GRANDS MUSICIENS
vit tout d'un coup au rang des hommes fameux. Comme celle d'une foule d'autres grands artistes , sa vie prouve qu'en dépit des circonstances extérieures, le génie, allié au travail, se suffit à lui-même, et que la renommée, quoiqu'elle puisse se faire attendre, ne refuse jamais , en fin de compte, ses faveurs an mérite réel.
Cette application laborieuse que nous avons reconnue comme indispensable pour arriver à l'excellence dans la peinture et dans la sculpture , n'est pas moins nécessaire à ceux qui cultivent la poésie des sons qu'à ceux qui cultivent la poésie de la forme et de la couleur. Haiidcl était un travailleur persévérant et infatigable : jamais la défaite ne l'abattait, et son énergie semblait croître en raison même des coups dont l'adversité l'accablait. H eut la mortification d'être poursuivi comme débiteur insolvable; mais en dépit du chagrin qu'il en eut, il ne s'abandonna pas un seul instant au découragement, et dans l'espace d'une année il composa Saill, Israël, la musique de YOde de Drijden, ses Douze grands concertos et l'opéra de Jupiter à Arc/os, qui sont parmi ses plus belles œuvres. Comme le dit son biographe : « D'une vaillance incomparable , il faisait, à lui tout » seul , le travail de douze hommes. »
Haydn , parlant de son art, disait : « Il consiste à choisir » un sujet et à le poursuivre jusqu'au bout. » — « Le tra- » vail, » disait Mozart, « est mon plus grand plaisir. » Beethoven avait pour maxime favorite que « les barrières » ne sont pas élevées qui peuvent dire au génie qui prend » son essor : Tu n'iras pas plus loin. » Quand Mosehelès lui soumit sa partition de Fidelio pour piano , Beethoven vit au bas de la dernière page ces mots : « Finis , avec l'aide » de Dieu » . Aussitôt Beethoven écrivit au-dessous ; « 0 » homme ! aide-toi toi-même ! » Telle était la devise de ce grand artiste. Sébastien Bach disait de lui-même : « J'ai été » laborieux, quiconque le sera également sera également
» sûr de réussir. » Mais il n'y a pas le moindre doute que Bach était né avec une passion pour la musique qui fut la source de son énergie et le secret véritable de son succès. Il n'était encore qu'un adolescent lorsque son frère aîné, qui voulait détourner ses talents naturels dans une autre direction, détruisit une collection d'études que le jeune Sébastien , à qui on refusait de la lumière , avait écrites au clair de la lune, prouvant ainsi combien était forte l'inclination naturelle de son génie. De Meyerbeer, Bayle écrivait de Milan, en 1820 : « C'est un homme de quelque » talent, mais sans génie; il vit comme un solitaire, et tra- » vaille quinze heures par jour à la musique. » Les années s'écoulèrent, et les quinze heures de travail par jour montrèrent bien, à la lin, si l'auteur de Robert le Diable, des Huguenots, du Prophète, et d'autres ouvrages qui, de l'aveu de tous , sont parmi les plus beaux opéras qu'aient produits les temps modernes , avait ou non du génie.