‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 39 sur 133 · AMBROISE PARK · texte numérisé non relu

AMBROISE PARK

et du latin , et le poursuivirent de citations empruntées aux. anciens auteurs , citations qu'il ne pouvait en effet ni vérifier ni réfuter. Mais sa meilleure réponse aux attaques de ses adversaires consistait dans l'humanité, l'habileté et le succès de sa pratique. A cor et à cri et de tous côtés les soldats blessés demandaient Paré, qui, du reste, était toujours à leur service et qui les traitait non -seulement avec soin, mais avec affection, leur disant d'ordinaire en les quittant: « Je t'ai pansé, Dieu te guérisse ! »

Au bout de trois ans de service comme chirurgien militaire, il revint à Paris, précédé par une telle réputation qu'il fut aussitôt nommé chirurgien de Henri II. Mais après un court intervalle de repos, nous le trouvons de nouveau sur le chemin des camps. Tons les ans, au printemps, il partait avec l'armée et ne revenait à Paris qu'à la fin de la campagne. Quand Metz fut assiégée par Charles-Quint , la garnison eut à souffrir de cruelles pertes, et le nombre des blessés devint très-grand. Les chirurgiens, peu nombreux et incapables, tuaient, selon toute apparence, plus de soldats que les Espagnols. Le duc de Guise, qui commandait la garnison, écrivit au roi pour le supplier d'envoyer Paré à leur secours. Le brave chirurgien partit aussitôt, et bravant les plus grands dangers, entre autres, comme il le dit, « d'estre pendu, cstranglé, ou mis en pièces » , il réussit à passer les lignes de l'ennemi et a entrer dans Metz. Le duc, les généraux et les capitaines lui firent le plus affectueux accueil, lui disant «que désormais ils n'avaient t> plus peur de mourir, s'il advenait qu'ils fussent blessés » ; et les soldats, quand ils apprirent son arrivée, se mirent à crier: «Nous ne craignons plus de mourir de nos blessu- * res, notre ami est parmi nous. » L'année suivante, Paré se trouva avec les assiégés dans la ville de Hesdin, qui tomba au pouvoir du duc de Savoie , et il y fut fait prisonnier. Mais , ayant réussi à guérir d'une blessure grave un des

principaux officiers de l'ennemi, il fut mis en liberté sans rançon cl retourna sain et sauf à Paris.

Il consacra le reste de sa vie à l'étude, à des exercices de piété et à de bonnes œuvres. Sur les instances de quelques-uns des plus savants de ses contemporains, il consigna les résultats de son expérience chirurgicale dans divers ouvrages qui furent publiés par lui à différentes époques et qui forment vingt-huit livres. Les plus importants sont inlitulés Manière de traiter les ploies faites par arquebuses, et Tentatives pour arriver à la ligature immédiate (/es artères. Ses écrits sont surtout précieux par la grande quantité de faits et de cas divers qu'ils contiennent, et par le soin avec lequel l'auteur évite de donner des directions qui ne reposeraient que sur des théories et ne s'appuieraient pas sur l'observation.

Paré continua, quoique protestant, à remplir les fondions de chirurgien ordinaire du roi, et il ne dut la vie, lors du massacre de la Saint-Barthélémy, qu'à l'amitié personnelle de Charles IX, à qui, c'est lui-même qui nous L'apprend, il avait rendu l'important service de le guérir d'une blessure du nerf médian accidentellement attaqué dans une saignée. Brantôme raconte ainsi dans ses Mémoires comment à son tour le roi sauva la vie à Paré : "Il l'envoya quérir et venir » le soir dans sa chambre et garde-robe, lui commandant » de n'en bouger, et disant qu'il n'était pas raisonnable qu'un » homme qui pouvait rendre la vie à tout un petit monde » fût ainsi massacré. » Voilà donc comment Paré échappa aux horreurs de cette horrible nuit, et put vivre encore de longues années et mourir, à Paris, chargé d'ans et d'honneurs, en 1590.

