MAUVAIS ELEVES DEVENUS HOMMES ILLUSTRES
tout grand poète qu'il devint plus tard , ne brillait dans son enfance qu'aux exercices athlétiques. Quant à Goldsmith, il s'est comparé lui-même à une plante tardive. Alfieri , quand il quitta le collège, n'était guère plus avancé que lorsqu'il y entra; et il ne commença les études qui l'ont rendu célèbre que lorsqu'il eut parcouru la moitié de l'Europe. Le philanthrope John Howard fut aussi un àne illustre, et n'apprit, pour ainsi dire, rien à l'école durant les sept années qu'il y passa. Le fameux ingénieur Stephenson se fit remarquer surtout dans sa jeunesse par son habileté dans les jeux athlétiques, et aussi, il faut le dire, par l'attention qu'il donnait à son ouvrage. Le brillant Humphry Davy ne se distingua point non plus de ses camarades par son intelligence. Son professeur, le docteur Cardevv, a dit en parlant de lui : « Tout le temps qu'il fut sous moi , il me fut im- » possible de discerner en lui les facultés par lesquelles il » s'est si hautement distingué. » Et lui-même a déclaré plus tard qu'il regardait comme un grand bonheur qu'on l'eût laissé jouir de la liberté de travailler si peu à l'école. Malgré toutes les jolies histoires que l'on a brodées sur sa précocité, Watt fut loin d'èlre un brillant écolier; mais il était, ce qui valait mieux, patient et persévérant; et ce fut par ce moyen et par le soin qu'il apporta à cultiver son goût poulies inventions qu'il parvint à perfectionner sa machine à vapeur.
il en a été de même de quelques-uns des généraux les plus distingués. Lord Clive, le grand général anglo-indien, fut dans sa jeunesse un vrai chenapan, n'ayant d'énergie que pour le mal. Sa famille, trop heureuse de trouver un moyen de se débarrasser de lui, l'expédia à Madras; et ce fut pourtant l'homme qui jeta les fondements de la puissance britannique dans les Indes. Napoléon et Wellington furent d'assez tristes écoliers, ne se distinguant pas du tout dans leurs classes. La duchesse d'Abrantès disait du premier
qu'il avait dans son enfance une bonne santé , mais qu'il ne se distinguait point autrement du commun des martyrs. Un des généraux du parti fédéral américain, Ulysses Grant, avait été surnommé par ses camarades Useless Grant, — l'inutile, l'incapable Grant; — et le plus distingué des lieutenants du général Lee, Stoneuall Jackson, ne s'était fait remarquer dans sa jeunesse que par sa lenteur. Toutefois il se distingua à l'école militaire de West-Point par son application soutenue et par son infatigable persévérance. Quelle que fût sa tâche, il ne la laissait jamais inachevée; et, d'un autre côté, il ne feignait jamais de posséder des connaissances qu'il n'eût pas réellement acquises, u Mainte et mainte fois, » écrivait quelqu'un qui le connaissait bien, « appelé à répondre » aux questions faites par le maître sur la leçon du jour, on le » vit s'excuser disant : 'Je n'y ai pas encore jeté les yeux; j'ai » ' eu assez à faire de finir d'apprendre la leçon d hier ou celle » ' du jour précédent! , Le résultai de ces efforts fut qu'il passa
• dix-septième dans une classe de soixante-dix. 11 n'y avait
• probablement pas dans toute la classe un jeune homme » auquel Jackson ne fût au début inférieur en savoir aussi » bien qu'en talents; mais à la fin du cours il n'en avait » plus que seize devant lui, et il en avait laissé cinquante- » trois derrière. Ceux de son temps disaient que si le cours
• des études eût été de dix ans au lieu de quatre, il serait certainement arrivé à être le premier de la classe1. »
Ce que le docteur Arnold disait des jeunes gens est également vrai des hommes : ce qui fait la différence entre eux, ce n'est pas tant le talent que l'énergie. La persévérance étant donnée, l'énergie se change bientôt en habitude. Pourvu que le lourdaud ait de la persistance et de l'application, il finira certainement par devancer le brillant écolier à qui ces qualités font défaut. Le prix de la course est à celui qui va sans se presser, mais sans s'arrêter. C'est la persévérance
1 Correspondance «lu Times, 11 juin 1863.