‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 45 sur 133 · ARY SCHEFFER · texte numérisé non relu

ARY SCHEFFER

aussi précédé ; de sorte qu'il se trouva dans sa vieillesse absolument seul, au milieu de cette Rome si pleine de tombeaux. 11 y mourut en 1665, léguant à ses parents, aux Andelys , ses économies , qui pouvaient bien s'élever à dix mille écus, et laissant derrière lui, comme un legs précieux fait au genre humain, les chefs-d'œuvre de son génie.

Ary Scheffer, parmi les peintres modernes, nous fournit un exemple également remarquable de magnanime dévouement à l'art. Né à Dordrecht, en Hollande, et fils d'un artiste allemand, il manifesta de bonne heure pour le dessin et la peinture une aptitude que ses parents prirent soin d'encourager. Il était encore enfant quand son père mourut, et sa mère résolut alors, quoique ses ressources fussent des plus minces, de venir s'établir avec sa jeune famille à Paris, afin qu'Ary pût profiter pour son instruction artistique des avantages qu'offre cette ville. Mais, comme il lui fallait quelque temps pour réaliser le peu qu'elle possédait, elle plaça provisoirement Ary dans une école, à Lille. Durant le séjour qu'il y fit, elle lui écrivit une foule de lettres, dans lesquelles les conseils les plus sérieux et les plus judicieux se mêlent aux expressions de tendresse maternelle les plus touchantes et les plus vives. « Si tu pouvais me voir, » lui dit-elle dans une de ces lettres, « embrassant ton portrait, » le quittant pour le reprendre encore, et les larmes aux » yeux t'appeler mon cher cœur ! mon fils chéri ! tu senti- » rais alors combien il m'en coûte de prendre quelquefois » un ton de sévérité, et de te causer quelques instants de cha- » grin. Je nourris toujours l'espoir de te voir un jour un » des premiers peintres de notre siècle, et même de tous les

» temps Sois assidu au travail, sois modeste surtout, et

» lorsque tu pourras dire que tu surpasses les autres, cornai pare alors tes travaux à la nature et à l'idéal que tu t'es « formé, et cette comparaison t'empêchera de te livrer à » l'orgueil et à la présomption. » Les espérances de la mère

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touchant la grandeur future de &es fils ne lurent pas déçues; niais cela iiut sans doute, en grande partie, à la mère ellemême cl au noble exemple de fpïoe, de tendresse et de pureté de caractère qu'elle leur donna. Ce qu'il y a de sur, c'est que cet exemple fut pour Ary l'inspiration de (ouie sa vie.

A Paris, Scheffcr étudia sous (înérin; mais les ressources de sa mère étaient trop précaires pour lui permettre de se consacrer entièrement à l'élude, et, dès l'âge de di\-lmil ans, il lui fallut peindre pour les marchands de tableaux.

Sa mère, qui s'était défait des quelques bijoux qu'elle possédait, *e refusait toute espèce de. douceurs, pour subvenir à l'instruction de ses autres enfants. Pans de telles circonstances, il était bien naturel qu'Arc cherchai à lui venir en aide { et c'est pourquoi il se mil à peindre une foule de petits tableaux, représentant la plupart (\cn sujets aimables, et qui, à des prix modérés, ne manquèrent point d'acheteurs. Il s'appliqua aussi au portrait, et acquit ainsi de l'expérience, en même temps qu'il gagnail sa vie honnêtement. Il lit de grands progrès BU dessin, en coloris, en composition. Le Hajtlcme marqua une nouvelle époque dans sa carrière , et fut le point de départ d'où il s'éleva jusqu'au faite où le placèrent ses tableaux de Faust et Manjuerile , sa Françoise de Uimini , son Christ ronsolalenr, ses Saintes Femmes el une foule d'autres o'uvres grandioses.