Les difficultés que le docteur Jenner eut à surmonter pour propager et faire triompher sa découverte de la vaccine, furent plus grandes encore que celles contre lesquelles Harvey avait eu à lutter. Bien des gens avant lui avaient

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examiné la maladie particulière à laquelle la vache a donné son nom, et avaient eu connaissance du bruit qui déjà courait parmi les laitières du (ilouccstershire, que quiconque avait eu la maladie des vaches était assuré contre la petite vérole. C'était, il est vrai, une rumeur vague, qui n'avait cours que dans le vulgaire, à laquelle on n'accordait aucune importance, et que nul, avant Jenner, n'avait jugée digne d'examen. Ce fut donc par hasard que cette rumeur vint à ses oreilles. Une fille de la campagne étant venue un jour consulter à Sodbury l'homme de l'art auprès duquel Jenner, jeune alors, étudiait, la fille des champs, sur la mention qui fut faite de la petite vérole, s'écria: >c Je ne puis pas l'avoir, car j'ai eu la vaccine. » Cette observation fixa fortement l'attention de Jenner, et il se mit aussitôt à faire des recherches et des observations sur ce sujet. Ceux de ses collègues avec lesquels il était lié et auxquels il lit part de ses vues sur les vertus prophylactiques de la vaccine, se moquèrent de lui et le menacèrent même de l'expulser de leur société , s'il persistait à leur rompre la cervelle de cette folie. Mais à Londres il eut le bonheur d'étudier sous John Hunter, auquel il communiqua ses vues. L'avis du grand anatomiste est profondément caractéristique: «Ne pensez pas, essayez; surtout soyez » patient et exact. » Cet avis, résumé succinct de toute la méthode d'observation, rendit le courage à Jenner. Il s'en retourna à la campagne, et, tout en exerçant sa profession, poursuivit ses observations et ses expériences pendant une période de vingt années. Sa foi personnelle en sa découverte était si complète qu'il vaccina son propre fils en trois occasions différentes. Enfin, il exposa ses vues dans un inquarto d'environ soixante-dix pages, où il donna les détails de vingt-trois cas dans lesquels la vaccination avait si parfaitement réussi qu'il avait été impossible après cela de communiquer, soit par contagion, soit par inoculation, la

petite vérole aux individus vaccinés. Ce ne fut qu'en 1798 que ce traité fut publié , quoique Jenner eût travaillé à développer ses idées depuis 1775, époque à laquelle elles commencèrent à prendre forme.

Mais comment fut reçue cette découverte? Avec indifférence d'abord, puis avec hostilité. S'étant rendu à Londres pour exposer au corps médical le procédé de la vaccination et ses heureux résultats, il ne put pas décider un seul docteur à en faire l'essai, et, après avoir passé dans une attente vainc près de trois mois, il dut s'en retourner chez lui. On ne manqua pas de faire des caricatures sur sa découverte et de le représenter comme aspirant à beslialiser ses semblables, en inlroduisant dans leur système des matières putrides empruntées au pis des vaches malades. La vaccine fui dénoncée du haut de la chaire comme (//abolir/ ue. On alla jusqu'à assurer que les enfants vaccinés prenaient en grandissant une face bovine, que des abcès se déclaraient sur leur tète indiquant la place des cornes, et que toute la physionomie se changeait peu à peu en une physionomie de radie, et h' roi. r en un mugissement de taureau. La vaccine cependant était une vérité, et, peu à peu, malgré la violence de l'opposition que la publication de sa découverte avait soulevée, on commença à y croire. Dans un village où un adepte de Jeûner chercha à en introduire la pratique, les premières personnes qui se soumirent à cette opération furent poursuivies à coups de pierre et pendant quelque temps ne purent sortir de chez elles. Deux dames nobles , lady Ducic et la comtesse de Berkeley, eurent le courage, — cela soit dit à leur honneur, — de vacciner leurs propres enfants, et les préjugés de l'époque furent à leur tour foulés aux pieds. Le corps médical, peu à peu, fit aussi volte-face, et il y en eut même qui, lorsque l'immense importance de la vaccine vint à être reconnue, cherchèrent à dépouiller Jenner du mérite de sa découverte. La cause de Jenner

