‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 114 sur 133 · NOS ACTIONS ET LEURS CONSÉQUENCES · texte numérisé non relu

NOS ACTIONS ET LEURS CONSÉQUENCES

Il y a quelque chose de terrible et de solennel dans l'idée qu'il n'est pas une action, pas une pensée dans la vie de l'homme, qui n'entraîne après soi une chaîne de conséquences dont il est impossible de suivre la trace jusqu'au bout; pas une qui , jusqu'à un certain point, ne colore notre vie, et n'influence insensiblement la vie de ceux qui nous entourent. Une bonne pensée et une bonne action ne manquent jamais de produire leurs fruits, même quoique nous ne soyons plus là pour en jouir; mais il en est de même aussi d'une mauvaise ; et quelque obscure et insignifiante que soit notre existence, elle ne l'est jamais assez pour que nous puissions être sûrs que notre exemple ne produira aucun effet, soit en bien, soit en mal. Vraiment la vie de l'homme, même dans ce monde, participe en quelque sorte de l'immortalité. Nul individu dans l'univers n'existe seul et par lui-même ; chacun de nous est une partie constituante d'un tout solidaire; et chacun de nous, par ses divers actes, accroît ou diminue, pour le moment et pour toujours, la somme du bien ou celle du mal dans l'humanité. De même que le présent a ses racines dans le passé et que la vie et les exemples de nos aïeux continuent à exercer sur nous leur puissante influence, de même par nos actes de chaque jour nous contribuons à former les conditions d'existence et le caractère des générations futures. L'homme vivant est un fruit développé et mûri par la culture de tous les siècles précédents. Des générations sans nombre, dont l'origine se perd dans une nuit de plus de six mille ans, s'échelonnent derrière nous, ayant chacune les mains posées sur les épaules de celle qui lui a succédé, et la génération vivante continue à recevoir et à transmettre le courant magnétique destiné à relier par une suite non interrompue d'actions et d'exemples le passé le plus reculé à la postérité la plus lointaine. Les actes d'aucun homme ne meurent complètement ; son corps peut se résoudre en air et en

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poussière, mais ses bonnes ou ses mauvaises actions continueront à porter des fruits selon leur espèce, et à influencer les générations humaines pour tous les temps à venir : c'est dans ce fait grave et solennel que consiste le grand péril et la grande responsabilité de l'existence humaine .

Ainsi, tout acte que nous faisons ou dont nous sommes témoins, toute parole que nous prononçons ou que nous écoulons, exerce une influence qui non-seulement empreint et colore toute notre vie à venir, mais qui se fait sentir dans la constitution même de la société tout entière. Il n'est pas toujours facile, et souvent même il est impossible de suivre à travers toutes ses ramifications les traces de cette influence parmi nos enfants, nos amis et nos connaissances; cependant elle j est très-certainement, et, que nous nous en apercevions ou non, elle v, accomplit son œuvre. C'est ce qui explique L'immense importance du bon exemple, enseignement muet (pie, tous les jouis de la vie, le plus pauvre et le plus humble parmi les hommes peut donner. Nul, en effet, n'est assez bas placé pour ne pas devoir aux autres cet le simple et précieuse instruction; et il n'est condition si misérable qui ne puisse de cette façon devenir utile : car la lumière ne brille pas moins fidèlement dans la vallée que sur la colline. Partout et toujours, quelque défavorables que puissent être les circonstances extérieures , dans les huttes perdues au milieu des landes incultes, dans les hameaux, dans les allées étroites des grandes villes, peut s'élever le parfait honnête homme. Celui qui cultive un lopin de terre à peine plus grand (pie ce qu'il en faudra pour l'enterrer peut travailler avec tout autant de foi et d'espérance et dans un but tout aussi élevé que celui qui est destiné à hériter d'une grande fortune. L'atelier le plus humble peut devenir, au choix de ceux qui j travaillent , une école d'industrie, de science et de moralité , ou une école de paresse , de perversité et de dépravation. Tout dépend des individus, et de

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l'usage qu ils font des occasions de bien faire qui s'offrent à eux.

