‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 42 sur 133 · JACQUES CALLOT. U · texte numérisé non relu

JACQUES CALLOT. U

ne sachant comment il irait k Rome, mais déterminé à y aller. Etant parti de chez lui pour ainsi dire sans argent, il se trouva bientôt réduit à n'avoir pas même de quoi manger. Sur ces entrefaites, il fit la rencontre d'une troupe de bohémiens qui subvinrent à ses plus pressants besoins et le reçurent dans leur compagnie. On voyagea gaiement de foire en foire, revêtant maints costumes et jouant maints rôles divers. Ce fut, selon toute apparence, durant ce remarquable voyage que Callot acquit cette connaissance extraordinaire des figures, des traits et des caractères qu'il reproduisit dans la suite, et quelquefois avec tant d'exagération, dans ses admirables eaux-fortes.

Etant enfin arrivé k Florence, Callot fit la connaissance d'un gentilhomme qui, charmé de son ingénieuse ardeur, le plaça près d'un artiste pour étudier; mais rien que Rome elle-même ne pouvait satisfaire Callot, et pour y aller, il quitta bientôt Florence. A Rome, il fit la connaissance de Porigi et de Thomassin , qui , en voyant ses esquisses au crayon, lui prédirent une brillante carrière. Il en était Ik de ses escapades, lorsqu'un ami de sa famille le rencontra, et sut le forcer cà reprendre le chemin de la maison paternelle. Il revint; mais il avait déjà contracté une telle passion pour la vie libre et vagabonde, qu'il lui était impossible de vivre en repos : il s'échappa une seconde fois, et une seconde fois fut ramené à la maison par son frère aîné qui l'avait retrouvé à Turin. A la fin, son père, voyant que toute résistance était vaine, consentit, à regret, qu'il allât étudiera Rome, où, cette fois, il passa plusieurs années k se perfectionner sous de bons maîtres dans le dessin et la gravure. Comme il revenait en France, il fut engagé par Corne II à rester à Florence, où il travailla encore pendant plusieurs aimées. A la mort de sou protecteur, il revint dans sa famille , à Nancy, el là, grâce à son burin et à son poinçon , acquit en peu de temps fortune et re-

14»i PUISSANCE DE L'APPLICATION DANS LES I5KAI X-ARTS.

nommée! Lorsque, durant les guerres civiles, Nancy Lut assiégée et prise, le duc de Richelieu commanda à Callot une gravure de cet événement; niais Callot n'était point disposé à commémorer le désastre qui était arrivé à sa ville natale, et il refusa tout net. Richelieu, ne pouvant ébranler la résolution de l'artiste, le (il mettre en prison. Là, par une singulière coïncidence, Callot trouva quelques-uns de ses anciens amis, les bohémiens, qui lui élaienl venus en aide à l'époque de son premier voyagé à Rome. Louis XIII, lorsqu'il apprit (pie Caîtot avait élé mis en prison, ne se contenta pas de lui faire rendre la liberté; il promit en outre de lui accorder la faveur qu'il plairait à Callot de demander. Celui-ci s'empressa de requérir (pie ses vieux compagnons, les bohémiens, fussent mis en liberté, et que permission leur lut donnée de mendier librcincnl dans l'aris. Celle singulière requête lui fui accordée, à condition toutefois qu'il dessinerait et graverait les portraits de ses amis; et c'est à cet étrange concours de circonstances que nous devons le curieux Cahier îles Mendiants. On «.lit que Louis offrit à Calloi une pension de 3,000 livres s'il voulait s'engagera ue pas quitter Paris ; mais l'artiste avait trop les goûts de la bohème, et estimait trop sa liberté de mouvement pouf pouvoir accepter rien de pareil. Il retourna donc à Nancy, où il travailla jusqu'à sa mort. On peut juger de son activité par le nombre de ses gravures et de ses eaux-fortes, qui ne montent pas à moins de seize cents*. 11 avait un goût tout particulier pour les sujets grotesques, et il les traitait avec la plus grande habileté. Ses gravures à i' eau-forte, qu'il traçait d'abord d'une main libre et hardie et retouchait ensuite au burin, sont exécutées avec une délicatesse et une finesse de détails vraiment merveilleuses.