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triompha cependant à la longue, et le jour vint où des récompenses et des honneurs publics lui furent décernés. II ne se montra pas moins modeste dans la prospérité qu'il ne l'avait été dans les jours difficiles : invité à venir s'établir à Londres, où il pouvait, lui disait-on, avoir en peu de temps une magnifique clientèle et gagner au moins 10,000 liv. sferl. (250,000 francs) par an , il répondit: « Non ! Au » malin de la vie j'ai choisi les sentiers obscurs et peu fré- » qu entés , la vallée et non la montagne- maintenant que » le soir est venu, il ne me convient pas de me donner en * spectacle et d'emprunter les manières d'un courtisan de » la fortune et de la renommée. » Du vivant même de Jenner, la vaccine fut adoptée dans tous les pays civilisés , et quand il mourut ses droits au titre de bienfaiteur de l'humanité étaient déjà universellement reconnus. « La vaccine lut-elle » la seule découverte de l'époque, » a dit Cuvicr, t. elle » suffirait encore à rendre cette époque à jamais illustre. » Sir Charles Bell ne se montra ni moins patient, ni moins résolu , ni moins persévérant dans la poursuite des belles découvertes qu'il fit sur le système nerveux. Jusqu'à lui les notions les plus confuses avaient prévalu sur tout ce qui concerne les fonctions des nerfs, et, à vrai dire, cette branche de la science n'était guère plus avancée de son temps qu'elle ne l'était du temps de Démocritc et d'Anaxagoras , c'est-à-dire il y a trois mille ans. Charles Bell, dans la précieuse série d'écrits dont il commença la publication en 1821 , envisagea ce sujet sous un point de vue tout nouveau et très-original, qui lui fut suggéré par une longue suite d'expériences non moins remarquables par leur nombre que par l'exactitude et le soin avec lesquels elles furent faites. Traçant dans tous ses détails le développement du système nerveux , depuis les êtres informes qui grouillent au bas de l'échelle animale jusqu'au roi de la création, l'homme, il en fit, pour nous servir de ses propres expressions, «un

b exposé aussi clair que s'il s'était trouvé tout écrit dans notre » langue maternelle » . Sa grande découverte consistait dans l'observation de ce fait, que les nerfs spinaux sont doubles dans leur fonction, et que, prenant naissance par de doubles racines dans la moelle épinière, ceux des nerfs qui tiennent à une racine transmettent les volitions , tandis que ceux qui tiennent à l'autre transmettent les sensations. L'étude de ce sujet ne prit pas à Charles Bell moins de quarante ans, et ce ne fut qu'en 1840 qu'il présenta son dernier mémoire à la Société royale. Comme Harvey et Jenncr, il eut le bonheur de vivre assez longtemps pour voir ses idées triompher du ridicule et de l'opposition qu'elles avaient d'abord rencontrés; mais, comme eux aussi, il se vit, lorsque la justesse de ses vues fut enfin reconnue, disputer la priorité de la découverte par de nombreux rivaux, tant en Angleterre qu'à l'étranger. Enfla , pour compléter la ressemblance de leurs destinées, la publication de ses précieux mémoires lui coûta, comme à eux, la perle d'une partic de sa clientèle, et lui-même il a soigneusement noté ce fait , qu'à chaque nouveau progrès accompli dans la voie des découvertes, il eut à redoubler de travail pour conserver sa réputation comme praticien. A la longue, cependant, les grands mérites de Charles Bell furent pleinement reconnus; et, entre autres hommages qui lui furent rendus par ses contemporains, nous pouvons citer ce fait singulier, que Cuvier, sentant, sur son lit de mort, les muscles de sa propre face contournés et tirés de côté, fit remarquer à ceux qui l'entouraient à quel point cela confirmait l'exactitude de la théorie de Charles Bell.

