EFFETS DE LA BRAVOURE SUR LES GENS PUSILLANIMES
où le grand peintre était présent , il se Gt jour à travers la foule jusqu'à lui , et parvint à toucher le pan de son habit, « ce qui » dit -il avec une touche d'enthousiasme juvénile qui montre bien la sincérité de son admiration pour le génie de Reynolds , « fut pour mon cœur une grande sa- » tisfaction » .
Une des preuves les plus frappantes de la force de l'exemple nous est donnée par la puissance qu'ont les braves d'inspirer les pusillanimes, de leur faire partager leur ardeur et de les entraîner par leur présence. C'est à cela que sont dus les miracles de valeur si souvent accomplis par des hommes d'ailleurs fort ordinaires , mais conduits par des chefs héroïques. Le seul souvenir des hauts faits de la vaillance est comme un tambour qui bat la charge, comme une trompette qui sonne le boute-selle. Jean Ziska, pour continuer même après sa mort à inspirer la valeur des Bohémiens, ne se contente pas de leur laisser son souvenir, il leur laisse sa peau et ordonne qu'on en fasse un tambour. Scanderbeg mort, les Turcs se partagent ses os, a(in que chacun d'eux puisse en porter un fragment sur son cœur et se sentir assuré d'une partie du courage qu'il avait déployé durant sa vie, et dont il leur avait donné tant de preuves dans les combats. Le brave Douglas portait sur lui le cœur de Bruce, en Palestine; il voit un de ses chevaliers entouré et de toutes parts vivement pressé par les Sarrasins ; il ôte de son cou la boite d'argent contenant le cœur du héros, et, la jetant au plus fort de la mêlée, s'écrie : « Sois aujourd'hui m comme toujours le premier au combat, et que Douglas te » suive ou meure! » et ce disant, il se précipite au milieu des ennemis, et, percé de coups, va tomber à l'endroit même où il avait jeté la dépouille de son ami.
Le principal avantage des biographies consiste en ce qu'elles abondent en nobles exemples destinés à nous servir de modèles. Nos glorieux ancêtres sont encore présents
parmi nous par les souvenirs qu'ils nous ont laissés aussi bien que par les hauts faits qu'ils ont accomplis, et qui, eux aussi, vivent encore ; ils viennent s'asseoir à notre table ; il< nous guident et nous tiennent par la main , et nous fournissent, pour notre plus grand avantage, des exemples que nous pouvons tous les jours étudier, admirer et imiter. En réalité, quiconque a laissé derrière soi la mémoire d'une noble vie a laissé à la postérité une source de bien inépuisable : car cette vie est pour les autres un modèle d'après lequel dans tous les temps à venir ils pourront se gouverner , qui toujours pourra les animer d'une nouvelle ardeur et les aider à reproduire, sous d'autres formes, celle vie cl les belles qualités de celui qui en fut le héros. C'est ce qui fait qu'un livre contenant la vie d'un homme vertueux est plein de semences précieuses : « C'est, » pour nous servir des paroles de Milton, « le plus précieux et le plus pur du » sang d'un maître esprit, embaumé et conservé en vue « d'une seconde vie. Quelquefois un jeune homme se reconnaît dans une biographie, comme le Corrègc, qui, sentant son génie s'éveiller en lui à la contemplation des œuvres de Michel- Ange, s'écria : « Et moi, aussi, je suis peintre! Sir Samuel Romillj a avoué, dans son autobiographie, qu'il avait élé puissamment influencé par la vie du grand et généreux chancelier français d'Aguesseau. — « Les œuvres de Thomas, » dit-il, « m'étaient lombées sous la main; je lus avec admiration son Elocje de d'Aguesseau; • et L'honneur dont il montrait que cet illustre magistral > s'était couvert excita au plus haut point mon ardeur et » mon ambition, et ouvrit à mon imagination nue nouvelle « perspective de gloire. »
Franklin avait coutume d'attribuer l'utilité et l'érninence du rôle qu'il avait rempli à ce qu'il avait lu dans son jeune âge les « Essays to do Good s ' de Cotton Mat lier, livre où
1 Essai* sur l'art de faire le bien.