‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 46 sur 133 · FLAXMAN · texte numérisé non relu

FLAXMAN

d'eux un plus absorbant intérêt que celui que la première commande a pour l'artiste. Le jeune homme exécuta ces dessins avec tout le soin qu'on attendait de lui, et se vit, pour sa peine, bien payé et grandement complimenté.

A quinze ans, Flaxman entra comme élève à l'Académie royale, où, malgré son caractère réservé, il fut bientôt connu parmi ses condisciples comme un jeune homme dont on devait attendre de grandes choses. Ces prévisions ne furent point déçues : au bout de l'année il gagna la médaille d'argent, et l'année suivante il se mit sur les rangs pour la médaille d'or. Chacun prédisait qu'il remporterait le prix , car nul ne le surpassait en habileté ni en persévérance : cependant il échoua , et la médaille d'or fut accordée à un élève dont on n'a jamais entendu parler depuis. Cet échec fut au fond un bien pour Flaxman, car les défaites, loin de décourager pour longtemps celui qu'anime le feu sacré, ne servent qu'à l'exciter à montrer au monde tout ce dont il est capable. « Encore un peu de temps, » dit-il à son père, « et » soyez sûr que je produirai des ouvrages que l'Académie » sera fière de reconnaître. » Il redoubla d'efforts , n'épargna aucune peine, dessina et modela sans relâche, et si ses progrès ne furent pas rapides , ils furent du moins réguliers et incessants. Mais, en attendant, la pauvreté menaçait d'envahir le foyer paternel ; la vente des statuettes de plâtre donnait à peine aux Flaxman de quoi vivre ; et le jeune homme , d'un cœur plein de résolution et de dévouement , abrégea les heures qu'il consacrait à l'étude pour aider son père dans les humbles détails de son commerce. Il mit Homère de côté pour prendre la truelle , et se montra prêt à remplir les plus modestes fonctions dans l'atelier de son père, tant que cela serait nécessaire pour faire vivre décemment la famille et tenir la misère à dislance. Il eut à travailler longtemps pour se faire la main à ce gros ouvrage de l'art; mais cela eut pour effet de l'habituer au travail

\&> PUISSANCE DE L'APPLICATION l>\\S LES BEAUX-ARTS.

régulier et de développer en lui l'esprit de patience. Ce lui une rude discipline, mais salutaire en fin de compte.

Heureusement pour le jeune Flaxman, M. Uedguood, qui avait entendu parler de son habileté comme dessinateur, s'enquit de lui , el lui commanda dc^ dessins d'un genre tout nouveau, qu'il voulait appliquer, dans sa manufacture, à P ornementation (\c^ faïences cl des porcelaines. Ce genre de travail peut sembler fort peu relevé en fait d'ail ; mais en réalité il l'est infiniment. Un artiste, en effet, peut très-bien rester fidèle à sa vocation tout en dessinant des théières, des aiguières el d'autres articles d'usage domestique, qui, précisément parce qu'ils sont d'usage domestique et se trouvent à chaque repas sous les yeux des gens, sont éminemment propres à servir de véhicule aux notions élémentaires de l'art et à développer chez tous un goùl pur ef élevé, L'artiste le plus ambitieux peut, parce moyen, conférera ses concitoyens (\r^ avantages plus grands et plus réels que s'il exécutait quelque œuvre de longue haleine qui lui rapporterait peut-être t\c^ milliers de livres, mais qui irait s'enfouir dans la galerie de tableaux de quelque (liésus, où elle resterait complètement et pour toujours, soustraite aux regards du public. Jusqu'au temps de Uedguood, les décors qui ornaient les porcelaines et les faïences anglaises furent, sous ie rapport du dessin comme sous celui de l'exécution, vraiment hideux. W 'edguood résolut de changer tout cela. 11 alla trouver Flaxman, et lui dit : Voici de quoi il s'agit : j'ai entendu dire que vous êtes un bon ûc^- » siiialeur, el (pie vous vous entendez à la composition. •Moi, je suis fabricant de poteries. Je m'appelle W'edg- • wood. Or, j'ai besoin que vous dessiniez pour moi quelques modèles rien de fantastique , quelque chose d'un

» style simple, correct et de bon goût. Je vous payerai bien.

» Vous ne trouvez pas ce travail au-dessous de vous?

a Non, vraiment, monsieur, >i répondit Flaxman , « ce tra-

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