‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 51 sur 133 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

Le monde est aux raillants.

(Proverbe allemand.)

A cœur vaillant rien d'impossible.

(Devise de Jacques Coeur.)

C'est à un vieux guerrier du Nord que la renommée attribue ce mot fameux , qui caractérise si profondément la race teutonne : e Je ne crois ni aux idoles ni aux dé- » mons , c'est dans ma seule force de corps et d'àme que je » place toute ma confiance. » L'ancien cimier portant une pioche avec cette devise : « Ou je trouverai un chemin, ou » je m'en ferai un, » nous offre une expression, non moins énergique que la première, de cette vigoureuse indépendance qui jusqu'à ce jour a distingué les descendants des hommes du Nord. En vérité, rien n'est plus caractéristique de la mythologie Scandinave que d'avoir armé son dieu d'un marteau. Il ne faut pas grand'chose pour dévoiler le caractère d'un homme, et l'on peut jusqu'à un certain point, quelque insignifiante que puisse paraître cette épreuve, juger de son énergie par la manière dont il frappe sur l'enclume. Il n'en fallut pas davantage à un éminent Français pour faire, en quelques mots, ressortir le trait caractéristique des habitants d'une certaine province, dans laquelle un de ses amis manifestait l'intention de s'établir et d'acheter des terres. « Gardez-vous-en bien, » lui dit-il, « je connais les gens » de ce département : les élèves qu'il nous envoie, à l'école

» vétérinaire de Paris, frappent mollement sur V enclume; ils "manquent d'énergie; et vous n'obtiendrez jamais rien de

» satisfaisant du capital que vous placerez là. » Relie et juste appréciation de caractère, qui ne pouvait émaner que d'un observateur exact et profond, et qui l'ait admirablement ressortir ce fait, que c\'sf l'énergie des individus qui fait la force de l'Elat et qui donne sa valeur au sol même qu'ils cultivent. Comme le dit le proverbe français : « Tant vaut l'homme , tant vaut la terre. »

La culture de celte qualité est de la plus grande importance ; car la fermeté de propos, mise au service d'une noble ambition , est le fondement de toute véritable grandeur de caractère, lue bonne dose d'énergie rend un homme capable de s'occuper des détails les plus secs ej des travaux les plus fatigants, et finit par le pousser au premier rang, quelle (pie soit la condition sociale dans laquelle le ciel l'a fait naître. L'énergie, au demeurant, l'ait plus de cboscs que le génie, et expose à moitié moins de dangers et de désappointements, Ce n'est pas tant l'émmcnce des talenls que la fermeté de propos, ce n'est pas tant la puissance de triompher i\v^ difficultés que la volonté de travailler avec énergie ej persévérance, qui nous offrent en toutes cboscs de sûres garanties de succès; d'où il suit que dans le caractère lmmain l'énergie est véritablement la puissance pivolale, en un mot, ['homme lui-même. C'est elle seule qui donne l'impulsion à ses actes, l'àmc à ses efforts. Elle offre un point d'appui à toute espérance légitime; et c'est l'espérance qui, à son tour, donne à la vie son vrai parfum, Parmi les reliques de Baille Abbey ' se trouve un casque brisé porlant cette devise : « L'espoir est ma force, % qui pourrait être vraiment notre devise à tous. « Malheur au làihcl ■■■ dit le fils de Siracb; et il n'y a pas en effet de bénédiction qui

1 C'est l'abbaye qui fut élevée par Guillaume le Conquérant sur le lieu de la bataille dite d'Hastings.

vaille la possession d'un cœur vaillant. Alors même qu'un homme succombe dans ses efforts , ce lui est une grande satisfaction que de pouvoir se dire qu'il a fait tout ce qu'il pouvait. Dans la vie de chaque jour, rien n'est plus encourageant et plus beau que de voir un homme opposer là patience à la douleur, triompher par la seule force de son caractère, et, quand ses pieds saignent cl que ses genoux fléchissent, marcher encore, soutenu par son courage.

Les vagues désirs et les aspirations sans but ne sont que trop propres à engendrer une sorte de chlorose dans les jeunes esprits ; il faut donc que ces désirs se traduisent promplement en faits et en actes. Il ne suffit pas d'attendre, comme tant de gens le font, que Bliïcher arrive; il faut, en attendant, combattre et persévérer comme le fit Wellington. II faut, lorsqu'on a formé une bonne résolution, l'cxé-» culcr avec ardeur et sans se laisser détourner de son but. Dans bien des branches de l'activité sociale, on doit endurer gaiement le travail et la peine et n'y voir qu'une discipline nécessaire. « Dans la vie, » dit Ary Scheffer, « rien ne porte » fruit que ce qui coûte une peine de cœur ou le labeur des

» mains Lutter et toujours lutter — c'est la vie, et de

» ce coté la mienne a été de tout temps complète ; mais j'ose » dire avec un juste orgueil que rien n'a jamais abattu mon

» courage Avec une âme forte, et une noble intention,

» on peut tout ce qu'on veut, moralement. »

Charles IX de Suède croyait fermement à la puissance de la volonté, même chez les très-jeunes gens. Plaçant un jour sa main sur la tête de son plus jeune fils , qui se trouvait en présence d'une tâche difficile, « Il le fera! » s'écriat— il , « Il le fera! » Comme toute autre habitude, celle de s'appliquer au travail avec zèle et continuité devient avec le temps comparativement facile. C'est ainsi que même les personnes qui n'ont qu'une intelligence des plus ordinaires et de très-minces talents finissent par accomplir beaucoup si

elles s'appliquent entièrement et infatigablement à une seule chose à la fois. Les gens en qui Fowell Ruxton plaçait sa confiance étaient, disait-il, ceux qui à des moyens ordinaires joignaient une extraordinaire application, et qui mettaient en pratique cette injonction des saintes Ecritures : « Quoi que tu fasses, fais-le de ton mieux. » Lui-même il attribuait ses remarquables succès dans la vie à l'habitude qu'il avait contractée de se donner toujours tout entier à une seule chose à la fois.

Rien de ce qui est réellement méritoire ne se peut accomplir si l'on ne travaille avec amour. L'homme doit principalement sa croissance intellectuelle à cette énergie active de la volonté, à cette lutte avec les difficultés, que nous appelons effort; et il est étonnant de voir combien il arrive souvent d'obtenir ainsi des résultats que l'on avait d'abord jugés impossibles. 11 suffit quelquefois d'une intense aspiration pour transformer la possibilité en réalité, nos désirs n'étant bien souvent que les avant-coureurs des desseins que nous avons la puissance d'exécuter. Au contraire, les esprits timides et vacillants trouvent tout impossible, principalement parce que tout leur semble être ainsi. On rapporte d'un jeune officier français qu'il se promenait souvent dans sa chambre en criant : « .le serai un grand général et je deviendrai ma- » réchal de France! » Cet ardent désir fut chez lui le pressentiment du succès; car il fut en effet un général distingué et mourut maréchal de France.

M. Walker, auteur de Y Original ', avait une foi si grande dans la puissance de la volonté qu'il résolut un jour, dit-il, de se bien porter, et qu'il se porta bien. Cela peut réussir une fois; mais quoique ce genre de traitement offre moins de dangers que la plupart des ordonnances des médecins, il ne faudrait pas trop s'y fier. Le pouvoir que l'esprit a sur le corps est grand sans doute, mais il peut aussi être tendu

1 Série d'Essais , publiée à Londres.

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