DAVY ET FARADAY
fioles et les pots de la pharmacie de son maître étaient sans remords mis en réquisition. Un navire français ayant fait naufrage au cap de Land's End , il arriva que le chirurgien du navire échappa, sauvant avec lui sa caisse d'instruments , dans laquelle se trouvait une vieille machine à donner des clystères. Ce chirurgien fit la connaissance de Davy, et lui offrit le précieux instrument, que celui-ci reçut avec une grande.joie, et qu'il employa aussitôt comme pièce principale d'un appareil pneumatique qu'il venait d'imaginer : il s'en servit aussi plus tard comme d'une pompe à air, pour faire des expériences sur la nature et les sources de la chaleur.
Il y a du reste une grande ressemhlance sur ce point entre l'histoire de Davy et celle de son successeur Faraday, qui fit ses premières expériences sur l'électricité avec une vieille houteille. Il était alors ouvrier relieur, et c'est un fait curieux que sa vocation pour la chimie fut déterminée par un cours en quatre leçons fait sur ce sujet par Humphry Davy, à l'Institut royal de Londres. Un memhre de cet institut, ayant affaire un jour dans la boutique où Faraday était occupé a son travail de reliure, s'aperçut que celui-ci parcourait «à la hâte l'article Électricité dans une encyclopédie qui lui avait été donnée à relier. Ayant demandé des renseignements sur Faraday, il apprit que le jeune homme avait du goût pour ce genre d'études, et il lui donna une carte d'admission pour l'Institut, où celui-ci suivit le cours de Humphry Davy. Faraday prit des notes pendant les leçons, et en fit un résumé qu'il montra au professeur, lequel reconnut l'evactitude scientifique du résumé, et ne fut pas peu surpris en apprenant l'humble position de son auteur. Faraday exprima alors le désir qu'il avait de se dévouer entièrement à l'étude de la chimie, ce dont sir Humphry essaya de le dissuader; mais le jeune homme faisant preuve de persistance, on l'admit en qualité d'aide à Y Institut royal , et le
jour arriva enfin où le manteau du brillant élève apothicaire tomba sur les épaules , bien dignes de le recevoir, du non moins brillant apprenti relieur.
La note suivante , que Davy consigna dans son journal , lorsque, à l'âge d'environ vingt ans, il travaillait dans le laboratoire du Dr Beddoes, à Bristol, le caractérise parfaitement : u Je n'ai ni fortune, ni naissance, ni influence pour » me recommander; cependant , s'il m'est donné de vivre, » je compte bien n'être pas moins utile à l'humanité et à mes » amis que si j'étais né avec tous ces avantages. » Davy pouvait, — et cette faculté distingue aussi Faraday, — apporter une énorme concentration d'esprit à l'étude pratique et expérimentale d'un sujet quelconque sous tous ses points de vue ; et il est rare qu'avec une pareille faculté, on n'arrive pas, ne fùt-cc qu'à force de travail et de patiente réflexion, à des résultats de la plus haute importance. Coleridge disait de Davy : Il a une vivacité cl une élasticité d'esprit qui » lui permettent de saisir et d'analyser toutes les questions, » et d'en tirer toutes les conséquences légitimes. Chaque » sujet trouve dans son esprit un principe de vitalité. Les » pensées, comme un gazon, poussent toutes vives sous » ses pas. » Davy, de son côté , disait de Coleridge, dont il admirait fort les talents : « Avec un génie supérieur, des » vues larges, un esprit éclairé et un cœur sensible, il sera » toujours victime d'un certain manque d'ordre, de préci- » sion et de régularité. »
Le grand Cuvier était un observateur singulièrement exact, attentif et laborieux. Tout enfant, il fut attiré vers l'étude de l'histoire naturelle par la vue d'un volume de Billion qui lui tomba par hasard sous la main. Il se mit à en copier les dessins et à les colorer d'après les descriptions données dans le texte. Plus tard, à l'école, un de ses maîtres lui fit cadeau du Système de la nature, de Linnéc ; et cet ouvrage, pendant plus de dix ans, constitua toute sa
