LES PLUS HAUTES FIXS DE L'ÉDUCATION
quelque pauvre ou humble que soit un homme, cela n'empêchera pas le grand penseur du temps présent ou des temps passés de venir s'asseoir chez lui et de lui tenir compagnie , sa demeure fût-elle la plus misérable cabane. C'est de cette façon que l'habitude des lectures bien choisies peut devenir la source du plus grand plaisir et du plus profitable avancement, et peut amener les résultats les plus précieux, en exerçant une douce coercition sur le caractère et la conduite d'un homme. Du reste, même alors que l'éducation de nousmêmes ne nous conduit pas à la fortune, elle nous donne au moins l'excellente compagnie des pensées élevées. Un noble faisant un jour dédaigneusement celte question à un sage : « Que vous a rapporté toute votre philosophie? » le sage répondit: « Elle m'a au moins rapporté une chose, » c'est d'avoir toujours en moi une bonne société. »
Mais une foule de gens sont aptes à se laisser aller au désespoir et au découragement, parce qu'ils ne réussissent pas dans le monde aussi vite qu'ils croient le mériter. Ayant semé leur gland, ils s'attendent à le voir aussitôt devenir chêne. Us ont peut-être considéré le savoir comme une marchandise ayant cours sur le marché, et ils sont mortifiés de ce qu'il ne se place pas aussi avantageusement qu'ils l'avaien! espéré. Celle basse idée de la valeur du savoir n'est que trop encouragée par les fausses conceptions que l'on se fait toujours plus ou moins de la vie dans la société. Cependant c'est estimer bien peu le savoir que de le regarder comme un marchepied pour s'élever au-dessus des autres dans le monde, ou comme une source de dissipation et d'amusement intellectuel, plutôt que comme un moyen d'ennoblir son propre caractère et d'ouvrir un horizon plus vaste à son esprit. Il est sans doute très-honorable de chercher à s'élever et à améliorer sa condition sociale , mais cela ne devrait pas exiger le sacrifice de notre propre dignité. C'est condamner l'esprit à un rôle ignoble que de n'en faire que l'esclave du
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corps ; et ne savoir que geindre et gémir sur notre malheureux sort, parce que nous ne réussissons pas à achever dans la vie des succès qui, après tout, dépendent bien plus de l'habitude du travail diligent et de l'attention aux affaires de détail que du savoir proprement dit, est la marque d'un petit esprit, sinon celle d'un esprit morose. A des gens de cette espèce , il n'y a vraiment qu'à répéter les paroles que Robert Southey adressa un jour à un ami qui lui demandait des conseils : « Je vous en donnerais volontiers, » s'ils pouvaient vous être bons à quelque chose; mais le » moyen, je vous le demande, de guérir ceux qui se plai- » sent à être malades? Un homme sage et bon peut sans • doute s'emporter quelquefois contre le monde et d'autres .) fois s'affliger de ce qui s'y passe; mais on peut être bien « sur qu'aucun homme ne fut jamais absolument mécontent » du monde, s'il y remplissait tous ses devoirs. Si un homme » d'éducation, ayant de la fortune, du loisir, l'usage de tous » ses membres, ne trouve aucun objet digne de ses efforts, » c'est tout simplement qu'il a plu à la Providence d'accorder » tous ces dons à un homme qui ne les mérite pas. »
Dans l'œuvre de sa propre éducation, l'étudiant séries doit s'attendre à rencontrer des difficultés de bien des sortes ; mais il ne faut pas oublier qu'il n'est pas de maître dont les enseignements vaillent ceux que donne la difGculté vaincue, comme il n'est pas d'expérience qui vaille celle que nous acquérons à nos propres dépens. Le célèbre Fox avait coutume de dire qu'il y avait plus à espérer d'un homme qui échouait quelquefois dans ses entreprises, mais ne se laissait arrêter par aucun échec, que de celui dont le succès uniforme ne mettait le caractère à aucune épreuve. Il est certain que c'est en trouvant ce qui ne va pas que nous sommes la plupart du temps conduits à trouver ce qui va ; et que trèsprobablement celui qui jamais ne fit une faute, ne fit jamais non plus une seule découverte. Un savant qui s'est distingué