IL A 'EST JAMAIS TROP TARD POUR APPRE\DRE
avancé. Il n'y a plus aujourd'hui que le frivole et l'indolent qui disent : u Je suis trop vieux pour apprendre. »
Il est bon, du reste, de répéter ici ce que nous avons dit déjà, que ce ne sont pas les hommes de génie qui mènent le monde, mais ceux qui à une forte résolution joignent une ardeur infatigable. Malgré les nombreuses et singulières histoires que l'on entend tous les jours raconter sur l'enfance des hommes de génie, il n'en est pas moins vrai que l'habileté précoce ne saurait en aucun cas donner l'exacte mesure de la grandeur à laquelle l'homme fait parviendra. La précocité est tout aussi souvent un symptôme de maladie qu'un indice de vigueur intellectuelle. Que deviennent tous les petits prodiges? Où sont les forts en thème et les premiers prix? Suivez-les dans la vie, et vous trouverez souvent que ceux de leurs camarades qu'ils distançaient autrefois si facilement les ont à leur tour laissés bien loin derrière eux. On récompense les élèves intelligents; mais il est bien rare que les prix que l'on accorde à leur facilité et à leur vivacité d'intelligence leur servent à quoi que ce soit. Ce qu'on devrait bien plutôt récompenser, c'est l'effort, la persévérance, l'obéissance: car c'est celui qui, quoique doué de talents naturels inférieurs, fait de son mieux, qui, plus que tout autre, aurait besoin d'être, et devrait être encouragé.
Quel chapitre intéressant l'on pourrait écrire sur les ânes illustres, mauvais élèves dans leur adolescence, hommes remarquables dans leur âge mûr! Le peintre Pietro di Cortona était regardé dans son enfance comme tellement stupide, qu'on l'avait surnommé Tête d'âne j et Tomaso Guidi, à la même époque de sa vie, était généralement connu sous le sobriquet de Thomas le lourdaud (Massaca'o Tomassaccio) , ce qui ne l'empêcha pas de s'élever plus tard à la plus haute éminence. La place de Newton, à l'école, était au bout de l'avant -dernier banc. L'écolier qui était au-dessus de lui lui donna un jour un coup de pied, sur quoi notre gaillard,
qui au moins ne manquait pas de courage, le déGa au combat et le vainquit; puis, non content d'avoir prouvé à son antagoniste de quoi il était capable en fait de coups de poing, il se mit dans la tète de lui prouver de quoi il était capable en l'ait d'étude, et, s'étant mis à travailler de toutes ses forces, il ne tarda pas à prendre la tète de la classe. Plusieurs de nos grands théologiens n'ont été rien moins que précoces. Isaac Barrow se lit surtout remarquer à l'école par son caractère emporté, ses habitudes de violence et sa paresse proverbiale; et il causa tant de chagrin à ses parents, que son père disait quelquefois que s'il plaisait à Dieu de lui prendre un de ses enfants, il espérait que ce serait Isaac, qui de tous était celui qui promettait le moins. Adam Clarke, étant enfant , pouvait, il est vrai , rouler des pierres énormes ; mais il semblait si stupide que son père ne put s'empêcher de dire de lui que c'était un affligeant lourdaud. Dean Swift échoua dans ses examens à l'Université de Dublin et n'obtint sa recommandation pour Oxford que spécial/' gratin . Les célèbres docteurs Cbalmers et Cook ' étaient camarades à l'école provinciale de Saint-André; et ils étaient si stupides et si malfaisants que leur maître, irrité outre mesure, les chassa tous les deux comme des garnements incorrigibles. Le brillant Shéridan montra dans son enfance si peu de talent, que sa mère, en le présentant à un professeur, accompagna la présentation de ce compliment, que celait un paresseux incorrigible. Ualter Scott n'était comme écolier (ju'un assez mauvais garnement, toujours prêt à se battre, mais rarement à apprendre ses leçons. Le professeur Dalzell, de l'Université d'Edimbourg, porta sur lui ce jugement, qui, heureusement, n'était pas en dernier ressort, que sot il était, et que sot il resterait. Chatterton fut renvoyé à sa mère comme un imbécile, dont on ne ferait jamais rien. Burns,
1 Cook devint plus tard professeur de philosophie morale à cette même école de Saint-André.