‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 41 sur 133 · CLAUDE LORRAIN · texte numérisé non relu

CLAUDE LORRAIN

» je ne cesse point d'y travailler intérieurement. » Rien ne peut mieux faire ressortir le caractère laborieux de feu sir Augustus Callcott que ce fait, qu'il ne fît pas moins de quarante esquisses différentes de son fameux Rocliester. Celte constante répétilion , dans l'art comme dans la vie elle-même, est une des conditions essentielles du succès.

Il ne faut rien de moins que l'infatigable ardeur dont il était animé pour expliquer le succès de Claude, le plus grand des paysagistes. Les circonstances au milieu desquelles le sort le lit naître étaient bien peu favorables au développement du génie artistique. Xé à Cbàteau de Chamagne, en Lorraine, de parents fort pauvres, il fut, dit-on, mis de très-bonne heure en apprentissage chez un pâtissier. Ayant eu, peu de temps après, le malheur de perdre ses parents , il alla vivre avec son frère, qui était sculpteur sur bois. Là, ses goûts artistiques commencèrent bientôt à se montrer, et un voyageur de commerce persuada à son frère de permettre au jeune homme de l'accompagner jusqu'à Rome. Claude partit, et, après bien des vicissitudes, nous le retrouvons remplissant les humbles fonctions de rapin chez Agastino Tassi, peintre de paysage bien connu. Ce fut là qu'il commença à acquérir des connaissances artistiques sérieuses. S'étant fait quelque réputation, il fit son tour d'Italie, de France et d'Allemagne, s'arrètant en divers lieux pour peindre des tableaux et regarnir son escarcelle. De retour à Home, il trouva ses œuvres plus recherchées que jamais, et, à partir de cette époque, il se consacra tout entier et pour toujours à la peinture du paysage. Ne se lassant jamais d'étudier la nature sous tous ses aspects , il passait une grande partie de son temps à copier minutieusement des bâtiments, des champs, des arbres, des feuilles et autres objets de ce genre qu'il finissait dans tous leurs détails, et qu'il gardait par devers lui

comme un approvisionnement où il puisait ensuite à pleines mains pour les besoins de ses grands paysages. 11 donnait aussi une grande attention à l'étude du ciel, dans la contemplation duquel il passait des journées entières , notant avec soin les divers changements que , de l'aube à la nuit , produisaient la croissance et la décroissance du jour. Par cette assiduité à l'étude, il acquit , lentement il est vrai, si l'on s'en rapporte à la tradition, mais sûrement, cette habileté de main et celle justesse de coup d'œil qui lui valurent plus tard d'être absolument le premier parmi les peintres de paysage.

Turncr, que l'on a surnommé le Claude anglais, n'eut pas une existence moins laborieuse. Destiné d'abord à l'état de barbier, qui était celui de son père, il travailla dans la boutique paternelle, à Londres, jusqu'au jour où l'esquisse d'un écusson d'armoiries qu'il avait faite sur un plateau d'argent ayant attiré l'attention d'un monsieur que son père était en train de raser, celui-ci engagea vivement le père à permettre à son fils de suivre sa vocation. Le père Turncr se (it tirer l'oreille, mais finit par consentir à ce que son fils quittât la profession d'artiste en cheveux pour celle d'artiste peintre.

Comme tous ceux de son âge qui se dévouent aux beauxarts, Turncr eut des difficultés d'autant plus grandes à surmonter qu'il se trouvait dans une position de fortune plus précaire. Heureusement il était de bonne composition , ne plaignait pas sa peine, et ne dédaignait aucun travail, quelque modeste qu'il fût. Il accepta, sans se faire prier, d'aller, à tant par soirée, laver des ciels à l'encre de Chine, se trouva très-heureux d'avoir à souper par-dessus le marché, et amassa par ce moyen un peu d'argent, tout en s'exerçant et gagnant lui-même en habileté. Il se mit ensuite à faire des dessins pour des guides, des almanachs et toutes sortes de livres illustrés à bon marché. « Qu'au-

