‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 117 sur 133 · COMMENT SE TRANSMET LE FEL SACRE · texte numérisé non relu

COMMENT SE TRANSMET LE FEL SACRE

homme qui se distingue par l'énergie et la persistance de ses aspirations suffit pour allumer le feu sacré chez tous ceux qui ont les mêmes goûts et les mêmes aptitudes, et pour conduire à la même distinction et au même succès tous ceux dont les efforts sont également vigoureux. La chaîne de l'exemple embrasse ainsi tous les âges dans la succession infinie de ses anneaux, et l'admiration, mère de l'imitation, perpétue à travers les siècles la véritable aristocratie, celle du génie.

Un des plus précieux et des plus contagieux exemples que l'on puisse mettre sous les yeux de la jeunesse est celui du labeur joyeux ; d'où cette observation d'un homme de bien que la bonne humeur est les neuf dixièmes du christianisme, comme l'assiduité joyeuse au travail est les neuf dixièmes de la sagesse pratique. La gaieté donne en effet de l'élasticité à l'esprit, met les spectres en fuite, et empêche le sentiment des difficultés de dégénérer jamais en désespoir, ce qui est dû à ce que l'esprit, abordant les difficultés avec l'animation de l'espérance , acquiert cette heureuse disposition à tirer parti des circonstances qui manque rarement d'assurer le succès. Un fervent esprit est toujours un heureux et vigoureux esprit : travaillant lui-même avec un entrain joyeux, il stimule les autres au travail, et revêt de dignité les occupations les plus vulgaires. Le travail le plus productif est toujours du reste celui qui est fait avec amour, celui qui sort des mains ou de la tète d'un homme au cœur joyeux. C'est ce qui faisait dire à Hume qu'il aimerait mieux n'avoir pour tout bien qu'un heureux caractère, toujours enclin à voir les choses par leur brillant côté, que d'avoir un caractère sombre et dix mille livres de rente.

Et c'est ici le lieu de faire observer combien le caractère peut être fortifié et soutenu par la culture des bonnes habitudes. Non-seulement, a-t-on dit, l'habitude est une seconde nature; mais l'homme lui-même n'est qu'un amas d'habitudes. Métastasa avait une si haute opinion de la puis-

sance de la répétition des actes et des pensées, qu'il disait : « Tout chez l'homme est habitude, même la vertu » . Butler, dans son Analogie, signale la puissance de l'empire sur soi-même et de la ferme résistance à la tentation comme tendant à faire de la vertu une habitude; de sorte qu'à la longue, selon lui , il devient plus facile de faire le bien que décéder au péché. -De même que les habitudes du corps, « dit-il, « sont produites par les actes extérieurs, de même » aussi les habitudes de l'esprit sont produites par la mise i à exécution des résolutions intérieures, c'est-à-dire par la » réalisation pratique des principes d'obéissance , de véra- )' cité, de justice et de charité. » Et lord Brougham , de son côté, dit, en parlant de l'immense importance qu'il y a à donner une bonne éducation et de bons exemples à la jeunesse : « Je m'en repose de tout sous le ciel à l'habi- - tude, sur laquelle de tout temps le législateur aussi bien » que le pédagogue ont particulièrement compté; à l'habi- » tude qui rend tout facile, et qui ne fait trouver de diffi- » cultes que dans la déviation de la ligne de conduite » adoptée. » C'est ainsi que si nous nous faisons une habitude de la sobriété , nous ne pouvons plus souffrir l'intempérance , et que si nous nous faisons une habitude de la prudence, nous voyons dans l'incurie du prodigue une chose qui révolte tous les principes sur lesquels se règle notre conduite individuelle. D'où la nécessité de veiller sur nousmêmes avec le plus grand soin , et d'opposer la plus grande fermeté aux empiétements de toute mauvaise habitude : car le point le plus faible du caractère est toujours celui sur lequel on a une fois cédé ; et il faut bien du temps pour qu'un principe restauré redevienne aussi ferme qu'un principe qui ne fut jamais ébranlé. Les habitudes », dit avec autant de profondeur que de grâce un écrivain russe, sont comme un collier de perles : défaites le nœud , et * tout le collier s'égraine. »

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