PUISSANCE DE L'EXEMPLE
que bâtir d'une main pour renverser de l'autre ; d'où l'immense importance de choisir ses compagnons avec le plus grand soin, surtout dans la jeunesse. Il y a entre les jeunes gens une affinité magnétique qui tend insensiblement à leur imprimer une ressemblance commune. M. Edgworth était tellement convaincu que par le seul effet de la sympathie ils imitent ou prennent involontairement le ton de la compagnie qu'ils fréquentent, qu'il regardait comme un point de la plus essentielle importance de leur enseigner à choisir les meilleurs modèles. « Pas de compagnie ou une bonne, » était sa devise. Lord Collinguood, écrivant à un jeune ami, lui disait : « Ayez pour règle qu'il vaut mieux être seul » qu'en mauvaise compagnie. Choisissez vos compagnons » parmi vos égaux ou vos supérieurs : le mérite d'un homme » se reconnaît toujours à celui des gens qu'il fréquente. » De même que sir Peter Lely se faisait une loi de ne jamais regarder un mauvais tableau, s'il pouvait faire autrement, persuadé qu'il était qu'il ne pouvait le faire sans que son pinceau s'en ressentit; de même, celui qui se plaît à contempler souvent un échantillon de la dégradation humaine et à en faire sa société ne peut s'empêcher de s'assimiler graduellement cà ce modèle. « Il n'est personne, » avait coutume de dire le fameux docteur Sydenham, « sur qui » le seul fait d'avoir parlé à un honnête ou à un malhon- » nête homme ne puisse, à un moment donné, exercer • une bonne ou une mauvaise influence. »
L'exemple, pour muet qu'il soit, est un des plus puissants instructeurs qu'il y ait au monde. Son école est celle delà vie pratique, où l'enseignement se donne par l'action, toujours beaucoup plus convaincante que la parole. L'enseignement oral peut bien nous indiquer la voie; mais c'est la force persistante et silencieuse de l'exemple qui, se communiquant à nous par les habitudes et se mêlant à notre existence même, nous entraine avec elle. Les bons conseils
:ï4i NOBLESSE DE CARACTERE.
ont certainement leur poids : mais s'ils ne sont pas accompagnés de bons exemples, ils n'ont qu'une influence relativement faible; et si l'on y fait attention, on verra que l'expérience de la vie nous montre d'ordinaire les termes du dicton « Faites ce que je dis et non ce que je fais » renversés et rétablis dans leur ordre logique.
L'exemple, même dans les cboses triviales en apparence, a donc une importance d'autant plus grande qu'il se mêle sans cesse à la vie des autres, et contribue forcément, en bien ou en mal, à former leur caractère. C'est ainsi que nous voyons le caractère des parents se reproduire constamment dans leurs enfants, et les exemples d'affection, de discipline, de travail et d'empire sur soi-même qu'ils leur donnent chaque jour vivre et agir encore alors que tout ce qu'on a appris par cœur est depuis longtemps oublié. Et c'est ce qui faisaitdirc à certain sage que ses enfants étaient « sa vie future » . La simple manière d'èlre et d'agir naturelle à un père ou à une mère peut suffire pour donner au caractère de l'enfant un cachet qui ne s'efface jamais. Et qui pourrait dire combien déjeunes gens se sont arrêtés sur la pente fatale, en songeant à quelque parent bien-aimé dont il ne fallait pas déshonorer la mémoire, en commettant quelque acte indigne ou en se complaisant dans quelque impure pensée? Les moindres bagatelles acquièrent ainsi de l'importance et deviennent susceptibles d'influencer le caractère des hommes. « Un baiser de ma mère, » disait West, • fit de moi un peintre. » C'est de la direction que des cboses si insignifiantes en apparence impriment à l'enfance que dépendent principalement le succès et le bonbeur futur de l'homme fait. En vérité, l'influence journalière que les parents exercent sur les enfants par la vie qu'ils mènent sous leurs yeux est si grande , que le meilleur système d'éducation paternelle pourrait presque se résumer dans ces deux mots : Améliore-toi toi-même. »