‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 22 sur 133 · LA MACHINE A VAPEUR · texte numérisé non relu

LA MACHINE A VAPEUR

ployé par le prince de Galles à dessiner des grottes , des fonlaines et d'autres ornements hydrauliques destinés à l'embellissement des jardins du palais de Richmond. Il donna en outre des leçons de dessin à la princesse Elizabeth , et, lorsque celle-ci épousa l'Electeur Palatin, il l'accompagna en Allemagne , où il fut nommé conservateur du palais et des jardins d'Heidelberg. Ce fut là qu'il écrivit l'ouvrage intitulé les Raisons des forces mouvantes, ouvrage qui fut publié à Francfort, en 1615. Le système proposé par lui pour soulever l'eau à l'aide du feu reproduisait en partie les idées de Héron : il en différait en ceci, qu'il substituait comme moyen de se servir de la vapeur la pression sur un liquide à la réaction sur un tube.

L'idée de Héron, de Branca, de Salomon de Caus, ne fut pas perdue. Elle passa dans d'autres esprits et y fructiGa. Un autre prisonnier illustre, le marquis de Woreester, ayant été envoyé à la Tour de Londres, sous prétexte d'une trahison supposée, tourna ses pensées vers la puissance de la vapeur qu'il étudia longtemps et patiemment; et lorsqu'il fut rendu à la liberté, il inventa et construisit une machine à vapeur à haute pression, dont on se servit pendant quelque temps pour pomper l'eau de la Tamise. Quelques défauts firent abandonner cette machine; mais trente ans plus tard le sujet fut de nouveau repris par Thomas Savery, qui inventa la première machine à condensation , machine dont le modèle fut exposé devant la Société royale de Londres, en l'année 1698. ha pompe à feu, comme on appelait alors cette machine, avait été depuis plusieurs années un sujet de discussion à la Société royale, et un illustre exilé proteslant français , le docteur Denis Papin , curateur de la Société , y avait illustré la puissance de la vapeur à l'aide de nombreux écrits et d'expériences non moins nombreuses.

Denis Papin était né à Blois, vers le milieu du dixseptième siècle, et avait été élevé pour la profession de

médecin. Après avoir pendant quelque temps exerce la médecine à Paris avec succès, il s'appliqua à l'étude de la physique et de la mécanique , qui suffit bientôt à occuper toute son attention, et, sous le célèbre Huyghens, il fit de rapides progrès. Vu l'incapacité légale dont les protestants de France étaient alors frappés, il résolut, en 1681 , de dire adieu à son pays, et se réfugia, ainsi que des milliers de ses compatriotes , en Angleterre. 11 fut admirablement reçu par les savants de ce pays, notamment par le célèbre IJoyle, sous les auspices duquel il devint membre de la Société royale, dont il fut nommé curateur salarié. Celle position l'obligeait à produire quelque expérience nouvelle à chaque réunion de la Société , et ce fut là qu'il développa plusieurs de ses importantes inventions, entre autres son célèbre iligcsteur , qui excita un liant degré d'intérêt. Il donna même un soir aux membres de la Société un souper préparé à l'aide du ilifjesleur , souper dont Kvelyn a consigné dans son journal un compte rendu fort amusant. Papin lut aussi, sur la mécanique, la pneumatique et l'hydrostatique, des rapports remarquables qui sont conservés dans les Transactions de la Société.

Sa réputation s étant étendue en Allemagne, Papin se vit offrir, en !(><S7, la chaire de mathématiques de l'Université de Marbourg , qu'il accepta. Là, il poursuivit ses expériences , et il en publia les résultats dans les journaux anglais et allemands de l'époque. Dans un rapport sur les différents usages de la poudre à canon, envoyé par lui à la Société royale, en 1687, il propose formellement, pour l'épuisement de l'eau des mines et pour d'autres usages , l'emploi de la vapeur comme force motrice. Dans son iligesleur, il appliquait à la machine à vapeur le piston de la pompe aspirante ordinaire, et le faisait mouvoir dans un cylindre, se servant de la vapeur pour le soulever. L'énorme force requise par ses digesteurs et les moyens auxquels il fut obligé d'avoir

recours pour en maintenir les couvercles, durent lui révéler de bonne heure la puissance de l'agent dont il se servait; et c'est là sans doute ce qui le conduisit à poursuivre ses investigations et à leur donner pour but l'application pratique de cet agent comme force motrice.

