‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 43 sur 133 · PARALLÈLE ENTRE CELLINI ET PALISSY · texte numérisé non relu

PARALLÈLE ENTRE CELLINI ET PALISSY

passa devant les yeux de Cellini : c'était le dessus du fourneau qui venait de se fendre et d'éclater : le métal coulait, et ne coulait pas assez vite. Cellini se précipita dans la cuisine , y prit tous les ustensiles de cuivre ou d'étain qu'elle contenait, quelque chose connue deux cents bassins, chaudrons et casseroles de diverses espèces, et jeta le tout sur le métal en fusion. Grâce à ce sacrifice, le métal coula enfin assez abondamment, et Cellini put fondre sa magnifique statue du Persée.

La divine fureur de génie qui , dans cette circonstance „ s'empara de Cellini et le poussa à dépouiller sa cuisine de tous les ustensiles qu'elle contenait pour les jeter dans la fournaise, rappellera au lecteur un acte analogue de Palissy, qui, lui, brisa son mobilier et jusqu'aux planchers de sa maison pour alimenter le feu destiné à cuire ses poteries. Toutefois, s'ils se ressemblaient par leur enthousiasme, ces deux hommes ne se ressemblaient guère par autre chose ; car il n'est pas possible d'être de caractères plus différents que ne l'étaient Palissy et Cellini. Ce dernier était, de sou propre aveu, un Ismaél contre lequel la main de tout homme était levée. Mais en ce qui concerne son habileté extraordinaire comme ouvrier et la grandeur de son génie artistique, il ne saurait y avoir deux opinions.

Infiniment moins agitée fut la carrière de Nicolas Poussin , qui fit preuve d'autant de pureté et d'élévation dans ses idées que dans sa conduite, et qui se distingua également par la vigueur de son intelligence , la rectitude de son caractère et la noble simplicité de ses mœurs. Il naquit dans une très-humble position sociale, aux Andelys, près de Rouen, où son père tenait une petite école. L'enfant eut l'avantage de l'instruclion telle quelle que son père pouvait lui donner; mais on rapporte que sur ce point il se montra tant soit peu négligent, et qu'il passait la plus grande partie de son temps à couvrir ses cahiers et sou ardoise de dessins qui , pour

incorrects qu'ils fussent, n'en fournissaient pas moins des indications assez claires de sa vocation artistique. In peintre de province, nommé Varin, enchanté de ses esquisses, supplia ses parents de ne pas le contrarier dans ses goûts ; et il fut arrangé que Varin lui-même donnerait à Poussin des leçons de peinture. L'enfant sacriûa tout le reste à cette étude , et fit de tels progrès , que bientôt son maître n'eut plus rien à lui enseigner. Alors il devint inquiet, agité, et, ne pouvant résister au désir d'apprendre, il résolut, à l'âge de dix-huit ans, d'aller à Paris. Il partit en effet, et l'on suppose que ce fut à l'insu de ses parents et sans leur consentement.

Étant parvenu au but de ses désirs , Poussin vit s'ouvrir devant lui un nouveau monde artistique plein de merveilles qui excitaient son étonnement et stimulaient son émulation. 11 travailla assidûment dans plusieurs ateliers, copiant et peignant des tableaux, pour gagner sa vie probablement, quoique à cette époque il eut trouvé, dit-on, un protecteur qui prenait, au moins en partie, soin de son entretien. Ce protecteur , jeune gentilhomme poitevin , ayant été rappelé chez lui, invita Poussin à l'accompagner, à quoi celui-ci consentit. Arrivé à la maison de campagne de soji ami , Poussin fut employé à exécuter des travaux de décoration très-ordinaires, et qui n'avaient pas le moindre rapport avec les beaux-arts. Traité en outre, à peu de chose près, comme un domestique, il se sentit si irrité, si humilié, si profondément offensé , en un mot , qu'à la longue il se révolta, et résolut, quoiqu'il fût à peu près sans ressources, de retourner à Paris. 11 lit le voyage à pied, s'arrètant souvent pour travailler, afin de gagner un peu d'argent pour continuer sa roule ; et on dit qu'il lui arriva fréquemment de se procurer un repas ou un lit en peignant des enseignes pour des cabarets de village. De cette façon, il mit plusieurs mois à revenir à Paris, et lorsque enfin il y arriva, il était

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