‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 104 sur 133 · SAVOIR ET SAGESSE · texte numérisé non relu

SAVOIR ET SAGESSE

suite des vicissitudes de la vie elle-même tient de la nature de la sagesse; et qu'un grain de celle-ci a infiniment plus de valeur qu'une montagne de celle-là. « Toute étude, » dit très-justement lord Bolingbroke, « qui ne tend ni directe- » ment ni indirectement à nous rendre meilleurs comme y hommes et comme citoyens, n'est tout au plus qu'une » sorte d'ingénieuse et d'agréable paresse, de même que le • savoir dont elle est la source n'est qu'une sorte d'estimable » ignorance, et rien de plus. »

Il faut donc reconnaître que le principal objet de l'éducation n'est pas de nous bourrer l'esprit des pensées d'autrui et de faire de nous de simples récipients d'impressions qui nous sont plus ou moins étrangères, mais de développer notre intelligence individuelle, et de nous amener à être, autant que possible, dans la sphère où nous sommes appelés, de vaillants et utiles travailleurs. On pourrait citer, parmi les plus rudes piocheurs et parmi ceu\ dont les travaux furent les plus utiles, une foule de gens qui ne s'adonnèrent que fort médiocrement à la lecture. Brindley et Stephenson n'apprirent à lire et à écrire que dans leur âge mûr, ce qui ne les empêcha pas d'accomplir de très-grands travaux et de parcourir une carrière pleine d'honneur. John Hunter avait déjà vingt ans qu'il ne savait ni lire ni écrire ; mais il savait en revanebe faire les tables et les chaises aussi bien qu'aucun menuisier du monde. « Je ne lis jamais, » disait un jour le grand physiologue dans une de ses leçons:

« voici le livre » (et il montrait à ses élèves le sujet étendu devant lui), « voici le livre que vous devez étudier, si vous « voulez devenir éminents dans voire profession. » On lui rapporta qu'un de ses contemporains l'accusait de ne pas savoir les langues mortes. « Je me fais fort, » repartit Hunter,

c de lui apprendre, sur le cadavre même, ce qu'il n'a jamais •• su en aucune langue, morte ou vivante. »

Ce n'est pas tant ce qu'un homme peut savoir qui importe.

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que la fin, le but que son savoir lui sert à poursuivre. Le but de la science devrait être de donner à la sagesse plus de maturité, au caractère plus de grandeur, de nous rendre meilleurs, plus heureux, plus utiles, plus bienveillants, plus énergiques, plus capables de nous dévouer à tous les grands intérêts de la vie. Nous devons nous-mêmes être et faire , et ne pas nous contenter de lire et de méditer sur ce que d'autres ont l'ail et ont été. Il faut que la meilleure partie de nos lumières se transforme en mouvement, la meilleure partie de nos pensées en action, alin que nous puissions au moins dire, comme Hicbter : k J'ai fait de moi tout ce que ma » nature Comportai! de mieux , et nul ne saurait rien exiger » de plus. « Tout homme a le devoir de se gouverner et de se diriger lui-même, avec l'aide de Dieu, selon le degré de responsabilité qui lui incombe cl les facultés dont il est doué. Qu'il prenne pour guide, si l'on veut, les bons exemples et les bonnes œuvres d'aulrui; mais qu'il compte surtout sur ses propres efforts, et qu'il bâtisse sur ses propres fondations.

La discipline et le contrôle de soi-même sont les commencements de la sagesse pratique ; et c'est dans le respect de soi (pie ces vertus doivent avoir leurs racines. L'espérance y prend également sa source, l'espérance! compagne de la puissance et mère, du succès; car quiconque espère fortement a en lui le don des miracles. Le plus humble des hommes peut et doit dire : < Me respecter, me per- » feclionner, tel est dans celte vie mon vrai devoir. Partie

- intégrale et responsable du grand système de la société, » je dois à cette société et à son auteur de ne dégrader » ou détruire ni mon corps, ni mon intelligence, ni mes «instincts. Au contraire, je suis tenu de travailler de n toutes mes forces pour donner à ces diverses parties de

- ma nature le plus haut degré de perfection possible. Je « ne dois pas seulement supprimer en moi les mauvais

instincts, je dois encore cultiver les bons; et le respect y que j'ai pour moi-même, je le dois aux autres, qui m'en » doivent autant de leur côté. » De là le respect mutuel, la justice et l'ordre, dont la loi devient ensuite le monument et la garantie.