Une vie bien employée, l'honneur du caractère soigneusement gardé , ne sont pas un mince héritage à laisser à ses enfants et au monde : car c'est la plus éloquente leçon de vertu et la plus sévère critique du vice, en même temps que c'est une source durable de richesses précieuses entre toutes. Heureux ceux qui peuvent répéter avec Pope, répliquant à un sarcasme de lord Hervey : « Il me suffît que mes » parents, tels qu'ils étaient, ne m'aient jamais donné lieu de rougir, et que leur Gis , tel qu'il est, ne leur ait jamais » donné lieu de verser une larme. »

Il est donc essentiel que les jeunes gens cherchent la bonne compagnie et aspirent toujours à réaliser un idéal supérieur. Francis Horner, parlant des avantages dont ses relations personnelles avec des hommes d'une haute intelligence et d'un noble caractère avaient été la source pour lui, disait : « Je n'hésite pas à déclarer que je leur dois » plus, en fait de progrès intellectuel, qu'à tous les livres » que j'ai lus. » Lord Shelburne (marquis de Lansdowne) fit, dans sa jeunesse, une visite au vénérable Malesherbes, dont la présence l'impressionna si vivement que plus tard il disait : « J'ai beaucoup voyagé, mais je n'ai jamais » été influencé au même point par le contact personnel » d'aucun homme ; et si dans le cours de ma vie il m'arrive • de faire quelque bien , je suis certain que ce sera sous » l'inspiration du souvenir de M. de Malesherbes. »

Le contact des bonnètes gens ne manque jamais, en effet, de nous faire du bien, et nous retenons une partie de la grâce dont ils sont pleins, comme les promeneurs gardent sur leurs vêtements l'odeur des fleurs et des arbrisseaux au milieu desquels ils ont passé. Il n'est personne parmi ceux qui ont intimement connu feu John Stirling qui n'ait parlé de l'influence bienfaisante qu'il exerçait sur

Ions ceux qui l'approchaient. Plusieurs lui ont du de sentir pour la première fois leur pensée s'éveiller à une vie plus haute, el ont appris de lui ce qu'ils étaient, et ce qu'ils auraient dû être. M. Trench a dit de lui : u 11 était impossible » d'être en contact avec sa nohle nature sans se senlir en « quelque sorte ennobli et, comme je l'ai toujours éprouvé " en le quittant, élevé dans une sphère plus haute que n celle dans laquelle on est habituellement tenté de rester. » C'est là le genre d'influence qu'un nohle caractère ne manque jamais d'exercer : nous sommes soulevés el illuminés par lui ; nous ne pouvons nous empêcher de céder a son entraînement et d'acquérir l'habitude de voir les choses comme il les voit : tant il y a de magie dans l'action et la réaction des esprits les uns sur les autres.

Les artistes aussi se sentent élevés par le contact avec des artistes plus grands qu'eux-mêmes. Le génie de Haydn, par exemple, prit feu pour la première fois au contact de Handel. Ce fut en entendant celui-ci jouer que Haydn sentit s'éveiller son ardeur pour la composition musicale; et lui-même il croyait que, sans cette circonstance, il n'aurait jamais écrit La Création. Il disait de Handel : « Quand » il le veut, il frappe comme la foudre » , et une autre fois : « 11 n'est pas une de ses notes qui ne porte coup. « Scarlatti était un autre ardent admirateur de Handel. 11 le suivit par toute l'Italie ; et son admiration pour lui était si grande , que plus tard, quand il parlait de lui, il faisait le signe de la croix. Les vrais artistes sont toujours prêts à reconnaître généreusement la grandeur de leurs confrères. Beethoven, par exemple, avait pour Cheruhini lapins haute admiration; et il salua avec enthousiasme le génie naissant de Schuhert : « Vraiment, » disait-il, .. c'est un feu divin que 1 celui dont Schuhert est animé. • Xorthcote, dès son adolescence, contracta une telle admiration pour Reynolds, que se trouvant dans le Devonshire aune réunion publique

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