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» rais-je pu faire de mieux? .> disait-il longtemps après, u c'était un excellent exercice. » A tout il travaillait avec soin et consciencieusement, ne passant jamais légèrement sur son ouvrage sous le prétexte qu'il était mal payé. Il était désireux d'apprendre autant que de gagner sa vie, faisait toujours de son mieux , et ne laissait jamais un dessin sans avoir ajouté quelque chose aux progrès réalisés dans la composition précédente. Un homme qui travaillait ainsi ne pouvait manquer de parvenir ; et la croissance de son génie en puissance et en étendue fut , pour nous servir de l'expression de Ruskin , « aussi constante » et aussi régulière que celle de la lumière du soleil à son » lever » .

L'art , quelques facultés artistiques que l'on ait reçues de la nature, n'est vraiment pas un jeu. Dans bien des cas cette vérité n'a pas attendu longtemps pour se manifester, et les exemples d'une précocité apparente ne manquent point dans la vie d'une foule de grands artistes. On connaît ce détail anecdotique de la vie de West : veillant un jour, h l'âge de sept ans, près du berceau de l'enfant de sa sœur aînée, il fut si vivement frappé de la beauté de l'enfant endormi , qu'il courut chercher du papier et se mit aussitôt à faire , à l'encre rouge et à l'encre noire, le portrait de l'enfant au berceau. Ce petit incident révéla l'artiste en lui, et l'on put voir dès lors qu'il serait impossible de le détourner de son penchant. S'il n'eût pas été gâté par de trop précoces succès, West eût pu être un bien plus grand peintre qu'il ne le fut; mais malheureusement il ne dut pas sa réputation à l'étude, aux épreuves et aux difficultés vaincues, et si sa renommée fut grande, en revanche, elle ne fut pas de longue durée.

Richard Wilson , lorsqu'il était enfant, s'amusait à Iracor avec un bâton brûlé des figures d'hommes et d'animaux sur les murs de la maison de son père. Il s'adonna d'abord à la peinture du portrait; mais étant en Italie, il lui

\A1 PUISSANCE DE L'APPLICATIOX DAMS LES ARTS.

arriva, un jour qu'il rendait visite àZucarelli, d'avoir à attendre celui-ci. Pour tromper l'ennui de l'attente, il se mit à peindre la vue sur laquelle donnait la fenêtre de la chambre de son ami ; et Zucarelli , arrivant sur ces entrefaites , fut si charmé de ce tableau, qu'il demanda à \\ ilson s'il n'avait pas étudié le paysage , à quoi celui-ci répondit que non. « Kh bien, » dit l'autre, « je vous conseille » de vous y mettre , car vous pouvez être sur d'avance a d'un grand succès. » Wilson suivit le conseil, étudia et travailla de son mieux, et devint le premier grand peintre de paysage de l'école anglaise.

Sir Joshua Reynolds, étant enfant, négligeait ses leçons et ne faisait que dessiner, ce dont son père avait coutume de le reprendre. L'enfant était destiné par ses parents à la profession médicale; mais L'instinct qui l'attirait vers les beaux-arts était trop fort pour être réprimé, et il devint peintre. Gainsborough , écolier, s'en allait esquisser dans les bois de Sudbury, et a douze ans c'était un artiste consommé, si un observateur et si rude piocheur, qu'aucune vue pittoresque, n'eût-il eu qu'une seule fois l'occasion d'en admirer l'effet, n'échappait à l'activité de son crayon.

William Blake, lils, lui, d'un bonnetier, ne trouvait rien de mieux (pie de dessiner des croquis sur le dos des factures de son père et de couvrir le comptoir d'esquisses. Edward Bird , n'ayant pas plus de trois ou quatre ans , grimpait sur les chaises pour dessiner sur les murs des ligures qu'il disait être des soldats anglais et français. On lui acheta une boite de couleurs, et son père, voulant faire servir à quelque chose son amour de l'art, le mit en apprentissage chez un fabricant de cabarets. Ce fut là le point de départ d'où il s'éleva, à force d'étude et de travail, au rang de membre de l'Académie royale de peinture.

