‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 121 sur 133 · LE VRAI G EXT IL HOMME · texte numérisé non relu

LE VRAI G EXT IL HOMME

qualités solides qui peuvent nous distinguer comme hommes ou comme peuples. De la plus élevée à la plus humble , de la plus riche à la plus pauvre, il n'est aucune classe, aucune condition sociale à laquelle la nature ait refusé le plus précieux de ses dons, un grand cœur. Jamais on ne vit un vrai gentilhomme qui n'eût en partage un noble cœur; et ce noble cœur, il peut battre aussi bien sous la blouse du paysan que sous l'habit brodé du grand seigne ir.

Le vrai gentilhomme est celui dont le caractère s'est formé sur les plus beaux modèles. C'est un ancien et grand nom que celui de gentilhomme, et un nom dans lequel on a de tout temps reconnu un rang et une puissance. « Le gentilhomme se retrouve toujours, » disait le vieux général français a son régiment de gentilshommes écossais à Roussillon , « et c'est au moment du besoin et du danger qu'il » montre invariablement ce qu'il est. » Un tel caractère porte en soi une dignité qui commande l'hommage instinctif de tous les esprits généreux; et ceux-là même auxquels un rang et des titres en imposent le moins rendent volontairement hommage au vrai gentilhomme. Ses qualités ne sont point une affaire de mode ou de manières, mais une affaire de valeur morale ; elles ne tiennent pas à des possessions, mais à des qualités personnelles. Le Psalmiste en peu de mois le représente, lorsqu'il parle de celui qui < marche en » intégrité, fait ce qui est juste, et dit la vérité ainsi qu'elle » est en son cœur » .

Le gentilbomme se distingue éminemment par le respect qu'il a pour lui-même. Il attache un grand prix à son caractère, non pas tant pour ce que les autres peuvent penser de lui, que pour ce qu'il en pense lui-même , et par égard pour l'approbation de sa propre conscience. El de même qu'il se respecte, de même aussi, et par la même raison , il respecte les autres. L'humanité est sacrée à ses yeux; et de là sa politesse et sa tolérance, sa bienveillance et sa

charité. On raconte de lord Edward Fitzgerald que, voyageant dans le Canada avec des Indiens, il fut profondément blessé de voir une pauvre femme se (rainer péniblement sous le poids des bagages de son mari-, pendant que celuici marchait fièrement, libre de tout fardeau. Lord Edward n'y put tenir, et pour soulager la pauvre Indienne, il prit sur ses propres épaules le fardeau sous lequel elle pliait : admirable exemple de c clic politesse de cœur qui est la politesse de tout homme vraiment noble.

Le vrai gentilhomme a un vif sentiment de l'honneur et évite scrupuleusement toute action basse, lia pour modèle, en paroles aussi bien (pieu actions , un haut idéal de probité. Il ne biaise ni ne tergiverse, n'use ni de défaites ni de faux-fuyants : il est honnête, juste, droit. Sa loi est la rectitude, — l'action en droite ligne. Quand il dit oui, ce oui fait loi ; et il sait aussi , quand il le faut, dire courageusement non. Inaccessible à la corruption, il laisse aux âmes viles et sans principes l'infamie de se vendre à ceux qui ont intérêt à les acheter. Il est comme L'intègre .louas Hanuey qui, remplissant les fonctions de commissaire chargé du service des vivres, refusait de recevoir d'un fournisseur le moindre présent : se incitant ainsi au-dessus des influences qui auraient pu, à son insu, le détourner du droit chemin dans L'accomplissement de ses devoirs publics. On peut en dire autant du duc de Wellington. Un matin, peu de temps après la bataille d'Assaye, le premier ministre de la cour d'Hyderabad vint lui rendre visite, pour savoir de lui, en particulier, quel territoire et quels avantages avaient été réservés à son maître dans le traité de paix conclu entre les princes Mahrattcs et le Nizam. Pour obtenir ce renseignement , le ministre osa offrir au général une somme d'argent considérable, plus de 2,500,000 francs. Sir Arthur le regarda en face, très-tranquillement, pendant quelques secondes, puis lui dit : « Il parait que vous êtes capable de

