LE GENIE, C'EST LA PATIENCE
» m'appliquer à mon sujet avec toute l'énergie dont mon » esprit est capable, a
Tant de résultats extraordinaires ont été obtenus tout simplement à force d'application et de persévérance, que beaucoup d'esprits distingués en sont venus à douter que le génie soit un don aussi exceptionnel qu'on le suppose généralement. Voltaire, entre autres, tenait pour certain qu'il n'y a qu'une bien mince ligne de séparation entre L'homme de génie et l'bomme d'une intelligence ordinaire. Beccaria allait plus loin : il était d'avis que tous les bommes pourraient être poètes et orateurs-, et Reynolds, qu'ils pourraient tous être peintres ou sculpteurs. S'il en était réellement ainsi, il faudrait bien reconnaître qu'il n'était pas après tout si loin de la vérité, l'Anglais naïf qui, à la mort de Canova, demandait au frère de celui-ci « s'il n'avait pas » l'intention de continuer les affaires » . Locke, Helvétius et Diderot croyaient que tous les hommes peuvent également devenir des bommes de génie, et que tout ce que les uns accomplissent, sous l'influence des lois fondamentales qui règlent la marche de l'intelligence humaine, les autres au#si l'accompliraient, si, dans les mêmes circonstances, ils s'appliquaient de la même manière aux mêmes travaux. Cependant, tout en admettant pleinement la prodigieuse puissance du travail, et tout en reconnaissant le fait incontestable que les plus grands génies furent aussi les travailleurs les plus infatigables, il n'en reste pas moins évident que sans les beureuses dispositions dont la nature les avait doués, nul labeur, quelque bien dirigé qu'il eut pu être, n'eût produit un Sbakcs>:eare, un Newton, un Beethoven ou un Micbel-Ange.
Un simple coup d'œil jeté en passant sur la biographie des grands bommes suffit pour nous convaincre de la vérité de ce fait, que les plus distingués parmi les inventeurs, les artistes, les penseurs, en un mot, les travailleurs de toute
sorte, ont dû en grande partie leurs succès à leur infatigable activité. Sous la main de ces hommes-là, tout se change en or même le temps. Disraeli l'aîné professait que tout le secret du succès est de bien posséder son sujet, ce qui, du reste, exige une étude et une application continuelles. Aussi voit-on que les hommes qui font le plus avancer le monde ne sont pas tant des hommes de génie, à proprement parler, que des hommes doués de fortes capacités ordinaires, des travailleurs dont rien ne peut fatiguer ni rebuter la persévérance et la confiance en eux-mêmes, des hommes qui ne brillent peut-être pas par des capacités naturelles transcendantes, mais qui s'appliquent à leur œuvre, quelle qu'elle soit, avec une ardeur qu'aucune difficulté ne peut décourager. « Hélas! » disait une pauvre veuve, en parlant de sou brillant et volage fils, «il n'a pas le don de la persévérance. » En effet, ces natures inconstantes, qui ne s'attachent à rien avec suite et fermeté de propos, se voient distancées dans la carrière nonseulement par les natures diligentes, mais même par les natures lourdes. Le proverbe italien a bien raison: « Che » va piano, va longano, e va lontano. » Aussi est-ce déjà*un grand point que de parvenir à bien discipliner notre aptitude au travail. Cela fait, la lutte est comparativement facile. Mais, nous ne saurions trop le répéter, la facilité vient avec l'habitude du travail; et, sans insister sur ce fait, que le plus simple des arts ne peut se cultiver sans travail , de quelles difficultés, avec son secours, n'arrive-l-on pas à se jouer ! Ce fut grâce à une discipline précoce et à des exercices souvent répétés que le célèbre Hobert Peel cultiva les talents remarquables, bien que naturellement médiocres, auxquels il dut de briller d'un si grand éclat dans le parlement anglais. Dès l'âge le plus tendre, il lui fallut, pour complaire aux désirs de son père, s'habituer à parler debout, à table et devant tout le inonde, sans préparation