LA PRECOCITE EST UNE CHOSE PEU DESIRABLE
qui explique comment les positions respectives que de jeunes garçons occupaient à l'école sont si souvent renversées dans la vie réelle; et il est curieux d'observer comment tels ou tels qui furent si habiles sont devenus des hommes si ordinaires, tandis que d'autres qui passaient pour des imbéciles, et dont on n'attendait rien de bon, avec leurs facultés lentes et leur pas inflexible, ont fini par prendre la position de chefs et de conducteurs d'hommes.
L'auteur de ce livre eut, dans son enfance, pour camarade de classe un des élèves les plus stupides qu'on eût jamais vus. L'un après l'autre, les maîtres les plus habiles l'avaient entrepris et l'avaient abandonné. Punitions corporelles , bonnets d'àne, caresses, supplications, rien n'j faisait. On fit plusieurs fois l'expérience de le placer en tète de la classe; et c'était une chose curieuse que la rapidité avec laquelle il tombait à. l'inévitable dernier degré, comme une masse de plomb passant à travers du vif-argent. Nombre de maîtres l'abandonnèrent, disant quil ne serait jamais qu'un àne bâté, et l'un d'eux alla même jusqu'à affirmer qu'il était d'une « stupidité phénoménale » . Quelque lent qu'il fût, cependant , le lourdaud avait en lui une sorte de sourde énergie et de ténacité qui se développèrent avec l'âge et les forces du corps; et, chose étrange, lorsque enfin il se mêla aux affaires, on le vit peu à peu prendre l'avance sur plusieurs de ses camarades de classe et à la longue laisser le plus grand nombre d'entre eux derrière lui. La dernière fois que l'auteur en entendit parler, il était à la tête de la magistrature dans sa ville natale.
Il importe peu qu'un jeune homme soit lent, pourvu qu'il soit diligent. Pas à pas on va loin. La tortue qui vu droit son chemin l'emporte sur le lièvre qui s'amuse à faire mille détours. Une grande facilité peut souvent même être un défaut : d'abord parce que celui qui apprend trèsfacilement oublie d'ordinaire tout aussi vite, et ensuite parce
m qu'il n'éprouve aucun besoin de cultiver ces précieuses qualités, l'application et la persévérance, que le jeune homme moins bien doué se voit obligé d'exercer et qui sont toujours un des éléments les plus importants dans la formation du caractère. Davy disait : « Ce que je suis, je ne le dois » qu'à moi-même:, » et cela est également vrai de tout le monde.
En résumé, la plus haute éducation n'est pas tant celle (pie donnent les maîtres, que celle qu'on se donne à soimême, lorsqu'on est devenu homme. C'est pourquoi les parents ne devraient point être impatients de voiries talents de leurs enfants amenés à une floraison précoce. Qu'ils sachent veiller et attendre patiemment, laissant le bon exemple et les influences paisibles produire leurs effets, et s'en remettant pour le reste à la Providence ; qu'ils tiennent la main à ce que leurs enfants puissent compter, grâce au libre exercice de leurs forces corporelles , sur une bonne provision de santé; qu'ils les lancent franchement dans la voie du perfectionnement individuel; qu'ils cultivent en eux, de bonne heure et avec soin, l'habitude de l'application et celle de la persévérance; et, à mesure que ceux-ci avanceront en âge, ils les verront, pour peu que l'étoffe s'y prête, devenir de plus en plus capables de travailler avec vigueur et efficacité à l'œuvre de leur propre développement.