Hogarth, qui d'ailleurs faisait un écolier très-borné, prenait plaisir à illustrer les lettres de l'alphabet, et ses cahiers

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étaient plus remarquables par les dessins dont il les embellissait que par la manière dont ses devoirs eux-mêmes étaient faits. Sous ce rapport il était au-dessous de tous les bétas de sa classe , mais pour les illustrations nul n'approcbait de lui. Son père le mit en apprentissage cbez un argentier, où il apprit cà dessiner et à graver sur l'argenterie de table des armoiries et des chiffres. De la ciselure sur argent, il passa à la gravure sur cuivre, qu'il apprit seul. Il s'appliquait principalement à graver des griffons et autres monstres héraldiques , et ce fut en se livrant h cette étude qu'il se trouva pris du désir de reproduire les variétés du caractère humain. La perfection singulière à laquelle il s'éleva dans cet art fut le résultat de ses études patientes et de ses observations attentives. 11 avait le don , qu'il cultiva avec le plus grand soin , de conserver si exactement le souvenir des traits principaux d'une figure remarquable quelconque, qu'il pouvait plus tard les reproduire sur le papier ; mais si quelque forme particulièrement fantastique ou exagérée s'offrait à ses regards, il en faisait aussitôt une esquisse sur l'ongle de son pouce, et de cette façon l'emportait chez lui pour l'y reproduire dans les proportions convenables. Tout ce qui était original et fantastique avait pour lui un charme puissant, et il errait souvent dans les lieux les moins fréquentés du monde , dans l'espoir d'y trouver des types originaux. Il enrichit ainsi son esprit d'un trésor immense qui lui permit plus tard de concentrer dans ses ouvrages une force incroyable de pensée et d'observation. C'est pour cela que les tableaux de Hogarth sont une peinture si fidèle des caractères , des mœurs et même des idées de son temps. La peinture, selon lui , ne se pouvait apprendre véritablement qu'à une école, celle de la nature. Toutefois, excepté dans sa propre spécialité artistique, ce n'était pas un homme d'une haute culture intellectuelle. Il n'avait guère appris à l'école que

l'écrilure et l'orthographe : l'éducation qu'il se donna plus tard à lui-même lit le reste. Longtemps il végéta dans une situation des plus précaires, mais n'en travailla pas moins d'un cœur content. Tout pauvre qu'il était , il s'arrangeait pour que ses dépenses n'excédassent pas ses modiques revenus , et il se vantait, avec un légitime orgueil, d'être un payeur ponctuel. Plus tard, lorsqu'il eut surmonté tous les obstacles et eut acquis fortune et renommée, il aimait à revenir sur les travaux et les privations de sa jeunesse , et à livrer de nouveau par la pensée la bataille qu'il avait gagnée si honorablement comme homme et si glorieusement comme artiste. « Je me souviens » , disait-il dans une certaine occasion, « du temps où j'allais me pro- » mener mélancoliquement par la ville, ayant à peine un • schelling dans la poche ; mais aussitôt que j'avais reçu » dix guinées d'une planche, je retournais chez moi, cei- » gnais mon épée, et ressortais, plus lier qu'un homme qui « eût eu des milliers de livres à sa disposition, »

Visiter Home, la capitale des beaux-arts, a toujours élé l'ambition des jeunes artistes. Mais le voyage est coûteux, et l'artiste pauvre la plupart du temps. Cependant avec une grande force de volonté et la ferme résolution de surmonter tous les obstacles, il n'est pas impossible d'aller jusqu'à Home. C'est ce que prouve bien l'exemple de François Perricr, un des plus anciens peintres de' l'école française, qui, pour satisfaire l'ardent désir qu'il avait de visiter la Ville étemelle, consentit à servir de guide à un pauvre mendiant aveugle. Après bien des courses vagabondes, il arriva enGn jusqu'au Vatican, étudia, et devint célèbre. Jacques Callot ne Gt pas preuve de moins d'ardeur dans sa résolution de visiter Rome. Quoique son père s'opposât à son désir d'être peintre de profession, il ne voulut pas se laisser détourner de son but. Sous l'empire de ses indomptables instincts , il s'enfuit de la maison palernelle

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