‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 48 sur 133 · FLAXMAN · texte numérisé non relu

FLAXMAN

maison de Wardour Street. Flaxman et sa femme avaient toujours devant les yeux le voyage de Rome : ils ne le perdaient jamais de vue, et, pour économiser la somme nécessaire , ne se permettaient pas de dépenser un sou inutilement. Ils ne se dirent plus un seul mot touchant leur projet; ils ne sollicitèrent aucun secours de l'Académie ; ils ne s'en rapportèrent qu'à leur patient travail, et à leur amour, du soin de mener à bien leur entreprise. Flaxman, pendant ces cinq ans, n'exposa qu'un très-petit nombre d'ouvrages. Il ne pouvait se permettre le marbre pour ses essais de dessins originaux; mais il obtint, pour des monuments, de fréquentes commandes qui lui donnèrent les moyens de vivre honorablement. 11 continua à travailler pour MM. Wedgwood , qui le payaient très -bien. Au bout du compte, il était prospère, heureux et plein d'espérance, ïl était grandement respecté de ses voisins, et ceux qui le connaissaient avaient en haute estime sa sincérité , son honnêteté et sa piété sans ostentation. La respectabilité dont il jouissait parmi les habitants du voisinage était telle , qu'elle lui valut des fonctions et des honneurs dont probablement il se serait bien passé. Ce fut ainsi , par exemple, que, dans une certaine occasion, il fut chargé par les contribuables de la perception de la taxe pour la police municipale dans la paroisse de Sainte-Anne , et qu'on put le voir, une écritoire à la boutonnière, allant de maison en maison recevoir l'argent des imposés.

Enfin Flaxman et sa femme, ayant, à force d'économie, réalisé la somme nécessaire à leur voyage , partirent pour Rome. Là, Flaxman s'appliqua avec assiduité à l'étude, gagnant sa vie pendant ce temps, comme bien d'autres artistes pauvres , à faire des copies de l'antique. Les touristes anglais recherchaient son atelier et lui donnaient des commandes , et ce fut là qu'il exécuta ses belles illustrations d'Homère, d'Eschyle et de Dante. Le prix qu'il en

ltiti PUISSANCE DÉ L'APPLICATION DANS LUS BEAUX-ARTS.

obtint était plus que modéré, quinze schellings (18 fr. 75 c.) par dessin; mais Flaxman ne travaillait pas seulement pour l'argent, il travaillait aussi pour l'art; et la beauté de ses dessins lui valut de nouveaux amis et de nouveaux patrons. Il exécuta Cupidon et Aurore pour le généreux Thomas Ilope, et les Fureurs d Allumas pour le comte de Bristol. Après avoir ainsi fortifié et perfectionné son talent par les études les plus sérieuses, il se prépara à retourner en Angleterre ; mais avant son départ il fut , en reconnaissance de ses mérites, élu membre des Académies de Florence et de Carrare.

lia renommée l'avait précédé en Angleterre, où ses travaux se trouvèrent bientôt Fort recherchés. Du temps qu'il était à Rome, il avait reçu la commande du beau monument que Ton voulait élever à la mémoire de lord Manslicld , et qui fut en effet érigé, peu de temps après son retour en Angleterre, dans le transept du nord de l'abbaye de Westminster, où il repose dans sa majestueuse grandeur, monument du génie de Flaxman lui-même, calme, simple et sévère. Qui s'étonnerait (pie Banks, le sculpteur, alors à i'abogée de sa gloire, se soit écrié en le voyant : « Vrai- » ment ce petit homme nous surpasse tous! »

Quand les membres de l'Académie royale i\c<. beaux-arts apprirent le retour de Flaxman, et surtout quand ils eurent l'occasion de voir et d'admirer sa statue de Mansfield , ils manifestèrent le désir de l'enrôler parmi eux. L'Académie a toujours eu l'art de courir au secours des forts; et toutes les fois qu'un artiste a prouvé qu'il pouvait atteindre à la renommée sans le secours de l'Académie , c'est alors que celleci s'est montrée le plus empressée de le paironer. Flaxman consentit que son nom fût mis sur la liste des candidats, et il fut aussitôt élu. A partir de ce moment, les progrès de sa fortune lurent rapides ; il eut plus de commandes qu'il n'en pouvait faire , et marcha de triomphe en triom-

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