Plus romanesque et plus aventureuse encore fut la carrière de Benvenuto Cellini, l'étonnant orfèvre, peintre, sculpteur, graveur, ingénieur et littérateur. Sa vie, qu'il a

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racontée lui-même, est l'une des plus extraordinaires qu'il soit possible de trouver dans tout le domaine de l'autobiographie, uio'vanm Cellini, son père, était un des musiciens de la cour de Laurent de Médicis, à Florence; et la plus haute ambition qu'il eût pour son fils Benvenutô, était de le voir devenir un habile joueur de flûte. Mais Giovanni, ayant perdu sa place , fut forcé de faire apprendre un métier à son fils, et le fil entrer comme apprenti chez un orfèvre. L'enfant, qui n'avait pas attendu jusque-là pour montrer combien il avait de goût pour le dessin, s'appliqua diligemment à sa nouvelle occupation, et devint en peu de temps un habile ouvrier. Ayant été impliqué dans une querelle, il fut banni pour six mois, et alla passer quelque temps chez un autre patron, à Sienne, où il se perfectionna encore dans le travail de la bijouterie ei de l'orfèvrerie.

Cependant, comme son père persistait à vouloir faire de lui \\n joueur de flûte accompli, il continua à étudier cet instrument, quoique au fond il le détestât. L'art du dessin était celui qu'il préférait, et il le cultivait avec enthousiasme. De retour à Florence, il étudia avec soin les œuvres de Léonard de Vinci et de Michel-Ange, et, pour se perfectionner dans l'aride travailler l'or, il fit le voyage de Rome à pied, non sans avoir sur la route toute espèce d'aventures. 11 ne fut pas longtemps absent de Florence, et quand il y revint, ce fut pour y jouir de la réputation de l'homme le plus habile du momie à travailler les métaux précieux : aussi ses œuvres étaient-elles énormément recberebées. Mais, d'un tempérament irascible, il se faisait toujours de mauvaises affaires et se voyait souvent obligé de chercher son salut dans la fuite : ce fut ainsi qu'il se sauva de Florence sous l'habit d'un moine et se réfugia de nouveau à Sienne, d'où plus tard il passa à Home.

A Rome. Cellini trouva de puissants protecteurs, et il entra au service du pape avec la double qualité d'orfèvre et

de musicien. 11 étudiait constamment et se perfectionnait en se familiarisant avec les œuvres des plus grands maîtres. Il montait des bijoux, retouchait des émaux, gravait des sceaux , dessinait et exécutait toutes sortes d'ouvrages en or, en argent, en bronze, et tout cela d'un style qu'aucun autre artiste ne pouvait égaler. S'il entendait parler d'un orfèvre devenu fameux dans quelque branche particulière de son art, il n'avait pas de repos qu'il ne l'eût surpassé. Ce fut ainsi qu'il parvint à rivaliser avec l'un pour les médailles, avec l'autre pour les émaux, avec un troisième pour les bijoux; si bien qu'on peut dire qu'il n'y avait pas une branche de sa profession dans laquelle il ne se crût tenu d'exceller.

Animé d'un tel esprit , il n'y avait rien de bien étonnant, après tout, que Cellini arrivât à accomplir tant de choses. C'était un homme d'une dévorante activité. Il voyageait beaucoup. Tantôt nous le trouvons à Florence, tantôt à Rome, tantôt à Mantouc, puis à Rome encore, à Naplcs , et de nouveau à Florence , d'où il va à Venise et de là en France. Faisant tous ces longs voyages à cheval, il ne pouvait pas emporter avec lui beaucoup de bagages; aussi, partout où il allait, il commençait par fabriquer ses propres outils. Non-seulement il dessinait ses modèles, mais il les exécutait : les forgeant, les sculptant, les coulant et les façonnant de ses propres mains. En vérité, ses œuvres sont si visiblement frappées au sceau du génie, qu'elles n'auraient jamais pu être dessinées par une personne et exécutées par une autre. Le moindre article, — une boucle de ceinturon, un cachet, une médaille à mettre au chapeau, une simple bague, un bouton, — devenait dans ses mains une admirable œuvre d'art.