Le respect de soi-même est le plus beau manteau dont un homme se puisse envelopper, le sentiment le plus élevé dont son esprit se puisse inspirer Une des plus sages maximes de Pythagore, dans les Vers dorés, est celle qui enjoint à l'élève de se respecter lui-même. Soutenu par ce noble sentiment, il ne permettra ni à la sensualité de souiller son corps ni aux pensées serviles d'avilir son esprit. Ce sentiment, mis en pratique, donnera naissance à toutes les vertus , — propreté, sobriété, chasteté, moralité, religion. « On peut, » dit Mil- Ion, - regarder le juste et pieux respect que nous avons pour » nous-mêmes comme la source d'où s'épanchent les eaux ) vives nécessaires à la fécondation de toute digne et louable » entreprise. On ne peut, en effet, avoir une médiocre opinion de soi-même sans tomber fort bas dans sa propre estime aussi bien que dans celle des autres. Du reste, telles seront les pensées, tels seront les actes. Ce n'est pas en regardant bien bas vers la terre qu'on s'élève ; c'est en regardant bien haut vers le ciel. Le plus humble des hommes peut trouver dans le respect de soi un soutien et une consolation , et il n'est pas jusqu'à la pauvreté que ce sentiment ne puisse illuminer et ennoblir. S'il est un spectacle vraiment beau , c'est celui du juste résistant à toutes les sordides et mordantes tentations de la pauvreté, et poursuivant fièrement son chemin, sans se laisser avilir par aucune honteuse action.

Quant à l'utilité du savoir comme moyen de parvenir, c'est un point sur lequel il est inutile d'insister. On peut s'en rapporter, en fait d'enseignement de ce genre, à la clairvoyance de l'intérêt personnel, qui a déjà commencé à faire

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comprendre assez généralement que l'éducation de soi-même est un des meilleurs placements que l'on puisse faire de son temps et de sa peine. Il n'est point de carrière, en effet, où l'intelligence ne soit de la plus grande utilité, soit pour apprendre à l'homme à se plier plus facilement aux circonstances, soit pour lui suggérer de nouvelles méthodes, soit pour augmenter de toutes façons son aptitude, son habileté, L'efficacité de ses efforts. Celui qui travaille de la tète aussi bien que des mains a toujours une idée beaucoup plus claire de sa besogne que celui qui ne travaille que des mains. 11 sent en outre croître incessamment en lui la conscience de ses forces, et c'est là peut-être la pensée la plus consolante à laquelle il soit donné à l'esprit humain de s'attacher. Peu à peu aussi il devient plus capable de s'aider lui-même; et plus il a de respect pour ses nouveaux mérites, mieux il est armé contre la tentation de s'abandonner aux jouissances vulgaires. Il contemple alors avec un nouvel intérêt la société et son action; ses sympathies s'étendent et s'élèvent; et il éprouve enfin le besoin de travailler pour les autres aussi bien que pour lui-même.

Cependant, quelques soins que l'on donne à sa propre éducation, on n'arrive point toujours à l'éminence dont les illustres parvenus que nous avons cités plus haut nous ont fourni tant d'exemples. Toujours et de toute nécessité, la grande majorité des hommes, quelque éclairée qu'elle soit, aura à vaquer aux occupations ordinaires de l'industrie; et aucun degré de culture auquel la communauté puisse s'élever ne lui permettra, — même alors que ce serait désirable, ce qui ne l'est pas, — de s'affranchir de la routine journalière des travaux indispensables à l'existence matérielle de la société. Mais voici, selon nous, à quoi l'on peut arriver: on peut élever le travail dans l'estime des hommes en l'alliant aux nobles pensées qui ont pour le rang le plus humble les mêmes splendeurs que pour le plus élevé ; car

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