Nous trouvons dans la vie de William Herschel un autre exemple bien remarquable du pouvoir de la patience et de la persévérance; mais il s'agit ici d'une autre branche de la science, l'astronomie. Le père d'Hcrschel, pauvre musicien allemand, avait quatre fils, musiciens comme lui. Wil-

liam , étant venu chercher fortune en Angleterre , s'engagea comme hautbois dans la musique de la milice de Durham ; et, le régiment se trouvant en garnison à Doucasler, le docteur Miller désira faire la connaissance d'Herschel, à qui il venait d'entendre jouer un admirable solo de violon. Le docteur entra donc en conversation avec le jeune homme, dont il fut si content, qu'il le pressa de quitter la musique du régiment et de venir passer quelque temps chez lui. Herschel accepta et profita de son séjour à Doncaster, nonseulement pour jouer du violon dans les concerts, mais pour étudier dans la bibliothèque du docteur Miller, durant ses heures de récréation. Un nouvel orgue ayant été construit pour l'église paroissiale d'Halifax , on fit savoir au public, par les journaux, qu'on avait besoin d'un organiste, sur quoi Herschel se présenta pour cet emploi et l'obtint. Tout en remplissant ses fonctions d'organiste et de professeur de musique à Halifax, il se mit, sans le secours d'aucun maître, à étudier les mathématiques. Bientôt après, la vie errante qu'il menait comme artiste le conduisit à Bath, où il joua dans l'orchestre de l'établissement des eaux, en même temps qu'il officiait comme organiste à la Chapelle Octogone. Quelques découvertes récentes en astronomie ayant fixé son attention et éveillé en lui un puissant esprit de curiosité, il réussit à emprunter à un ami un télescope de (iregory, de deux pieds. La science l'avait fasciné à un tel point, que, malgré sa pauvreté, il chercha à acheter un télescope; mais l'opticien de Londres auquel il s'adressa lui en demanda un prix si alarmant, qu'il prit la résolution d'en construire un lui-même. Ceuv qui savent ce que c'est qu'un télescope à réflexion, et l'habileté qu'il faut pour préparer le miroir métallique concave qui forme la pièce la plus importante de cet appareil, pourront se faire une idée de la difficulté de cette entreprise. Quoi qu'il en soit, après un long et pénible travail, Herschel réussit à. compléter un

réflecteur de cinq pieds, avec lequel il eut la satisfaction d'observer l'anneau et les satellites de Saturne. Peu satisfait de ce triomphe, il se mit à fabriquer successivement des instruments de sept, de dix et même de vingt pieds. En travaillant à la construction de son réflecteur de sept pieds, il ne finit pas moins de deux cents miroirs, avant d'en produire un avec lequel il put se servir des lentilles les plus grossissantes , ce qui peut donner une idée de la persévérance qu'il apportait au travail. Pendant qu'il se livrait à l'occupation sublime de l'exploration du ciel, il continuait à gagner modestement sa vie en jouant dans les concerts de l'établissement des eaux à Bath; mais sa passion pour les observations astronomiques était si grande qu'elle ne lui permettait pas d'attendre la lin du concert, et qu'il s'échappait durant les entr'acles pour aller à la haie donner un coup d'ceil à son télescope, après quoi , satisfait, il revenait à son hautbois. Tout en chassant ainsi deux lièvres à la fois, il découvrit, en dépit du proverbe, la planète Lranus. 11 calcula avec soin son orbite et la vitesse de son mouvement, et, ayant envoyé le résultat de ses calculs à la Société royale, il vit tout d'un coup son nom jusque-là obscur briller du vif éclat de la renommée. Il fut peu de temps après élevé au poste d'astronome royal , et à dater de ce jour, il se trouva, grâce aux bontés de George III , complètement à l'abri du besoin. Il ne supporta pas la bonne fortune avec moins d'humilité et de douceur qu'il n'avait supporté l'obscurité, et l'on peut dire que, parmi ceux des adeptes de la science dont la biographie universelle a enregistré les noms, il ne s'en trouve peut-être pas un autre qui ait fait preuve tout à la fois de tant de douceur et de patience, de tant de bonheur et de génie.

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