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bibliothèque d'histoire naturelle. A dix-huit ans il se vit offrir une place d'instituteur dans une famille qui résidait à Féeamp, en Normandie. Là, le voisinage de la mer le mit en présence des merveilles de la vie marine. Se promenant un jour sur la grève, il trouva une seiche échouée sur le sable, dette bête curieuse excita son attention. Il l'emporta pour la disséquer, et commença ainsi l'étude des mollusques, à laquelle il dut plus tard une partie de sa grande réputation. 11 n'avait d'autre livre à consulter que le grand livre de la nature , qui , il est vrai , était toujours ouvert devant lui ; et cette étude directe des objets toujours nouveaux, toujours divers, toujours intéressants qu'il contient, fit une impression infiniment plus profonde sur son esprit que n'eussent pu le faire toutes les descriptions et toutes les gravures du monde. Trois années s'écoulèrent ainsi , durant lesquelles il compara toutes les espèces vivantes d'animaux marins avec les fossiles du voisinage , disséqua tout ce qui lui tomba sous la main, et, par ses belles et nombreuses observations, prépara la voie à une réforme complète de la classification du règne animal. Vers cette époque, Cuvier trouva un cligne appréciateur de ses travaux dans le savant abbé Tessier, qui fit un tel éloge de lui à Jussieu et à d'autres amis à Paris, que Cuvier fut prié d'envoyer quelques-uns de ses écrits à la Société d'histoire naturelle, et qu'il fut quelque temps après nommé suppléant de la chaire d'anatomie comparée au Muséum. Tessier disait dans la lettre qu'il écrivit à Jussieu pour appeler son attention sur les travaux du jeune naturaliste -. « Vous vous souvenez que c'est moi qui ai donné De- » lambre à l'Académie : dans un autre genre, ce sera aussi » un Delambre. » Il est à peine nécessaire d'ajouter que la prédiction de Tessier fut plus que justifiée.
Hugh Miller, le tailleur de pierre et géologue de Cromarty, n'était pas à beaucoup près un homme aussi distingué, mais il ne s'appliqua pas à ses études scientifiques avec
moins d'ardeur et de dévouement que Cuvicr. Il a lui-même raconté l'histoire de sa vie dans un livre intitulé « il/// » Schooh and Schoolmasters » (Mes Écoles et mes Maîtres) : c'est l'histoire de la formation d'un caractère vraiment noble et indépendant chez un homme appartenant par sa naissance à la plus humble des conditions ; c'est un des meilleurs exemples de self-help et de self-respecl que l'on puisse citer. Son père ayant trouvé la mort dans un naufrage, il se vit, tout petit enfant, laissé aux soins de la pauvre veuve sa mère. Il alla bien à quelque espèce d'école, mais ses meilleurs maîtres furent les enfants avec lesquels il joua, les hommes parmi lesquels il travailla, les parents et les amis au milieu desquels il vécut. Il lut beaucoup et de tout, et glana dans la compagnie des cultivateurs , charpentiers , pécheurs, matelots, vieilles femmes, et même dans celle des vieux cailloux du rivage, les plus étranges bribes de savoir. Armé d'un gros marteau qui avait appartenu à son aïeul , un vieux boucanier, l'enfant s'en allait frappant les rochers, brisant les cailloux, et se faisant, dès l'âge le plus tendre, une collection d'échantillons de mica, de porphyre, de grenat el d'autres roches. Quelquefois aussi il dirigeai! ses pas vers les bois, et là, comme près de la mer, il donnait son attention aux curiosités géologiques qu'il trouvait en son chemin. En le voyant ainsi occupé parmi les pierres et les rochers de la plage, les valets de ferme , qui venaient charger leurs tombereaux de varech, lui demandaient quelquefois, avec une naïve ironie, s'il trouvait de l'argent parmi les pierres; et il n'eut jamais le bonheur de pouvoir répondre affirmativement à leur question. Ses oncles désiraient qu'il se fit prêtre : le rêve de bon nombre d'ambitieux pauvres en Ecosse est de voir quelqu'un de leur famille en possession de la chaire. Ces excellents oncles voulaient même, quoiqu'ils n'eussent pour toute richesse que le travail de leurs mains, payer les frais de son éducation. Mais le jeune