HUGH MILLER
homme ne se sentait pas de vocation pour le ministère, et ses oncles durent abandonner leur idée. Quand le temps fut venu de choisir un métier, Hugh, suivant son inclination, se fit tailleur de pierre ; et ce fut dans une carrière donnant sur l'embouchure de la Cromarty qu'il commença à travailler. Cette carrière fut pour lui une excellente école. Les remarquables formations géologiques qu'elle révélait éveillèrent sa curiosité, et il ne manqua pas, lui qui trouvait matière à observation et à réflexion dans les sujets qui promettaient le moins, de remarquer dans cette carrière une couche inférieure de roche d'un rouge foncé et une couche supérieure d'argile d'un rouge pale. Où les autres hommes ne voyaient rien, il découvrait des ressemblances, des différences, des particularités, des analogies qui lui donnaient fort à penser. Du reste, il n'eut qu'à tenir tout simplement ses yeux et son esprit ouverts, et à rester sobre, diligent et persévérant : ce fut là tout le secret de son développement intellectuel.
Sa curiosité fut excitée et entretenue par de curieux débris organiques de poissons, de fougères et d'ammonites, appartenant principalement à des espèces disparues que l'action des vagues sur la côte mettait à découvert, ou qui tombaient sous lés coups de son marteau de maçon. Jamais, du reste, il ne perdit de vue son sujet; jamais il ne cessa d'accumuler les observations et de comparer entre elles les diverses formations ; de sorte qu'à la longue, lorsque, bien des années après, il eut cessé de travailler comme tailleur de pierre, il se trouva en possession de tous les matériaux nécessaires pour composer l'ouvrage qu'il publia sous le titre de The Old red Sandsione (le Vieux grès rouge), ouvrage qui suffit pour lui faire la réputation d'un savant géologue. Mais ce livre fut le fruit de longues années de recherche et d'observation patiente , et il dit modestement dans son autobiographie : « Le Seul mérite auquel je prétende est
» d'avoir fait preuve de patience et de persévérance dans » mes recherches; et qui le voudra fortement peut en cela » rivaliser avec moi, et même me surpasser : du reste, celte » humble- faculté, la patience, peut, convenablement diii- » gée , conduire à des développements d'idée plus cxtraordi- » naires que ceux même dont le génie est la source. »
Ce n'est donc pas tant le hasard que la volonté et l'activité persévérante qui sont utiles dans ce monde. Ces qualités sont celles qui donnent à un homme la vivacité d'esprit nécessaire pour reconnaître les occasions favorables et poulies saisir au moment où elles se présentent. A celui qui n'a ni but, ni activité, ni ressort, les occasions les plus heureuses ne servent de rien : il passe à coté d'elles sans s'apercevoir même qu'elles existent. Mais si l'on est prompt à saisir et à mettre à profil les instants de répit, même les plus courts, on sera vraiment étonné de tout ce que l'on peut accomplir par ce moyen. Watt, quand il voulut apprendre la chimie et la mécanique, n'abandonna pas pour cela sou métier de fabricant d'instruments de mathématiques : il se contenta d'employer utilement ses loisirs et de profiter de toutes les occasions qui s'offrirent à lui de s'instruire dans les langues, la littérature et les principes des sciences qu'il voulait apprendre. Ce fut pendant les instants de repos que lui laissait son service de nuit que Stephenson, alors ouvrier mécanicien, apprit l'arithmétique et la géométrie ; et ce fut pendant les heures de loisir qu'il pouvait passer chez lui qu'il étudia la mécanique, se préparant ainsi sans relâche pour la grande œuvre qu'il devait accomplir, — l'invention de la locomotive. L'assiduité au travail fut chez Dalton l'habitude de toute sa vie. Il commença de bonne heure, car à douze ans il tenait déjà une petite école de village, ceci durant l'hiver; en été il travaillait à la ferme de son père. Quoique appartenant à la secte des quakers, il s'encourageait quelquefois à l'étude, aussi bien que ses