AXECDOTES SUR WELLIXGTON ET WELLESLEY. 363

» garder un secret? » — « Certainement, » répliqua le mi- « nistre. — u Eh bien, je le suis aussi, » dit le général; et, avec un sourire, il congédia le ministre désappointé. Ce n'est pas une chose qui fasse peu d'honneur à Wellington, que, malgré la constance de ses succès dans l'Inde, et quoiqu'il eut toutes sortes de facilités pour acquérir une immense fortune, il se soit trouvé, lorsqu'il revint en Angleterre, relativement pauvre. La même susceptibilité et le même désintéressement caractérisaient son noble parent, le marquis de Wellesley, qui , un jour, refusa aussi un présent de 2,500,000 francs que voulaient lui faire les directeurs de la compagnie des Indes orientales, ta l'occasion de la conquête de Mysore. « Pas n'est besoin, » répondit-il, « de parler de l'indépendance de mon caractère, et de la di- » gnité particulière qui est attachée aux fonctions que je i) remplis; ces importantes considérations ne sont pas les » seules raisons qui m'engagent à refuser un présent qui ne » nie convient nullement. Je n'ai d'autre souci que le bien » de noire armée ; et je serais désolé de prendre quoi que » ce soit sur ce qui revient à nos braves soldats. » Et le marquis resta inébranlable dans sa résolution.

Les richesses ni la naissance n'ont aucune connexité nécessaire avec les qualités qui font le vrai gentilhomme. Le pauvre peut être , sous tous les rapports , un parfait gentilhomme. Il peut être honnête, véridique, juste, poli, tempérant, courageux, indépendant, plein de respect pour lui-même, en un mot, un vrai gentilhomme. L'homme pauvre de fortune mais riche de cœur est de toutes façons supérieur à l'homme riche de fortune mais pauvre de cœur. Pour parler comme saint Paul, le premier « semble n ne rien avoir, et possède cependant toutes choses a , tandis que l'autre semble posséder toutes choses, et en réalité n'a rien. Le premier espère tout et ne craint rien ; le second n'espère rien et craint tout. Il n'y a que les pauvres de cœur

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qui soient réellement pauvres. Celui qui, ayant tout perdu, conserve le courage , l'égalité d'âme, l'espérance, la vertu et le respect de soi-même, est encore riche. Four lui, le monde est, pour ainsi dire, garde en dépôt; son esprit plane au-dessus des soucis grossiers, et rien ne l'empêche de marcher le front haut, en vrai gentilhomme.

Il n'est pas rare de voir battre sous l'hahit le plus pauvre le cœur tout à la fois le plus vaillant et le plus doux. Nous citerons à ce sujet une anecdote un peu vieille, mais charmante. Un jour, dans un débordement soudain de l'Adige, le pont de Vérone fut emporté, à l'exception de l'arche centrale sur laquelle était bâtie une maison dont les habitants, penchés aux fenêtres, imploraient l'aide des riverains. L'arche s'affaissait a vue d'oeil. «Cent louis, » cria le comte Spolverini, « à qui s'exposera pour sauver ces inal- » heureux ! * Un jeune paysan sortit de la foule, sauta, dans un bateau et gagna le large. Ayant réussi, non sans peine, à aborder au lieu du danger, il recueillit toute la famille dans son bateau, et se dirigea de nouveau vers la rive, où il débarqua tout son monde sain et sauf, « Voici votre argent, mon

brave, lui dit alors le comte. Mais le jeune homme : « Je « n'expose pas ma vie pour de l'argent; donnez cela à cette

pauvre famille qui en a grand besoin. » L'esprit du vrai gentilhomme parlai! par la bouche de ce paysan.

M. Turnbull, dans son ouvrage sur l'Autriche, raconte, pour montrer comment le gouvernement de ce pays est redevable aux qualités personnelles de ses princes de la place qu'il occupe dans les affections du peuple, une jolie anecdote du défunt empereur François. « A l'époque où le cho- '• léra sévissait à Vienne, l'empereur, se promenant dans » les rues de la ville et des faubourgs, accompagné d'un » aide de camp, rencontra un mort que l'on emportait sur » un brancard et que nul n'accompagnait au champ du ■ repos. Frappé d'une circonstance si extraordinaire, il en

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