« La force de pensée, de travail, d'attention, - dit Mis- Iress (irotc, k que Scheffcr apporta à la production de sa » Françoise de Rimini, a du être énorme. Son éducation «artistique était restée si imparfaite , que dans la roule • ardue qu'il suivait , il lui fallait tout tirer de son propre » fonds, et que ni la main ni l'esprit ne cessaient chez lui v de travailler. Il eut à faire l'essai de diverses manières » de traiter ses sujets, à expérimenter sur les couleurs, » à peindre et à repeindre avec une incessante et fatigante

» assiduité. Mais heureusement la nature l'avait doué de » qualités qui compensèrent en quelque façon les défauts » de son éducation professionnelle. La noblesse de son îl caractère et sa profonde sensibilité lui fournirent les •i moyens d'agir par la peinture sur les sentiments des i) autres. Comme il le dit lui-même, ' Pour être artiste, » ' il faut avoir en soi un sentiment élevé, ou une conviction « 'puissante, dignes d'être exprimés par une langue qui » 'peut être indifféremment la prose, la poésie, la rnusi- » ' qup, la sculpture ou la peinture }, , »

L'un des artistes que Scheffer admirait Le plus était Flaxman, et il lui arriva un jour de dire à pn '"ni : - Si » par inadvertance j'ai fait un emprunt quelconque pour j mon tableau de Françoise de Rimini, ce np peut être » que de quelque cbose qqe j'aurai vu parmi les dessins de » Flaxman. »

Flaxman était fils d'un humble marchand de statuettes de plâtre établi à Londres. Il eut une enfance si maladive, qu'il dut passer la plus grande partie de son temps assis sur des coussins derrière le comptoir de son père, où il s'amusait à lire et à dessiner. Un ecclésiastique bienveillant, nommé Matlheus, étant venu un jour à la boutique, trouva l'enfant qui faisait de vains efforts pour déchiffrer un livre, et, lui ayant demandé le titre de l'ouvrage, il apprit (pie c'était un Cornélius Xepos, que le père s'était procuré pour quelques sous chez un bouquiniste. L'ecclésiastique, après avoir causé avec l'enfant, dit que ce livre n'était point ce qu'il lui fallait, mais que le lendemain il lui en apporterait un qui lui conviendrait; et le brave homme tint parole : il apporta plusieurs livres à l'enfant, et entre autres Homère et Don Quichotte, à la lecture desquels Flaxman prit un immense plaisir , et qui depuis furent toujours au nombre de ses livres favoris. Son esprit fut bientôt plein de l'héroïsme qui

1 Mrs Grole's Memoir of the life of Ary Scheffer, p. G".

respirait dans les pages du premier de ces livres ; et , au milieu des Ajax et des Achilles de plâtre qui le regardaient du haut des rayons de la boutique , il se sentit de bonne heure pris de la noble ambition de dessiner lui aussi et de revêtir de formes poétiques ces majestueux héros. L'enfant enthousiaste saisit son crayon, et, en proie à une fureur divine, entreprit de reproduire sous une forme visible les hauts faits des Grecs et des Troyens.

Comme tout ce qui émane des efforts de l'adolescence, ses premiers dessins manquaient de correction. Le père, qui cependant en était tout fier, les montra un jour au sculpteur Roubilliac , qui les repoussa avec un dédaigneux « Bah ! » Mais le fond était bon chez l'enfant, qui, industrieux et patient, continua à travailler sans relâche à ses dessins. Il s'essaya ensuite à modeler des figures en plâtre, en cire et en argile. On conserve encore quelques-unes de ces œuvres précoces, non pas tant à cause de leur mérite intrinsèque que parce qu'elles offrent un intérêt considérable comme échantillons des premiers efforts d'un génie patient et vigoureux. L'enfant fut longtemps sans pouvoir marcher : il commença par se traîner clopin-clopant sur des béquilles, et ce ne fut qu'à la longue que sa santé se fortifia assez pour qu'il pût les jeter de côté. L'excellent M. Matthews et sa femme l'invitèrent à venir chez eux ; celle-ci lui expliqua Homère et Milton, et tous deux l'aidèrent à faire sa propre éducation, et lui donnèrent même des leçons de grec et de latin. A force de persévérance et de travail, il fit de tels progrès dans son art, qu'il obtint d'une dame une commande de six dessins originaux dont les sujets devaient être pris dans Homère. La première commande ! ... Quel événement dans la vie d'un artiste ! La première consultation d'un docteur, la première cause d'un avocat, le premier discours d'un député, le premier début d'un chanteur, le premier livre d'un auteur, n'ont pas pour chacun

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