‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 52 sur 133 · PUISSANCE DE LA VOLONTE · texte numérisé non relu

PUISSANCE DE LA VOLONTE

jusqu'à prostration complète des forces physiques. On raconte de Muley Moluc , chef maroquin, qu'il était alité, en proie à une maladie incurable, lorsqu'une bataille eut lieu entre ses troupes et les Portugais. Apprenant, au moment décisif de la bataille, que ses soldats lâchaient pied , il se jeta hors de sa litière, les rallia, les conduisit à la victoire, et, aussitôt après, tomba épuisé et rendit le dernier soupir.

C'est la force de résolution, — la volonté, qui donne à un homme le pouvoir de faire ou d'être tout ce qu'il s'est mis dans l'esprit qu'il ferait ou serait. Un homme remarquable par sa piété avait coutume de dire que « tout dans notre » vie dépend de nous-mêmes ; et que telle est la force de » notre volonté, jointe à la grâce divine, que tout ce que » nous voulons fermement et sérieusement devenir, nous le » devenons, nul ne désirant avec ardeur être humble, patient, » modeste ou libéral, qui ne finisse par devenir tout cela. » On raconte d'un ouvrier charpentier une histoire qui vaut la peine d'être rapportée. On remarqua un jour qu'il rabotait avec un soin tout particulier certain siège de magistrat, dont la réparation lui avait été contiée; et, comme on lui demandait la raison de ce zèle extraordinaire , « C'est, » dit-il, « pour trouver ce siège plus commode lorsque je viendrai » m'y asseoir. » Or, ce qu'il y a de singulier, c'est que ce charpentier prospéra si bien, qu'il finit en effet par venir s'asseoir sur ce siège, comme magistrat.

Quelles que soient les conclusions théoriques auxquelles les logiciens arrivent sur ia question du libre arbitre, nous sentons tous parfaitement que nous sommes pratiquement libres de choisir entre ie bien et le mal; que nous ne sommes point comme la bûche qui, jetée au torrent, ne peut qu'indiquer, en le suivant, le cours de l'eau; mais que nous avons en nous les ressources du nageur, et que nous pouvons choisir la direction qui nous convient, lutter contre les

vagues, et, en dépit du courant, aller à peu près où il nous plaît. Aucune contrainte absolue ne pèse sur notre; volonté, et nous sentons et s: vous qu'en ce qui conrerne nos actions, nous ne sommes enchaînés par aucune sorte de magie. Toutes nos aspirations \c\^ ie beau et le bien seraient paralysées, si nous pensions différemment. Toutes les affaires et toute la conduite de la vie, nos règlements domestiques, nos arrangements sociaux, nos institutions publiques, sont basés sur la notion pratique du libre arbitre. