‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 107 sur 133 · WILLIAM COBBETT · texte numérisé non relu

WILLIAM COBBETT

armoire pour les lectures du dimanche. Le professeur Moor, dans sa jeunesse, ne pouvant, tant était grande sa pauvreté, acheter les Principia de Newton, emprunta le livre et le copia tout entier de sa propre main. Une foule de pauvres étudiants que la misère obligeait à gagner leur vie par un travail journalier quelconque, n'ont pu, comme les oiseaux en hiver, lorsque la terre est couverte de neige, que glaner, çà et là et à de longs intervalles, quelques bribes de savoir. William Cobbett a raconté lui-même comment il apprit la grammaire, et, rien ne pouvant donner une plus juste idée du courage avec lequel cet excellent homme s'attachait à vaincre les difficultés, nous citerons ici cette intéressante histoire. « J'appris la grammaire, » dit-il, « étant simple » soldat, à douze sous par jour. Le bord de mon lit dans » ma chambrée, ou celui du lit de camp au corps de garde, « fut le seul siège que j'eusse pour étudier; mon sac fut » ma bibliothèque; une planchette posée sur mes genoux, » ma table à écrire; et celte tâche ne me prit pas, à beau- » coup près, un an de ma vie. Je n'avais de quoi acheter » ni huile ni chandelle; et en hiver il élait rare que je pusse » avoir d'autre lumière que celle du feu, et encore, à tour de » rôle seulement. Si j'ai pu, dans de telles circonstances et » sans parent ni ami pour me guider ou m'encourager, » venir à bout de cette entreprise, y a-t-il une excuse qu'un » jeune homme puisse invoquer, quelque pauvre qu'il soit, » quelque surchargé de travail qu'il soit, quelque mal servi » qu'il soit par les circonstances extérieures? Quoique je » fusse toujours mourant de faim, je ne pouvais acheter » une plume ou une feuille de papier qu'en me privant » d'une partie de ma nourriture. Je n'avais pas un moment » que je pusse dire mien; et il me fallait lire et écrire » au milieu des conversations, des rires, des chants et du » tapage d'au moins une douzaine d'hommes insouciants, s'il * en fut au monde, et cela juste au moment où ils étaient

» libres de tout contrôle. Ne vous figurez pas que les quel- » ques centimes que nie coulaient de temps en temps mon

• encre, mes plumes ou mon papier fussent peu de chose. » Un centime, hélas ! était une somme pour moi! J'étais •> aussi grand que je le suis à présent. J'avais une excellente » santé et je prenais beaucoup d'exercice. Tout l'argent qui « ne se dépensait pas pour nous au marché montait à quatre » sous par semaine pour chaque homme. Je me souviens, » et comment pourrais-je l'oublier! qu'un jour, un ven- >; dredi, je m'étais arrangé de manière à avoir, toutes » dépenses payées, un sou de reste : je destinais ce sou

- à l'achat d'un hareng saur le lendemain matin. Kn me

• déshabillant le soir, — je souffrais de la faim à un tel » point que la vie m'était à charge, — je m'aperçus que

» j'avais perdu mon unique sou Je me cachai la tète sous

n ma misérable couverture et pleurai comme un enfant! » Or, je le répèle, si, dans de telles circonstances, j'ai pu » entreprendre et mener à bien celte lâche, y a-l-il, peut-il » y avoir, dans le monde entier, un jeune homme qui puisse » trouver nue excuse pour s'en exempter? »

X'ous avons récemment entendu parler d'un exemple de persévérance et d'application non moins remarquable donné par un ouvrier français, demeurant pour le moment à Londres. Après avoir travaillé quelque temps comme maçon dans cette ville et dans les environs , il vint à manquer de travail et se vit aux prises avec la pauvreté. Dans ce dilemme, il alla voir un de ses compatriotes, avantageusement occupé à donner des leçons de français, et le consulta sur ce qu'il devait faire. « Faites-vous professeur! n lui dit celui-ci sans hésiter. — « Moi, professeur? » répondit le maçon, « moi qui ne suis qu'un ouvrier et qui ne parle ■ guère qu'une espèce de patois! Vous vous moquez. »

— « Pas du tout, » reprit l'autre, « je parle très-sérieuse-

• ment, et je vous conseille de nouveau de vous faire pro-

Page 1