Il donna lui-même un remarquable exemple de son habileté comme ouvrier. Un chirurgien étant venu un jour chez l'orfèvre Ruffaello del Moro pour une opération, Cel-

BENVEXUTO CELLIM. lift

Uni, qui était présent, ayant jeté un coup d'œil sur les instruments du chirurgien , les trouva, comme ils Tétaient d'ordinaire à cette époque, lourds et grossiers. Il pria le chirurgien de suspendre son opération pour un quart d'heure, courut à son atelier, y prit une lame de l'acier le plus fin , et façonna en un rien de temps un couteau d'un fini admirable, à l'aide duquel l'opération se fit avec le plus grand succès.

Parmi les statues qu'exécuta Cellini, les plus importantes furent le Jupiter, en argent, qu'il fit à Paris pour François Ier, et le Persée, en bronze, qu'il exécuta pour le graijdduc Côme de Médicis , à Florence. Il fit aussi, en marbre, des statues d'Apollon, d'Hyacinthe, de Narcisse et de Neptune. Les incidents extraordinaires qui se produisirent durant la fonte du Persée peuvent mieux que toute autre chose donner une idée du caractère remarquable de l'artiste.

Le grand-duc ayant exprimé l'opinion arrêtée que l'on ne pourrait jamais couler en bronze le modèle qui lui avait été montré en cire, Cellini, que cette prédiction piquait au vif, entreprit aussitôt, non-seulement de le tenter, mais d'y réussir. Ayant fait d'abord un modèle d'argile , il le fit cuire et le recouvrit ensuite de cire qu'il modela de façon à lui donner le fini d'une statue parfaite. Recouvrant à son tour la couche de cire d'une sorte de terre glaise , il fit cuire le tout une seconde fois, et la cire, ayant fondu sous l'influence de la chaleur, s'écoula , laissant entre les deux couches d'argile un grand espace libre pour la réception du métal. En prévision des dérangements qui auraient pu survenir , l'opération de la coulée se fit dans une fosse creusée immédiatement au-dessous du haut fourneau d'où le métal en fusion devait être, à l'aide de tuyaux et d'ouvertures, introduit dans le moule.

Cellini , pour ne pas se trouver pris au dépourvu dans l'opération qui allait commencer, avait fait une grande pro-

vision de bois de pin; et le fourneau ayant été rempli de morceaux de cuivre et de bronze, le feu fut allumé. Mais ce bois résineux devint bientôt la proie d'un si furieux embrasement , que le feu prit à la boutique et détruisit une partie du toit, pendant que, d'un autre coté, le vent violent qui souillait et la pluie qui tombait à torrents sur le fourneau empéebaient la chaleur de se développer et les métaux de fondre.

Durant de longues beures, Ccllini, jetant continuellement du bois dans le feu, s'efforça d'entretenir la chaleur voulue. A la longue, cependant, il se sentit si épuisé et si malade qu'il craignit v raiment de mourir avant que la statue fut coulée. Il fut oWigé de se mettre au lit et de laisser à ses aides le soin de verser le métal dans le moule; mais au moment où ceux qui l'entouraient cherchaient à le consoler dans son malheur, un ouvrier se précipita dans la chambre, et, d'une voix lamentable , annonça « que tout était » perdu; que, le mal était sans remède » . (lelliui, en entendant cela, s'élança hors du lit et courut à râtelier, où il trouva en rlïel le feu si bas , que le mêlai commençait à se solidilier.

Ayant obtenu d'un voisin une provision de jeune chêne qui depuis plus d'un an était à sécher, il vil bientôt le feu llnnd)o\er de nouveau, et le métal reluire et élineelcr dans la fournaise. Cependant, le vent continuai!! à souiller avec furie, et la pluie à ruisseler, il se lit, à l'aide de tables, de morceaux de tapisseries et de vieux habits, un échafaudage, à l'abri duquel il continua à jeter sans relâche du bois dans la fournaise. 11 lit ajouter de l'élain aux auln-s métaux, et en agitant le tout, tantôt avec des barres de fer et tantôt avec de longues perches de bois, il finit par obtenir la fusion complète de celte niasse. Sur ces entrefaites , et comme le moment critique approchait, un bruit pareil à un coup de tonnerre se fit entendre, et un éclair effroyable

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