Pendant son séjour en Angleterre, il avait été témoin d'une expérience très-satisfaisante faite sur la Tamise avec un bateau construit sur les dessins du prince palatin Robert, bateau qui marchait à l'aide de palettes ou aubes tournantes mues par des chevaux. Il fut aussi présent, durant une visite ultérieure qu'il fit à Londres, en 1698, à un autre essai fait sur la Tamise avec le bateau à roues à aubes de Savery, bateau dont les roues étaient mues par des hommes. Et enfin il fut présent vers la même époque (1698) à la réunion de la Société royale où Savery, pour la première fois, exposa le modèle de sa machine à vapeur. Ce fut alors que Papin conçut l'idée de combiner les deux systèmes, c'est-àdire d'employer la vapeur pour faire tourner les roues à aubes , et d'assurer par ce moyen aux vaisseaux un mouvement indépendant des vents et des marées. Une fois établi à Marbourg comme professeur de mathématiques, il s'occupa activement de donner un corps à ses idées , c'est-à-dire de construire une machine; et une longue correspondance, précieusement conservée jusqu'à ce jour à la bibliothèque royale de Hanovre, eut lieu à ce sujet entre Leibnitz et lui. De cette correspondance il ressort que Papin se livra, pour résoudre le problème en question , à des études longues et laborieuses, dans lesquelles il rencontra bien des difficultés et essuya bien des échecs.

Au bout d'environ quinze ans d'application soutenue, Papin réussit enfin à construire et à ajuster à un bateau une machine modèle ' qui marchait à sa satisfaction et

1 Elle est ainsi décrite : « Une petite machine d'un vaisseau à roues. » Ce n'était probablement qu'un modèle ou patron en petit, sur lequel d'autres vaisseaux pouvaient être construits.

qu'il désirait beaucoup envoyer à Londres, pour qu'elle y fut mise à répreuve. « 11 est important, » dit-il à Leibnilz (7 juillet 1707), «que ma nouvelle construction de » bateau soit mise à l'épreuve dans un port de mer comme » Londres, où on pourra lui donner assez de profondeur » pour y appliquer la nouvelle invention, qui, par le moyen » du feu , rendra un ou deux hommes capables de faire » plus d'effet que plusieurs centaines de rameurs. ■• Papin eut quelque difficulté à obtenir des autorités la permission requise pour que son bateau put passer de la Fulde dans le W'eser à Munden; mais, lorsqu enfin le bateau arriva à Munden , il fut saisi et détruit par les bateliers. Le modèle de la machine fut cependant sauvé et envoyé à Cassel , où il fut malheureusement détruit aussi durant l'occupation de cette ville par les Français, en 180G '. On dit cependant que les dessins originaux sont encore dans la bibliothèque du roi à Hanovre; mais ils n'ont jamais été examinés.

L'année qui suivit le malheur arrivé à son bateau modèle, à Munden, Papin écrivit à ses vieux amis de la Société royale de Londres, pour les prier de lui avancer l'argent nécessaire à la construction d'une autre machine assez puissante pour être employée « à mouvoir des vaisseaux » , Mais la Société, probablement à cause de la dépense, ne crut pas pouvoir donner à Papin l'aide qu'il demandait. Deux ans après, usé par l'anxiété, l'illustre exilé mourut, laissant à d'autres le soin d'appliquer et de réaliser les grandes idées qu'il avait conçues au sujet de la locomotion à la vapeur. Il faut néanmoins reconnaître que Papin, tout fertile qu'il était en conceptions, eut à lutter contre le sérieux désavantage de n'être pas lui-même ouvrier. Celui qui est obligé de se servir, pour faire exécuter ses inventions, des yeux et des mains d'autrui , doit de toute nécessité faire peu

1 Le cylindre de la machine fut seul préservé. Il se trouve aujourd'hui entre les mains des MM. Henschell de Cassel.

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