'être d'aucun avantage pour qui que ce soit, notre avare de science excepté. Ce n'est pas la simple culture littéraire qui fait un homme : car on peut très-bien avoir lu beaucoup de livres et étudié beaucoup de sciences, et n'être cependant capable d'aucune saine activité intellectuelle; tandis que d'autres à qui une éducation scolaslique régulière a fait défaut peuvent avoir acquis, par l'exercice vigilant de leur jugement et de leur talent «l'observation, une remarquable vigueur intellectuelle.

On entend sans cesse répéter de nos jours que savoir, c'est pouvoir j mais cela n'est pas seulement vrai du savoir : on en pourrait dire autant du fanatisme, du despotisme, de l'ambition. Le savoir seul, s'il n'était sagement dirigé, pourrait très-bien rendre tout simplement les méchants plus dangereux, et faire de la société où il serait regardé comme le souverain bien un véritable pandémonium. Le savoir n'est rien, s'il ne s'allie à la bonté et à la sagesse et ne s'unit à la droiture du caractère. Pestalozzi était même d'avis qu'isolée, l'éducation intellectuelle est pernicieuse ; et il voulait que tout savoir eût ses racines et puisât sa force dans une volonté soumise ta l'empire de la religion et de la justice. Le savoir peut jusqu'à un certain point garantir un homme des crimes les plus odieux, mais ne saurait l'affranchir de ses vices égoïstes que s'il est fortifié par de bons principes et de saines habitudes. C'est pourquoi le monde nous offre tous les jours tant d'exemples de gens qui, admirablement développés au point de vue de l'intelligence, sont, au point de vue du caractère, complètement difformes. Pleins du savoir des écoles, mais dépourvus de sagesse pratique, les exemples qu'ils nous offrent sont de ceux qu'il faut non pas suivre, mais éviter.

Il est possible que l'époque actuelle s'exagère l'importance de l'éducation littéraire. Nous nous imaginons volontiers que, parce que nous possédons un grand nombre de bibliothèques, d'instituts, de musées, nous faisons de grands progrès. Mais il est fort probable que ces facilités-là arrêtent, tout aussi souvent qu'elles le facilitent, le plus haut essor individuel. La possession d'une bibliothèque ou la faculté de s'en servir ne fait pas plus l'homme savant que la possession de grandes richesses ne fait l'homme généreux. Quoique les facilités de s'instruire soient très-grandes aujourd'hui, il est cependant vrai, comme par le passé, que ceux-là seuls acquièrent intelligence et sagesse qui suivent la vieille méthode, c'est-à-dire qui comptent avant tout sur l'observation, l'attention, la persévérance et le travail. Lu simple possession des matériaux du savoir est quelque chose de très-différent de la sagesse et de l'intelligence, celles-ci ne pouvant être le fruit que d'un développement bien supérieur à celui que peuvent produire de simples lectures, qui trop souvent ne font que nous amener à recevoir passivement et sans grand effort, pour ne pas dire sans aucun effort intellectuel, les pensées daulrui. Que de fois, d'ailleurs, nos éludes ne sont-elles que la satisfaction d'un épicurisme littéraire, espèce de débauche intellectuelle qui produit, il est vrai, pour le moment, une surexcitation agréable, mais qui ne contribue en rien soit à améliorer et à enrichir l'esprit, soit à former le caractère! Après cela, un grand nombre de gens se font l'illusion de croire qu'ils cultivent leur esprit, lorsqu'ils ne font que se livrer à l'occupation plus humble de tuer le temps, occupation dont le mieux que l'on puisse dire est qu'à tout prendre elle empêche de faire plus mal.

Il faut aussi tenir compte de ce fait que l'expérience que donnent les livres, quelque précieuse qu'elle soit, tient toujours de la nature du savoir; tandis que l'expérience qui ré-

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