FLAXMAN. KH
» vail, au contraire, me va parfaitement. Donnez-moi quel- » ques jours, et revenez : vous verrez alors ce dont je suis » capable. »
Flaxman fît de son mieux ; et lorsque Wedgwood revint, il avait déjà une nombreuse série de modèles destinés à l'ornementation de diverses pièces de faïence. Ces modèles consistaient principalement en petits groupes d'un Irès-bas relief, dont les sujets étaient pris à la poésie et à l'histoire ancienne. Il en existe encore plusieurs , et quelques-uns sont égaux en beauté et en simplicité aux dessins pour marbre qu'il fit plus tard. Les célèbres vases étrusques, dont on pouvait admirer quelques spécimens dans les musées publics et les cabinets des amateurs, lui fournirent d'irréprochables modèles de forme qu'il sut encore embellir à l'aide de ses élégantes compositions. Le bel ouvrage que Stuart venait de publier sous le titre d' Antiquités d'Athènes lui fournit des spécimens d'ustensiles grecs de la forme la plus pure. Il choisit les plus beaux et les modifia de manière à en faire de nouveaux modèles d'élégance et de beauté. \\ comprit très-bien qu'il travaillait à une grande œuvre, — le développement de l'éducation artistique du peuple, — et c'était avec fierté que, plus tard, il faisait allusion à ces premiers travaux, par lesquels il avait pu cultiver à la fois son amour de l'art, répandre dans le peuple le goût du beau et regarnir son escarcelle, tout en travaillant à consolider la prospérité de son ami et bienfaiteur.
En 1782, Flaxman, alors âgé de vingt-sept ans, quitta le toit paternel, loua, dans Uardour Street , Sobo , une petite maison avec atelier, et, ce qui est bien une autre affaire, se maria. Anne Dcnman était le nom de sa fiancée, et il serait difficile d'imaginer un caractère plus noble, plus pur et plus heureux que celui de cette femme. Flaxman pensait qu'une fois marié il pourrait travailler avec plus d'entrain et de vigueur, car, ainsi que lui, Anne Dcnman avait du
goût pour les beaux-arts , et était en outre une admiratrice enthousiaste de son génie. Cependant , Flaxman , peu de temps après son mariage, rencontra sir Joshua Reynolds, qui ne se mariait point lui , et qui lui dit : « Eh bien , » Flaxman , on dit que vous êtes marié ; s'il en est ainsi , » vous êtes perdu pour l'art , monsieur. » Flaxman s'en fut tout droit chez lui , s'assit près de sa femme, lui prit la main dans les siennes, et lui dit : « Aune, je suis perdu » pour l'art, n — <.. Comment ça, John? Comment cela » est-il arrivé? et qui en est la cause?» — u Cela est arrivé » à l'église, » répliqua-t-il , « et c'est Anne Denman qui en » est la cause. » Il lui raconta alors l'observation de sir Joshua, dont l'opinion était bien connue, car il avait souvent déclaré, d'une part, que ceux qui voulaient exceller ne pouvaient le faire qu'à la condition d'appliquer sans réserve à leur art toutes les facultés de leur esprit et tous les instants de leur vie, et, d'autre part, que nul ne pouvait être un grand artiste, à moins d'avoir étudié h Rome et à Florence les chefs-d'œuvre de Raphaël , Michel-Ange et autres grands maîtres. « Et moi, » dit Flaxman, se redressant de toute la hauteur de sa petite taille, «je voudrais » être un grand artiste. » — « Et un grand artiste tu seras, » reprit sa femme, a et Rome tu visiteras, s'il le faut » absolument. * — « Mais comment? n — « Travaille et » économise, » répondit la vaillante femme; u je ne souf- » frirai pas qu'il soit dit qu'Anne Denman a été la cause » de la perte de John Flaxman. » Il fut donc résolu qu'on irait à Rome aussitôt que les fonds le permettraient. «Oui, » s'écria Flaxman, « j'irai à Rome, et je montrerai » au président ' que le mariage, même pour un artiste, est » une bonne chose; et toi, Anne, tu m'accompagneras. » Patiemment et joyeusement , durant cinq ans, ce couple affectionné travailla de tout son cœur, dans l'humble petite
1 Sir Keynolds était président de l'Académie royale des beaux-arts.