VALEUR DES DIFFICULTES
par ses investigations dans les sciences physiques a donné comme un des résultats de sa propre expérience que toutes les fois qu'il s'était trouvé arrêté dans le cours de ses recherches par quelque obstacle en apparence insurmontable, il s'était aussi invariablement trouvé à la veille de faire quelque nouvelle découverte. Ce n'est du reste qu'au sein des difficultés et dos chagrins de toutes sortes que les plus grandes pensées, les plus grandes découvertes, les plus grandes inventions ont pris naissance et ont grandi ; et ce n'est, qu'à grand'peine qu'elles ont fini par triompher.
Tout ce que nous apprenons est le secret d'une difficulté ; et le secret de l'une nous aide à découvrir celui d'une foule d'autres. Telles choses qui dans l'éducation peuvent sembler relativement peu importantes , — l'étude des langues mortes, par exemple, ou celle des rapports des lignes et des surfaces que nous appelons mathématiques , — ont réellement une valeur pratique énorme, non pas tant par ce qu'elles nous apprennent que par le développement dont elles sont l'occasion. Le succès de ces études exige des efforts et une puissance d'application qui sans cela auraient pu rester toujours à l'état latent. Ainsi une chose conduit à une autre, et, le travail entretenant le travail, la lutte avec les difficultés ne cesse qu'où cesse la vie ou le progrès. Mais s'abandonner au découragement n'a jamais aidé et n'aidera jamais personne à surmonter une difficulté. Rien de plus juste aussi que l'avis de d'Alembert à l'étudiant qui se plaignait à lui de son peu de succès dans l'étude des premiers éléments des mathématiques : « Allez en avant, la force et la foi vous viendront, n
Rien de facile qui n'ait commencé par être difficile, pas même la plus simple et la plus primitive des actions, celle de marcher. Quant à la danseuse qui fait une pirouette, au violoniste qui joue une sonate, ce n'est qu'à la répétition perpétuelle des mêmes traits et aux nombreuses difficultés vaincues, qu'ils doivent leur habileté. On félicitait un jour
Carissimi de la facilité et de la grâce de ses mélodies. « Ah ! » s'écria-t-il, « vous vous douiez bien peu de la peine qu'où a à » acquérir celte facilité-là. » « Combien de temps vous a-t-il fallu pour peindre ce tableau? » disait-on à Reynolds. « Toute >; ma vie, » répondit-il. L'orateur qui, avec tant de facilité apparente, verse sur les auditeurs charmés les flots de son éloquence, n'arrive à ce merveilleux pouvoir qu'à force de travail, de patience, de persévérance, de répétitions, et souvent même de cruels désappointements. L'orateur américain Henry Clay, appelé à donner des conseils à des jeunes gens, leur expliqua ainsi le secret de ses triomphes : « Je dois » surtout mes succès à ce fait, qu'à l'âge de vingt-sept ans » je commençai, et que pendant nombre d'années je conti- >• nuai à faire tous les jours une lecture et à parler ensuite » d'abondance sur le sujet traité dans le livre d'histoire ou » de science que j'avais lu. Je me livrais à ces improvisa- » tions, tantôt dans les champs, tantôt dans les bois, et sou- » vent même dans quelque grange isolée où je n'avais pour j « auditeur que le bœuf cl le cheval. C'est à celte pratique » précoce du plus grand de tous les arts que je dois les im-.; » pulsions premières et déterminantes qui m'ont entraîné et i « ont donné sa direction et son caractère à toute ma des- I « linée. »
Les hommes dont l'éducation a été le plus soignée se sont aussi montrés les plus capables d aborder avec résolution toute espèce de difficultés. L'extrême pauvreté ellemême n'a jamais été un obstacle pour ceux qui se faisaient un devoir de travailler à leur propre élévation. Le professeur de linguistique Alexandre Murray apprit à écrire en griffonnant ses lettres sur un vieux morceau de carton avec un bout de tige de bruyère brûlée. Le seul livre que possédât son père, pauvre berger, était un catéchisme de deux sous; mais ce livre était trop précieux pour qu'on s'en servit tous les jours, et c'est pourquoi on le gardait avec soin dans une