‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 11 sur 133 · ALEXIS DE TOCQUEVILLE · texte numérisé non relu

ALEXIS DE TOCQUEVILLE

De Tocqueville avouait aussi volontiers combien il devait de ce caractère et de cette disposition d'esprit qui lui avait permis de poursuivre ces études , à la noble et pure compagne de sa vie , sa femme Marie , une de ces femmes dont on peut dire, avec un auteur anglais, que les avoir aimées c'est déjà avoir reçu une éducation libérale '. Il y a un proverbe commun qui dit que « celui qui veut prospérer doit d'a- * bord consulter sa femme » ; et il est incontestable que L'influence que la femme exerce sur le développement de la vie morale chez l'homme est infiniment plus grande que les hommes eux-mêmes ne sont disposés à l'admettre. En vérité , il est difficile d'approcher plus de la vérité que ne l'a fait Rousseau lorsqu'il a dit que les hommes seront foujours ce que les femmes les feront. « J'ai vu cent fois dans le » cours de ma vie, » dit Tocqueville , « des hommes faibles » montrer de véritables vertus publiques, parce qu'il s'était ». rencontré à côté d'eux une femme qui les avait soutenus » dans cette voie, non en leur conseillant tels ou tels actes » en particulier , mais en exerçant une influence fortifiante » sur la manière dont ils devaient considérer en général le » devoir ou même l'ambition. Bien plus souvent encore, il » faut l'avouer, j'ai vu le travail intérieur et domestique qui » transformait peu à peu un homme auquel la nature avait

1 Je ne puis te dire ■■> , écrit-il à L. de Kergorlay, le charme inexprimable ■ que j'ai trouvé à vivre ainsi continuellement avec elle, ui les ressources nou- » selles que je découvrais à chaque instant dans son cœur. Tu sais qu en » voyage (en Suisse), plus encore qu'à l'ordinaire, je suis inégal, irritable, » impatient. Je la grondais donc bien souvent, et presque toujours à tort, et, i dans chacune de ces circonstances, je découvrais en elle des sources ine- » puisables de tendresse et d'indulgence. Et puis je ne saurais le dire quel » bonheur on éprouve à la longue dans la compagnie habituelle d'une femme n chez laquelle tout ce qu'il peut y avoir de bien en vous se rétléchit naïu-

Tellement et parait mieux encore... Quoique maitre de son àrae, à un point » rare, je pense, je vois avec plaisir qu'elle m'intimide, et, tant quej'aime- » rai comme je fais, je suis bien sûr de ne jamais me laisser entraîner à quel- » que chose qui ne fût pas bien. »

[OEuvres et correspondance , I, 332. )

ta i: ii \ r i T ■ !; s E n \ \ \ t n p. muhh i; tiox.

« donne de la générosité, du désintéressement cl do la gran- » deur, on y\n ambitieux, lâche, vulgaire ri égoïste (|ui , » dans les affaires de son pays, finissait par no plus envi- ■ sager que les moyens de rendre sa condition particulière

commode et aisée '.

Nous ne croyons pas devoir clore ce chapitre sans consacrer une courte notice à l'un des travailleurs les plus brillants et les pins consciencieux que la France ait produits dans le domaine de l'histoire: nous voulons parler d'Augustin Thierry, chez qui l'on a vu se déployer, dans la plus heureuse combinaison, les dons de l'esprit les plus rares et les plus élevés. Cotait un grand artiste, dans la pins liante acception du mot, et d'autant plus grand qu'il avait à un très-haut degré le talent de cacher son art. Éloquent et pittoresque, il rendait un corps aux ossements blanchis de L'histoire, et faisait pout ainsi dire revivre à nos yeux les hommes et les événements des siècles depuis longtemps écoulés. Ses Récils n'es temps mérovingiens et son Histoire de la conquête d'Angleterre par les Xormands resteront comme dc.< monuments éternels de son infatigable activité cl de son magnifique génie. Sa vie est une leçon non-seulement pour les hoinmêV de lettres, niais pour tous les hommes, cl une grande, éloquente et touchante leçon. Elle nous montre comment une belle intelligence , lorsqu'elle est fortifiée par un noble dessein, peut triompher des maux (\c la vie. L'étude de l'histoire fut sa passion, et le plaisir qu'il trouva dans cette étude, sa récompense la plus précieuse. Sa vie tout entière présente nu étonnant exemple de persévérance, de diligence , de culture de soi-même, et de dévouement infatigable à la science. Au fort de ses travaux il perdit la vue, puis la santé; mais jamais il ne perdit l'amour de la vérité. Même lorsqu'il fut réduit à un loi état de faiblesse qu'il fallait qu'une garde-malade le portât dans

1 Œuvres cl correspondance, II, .>'.!>.

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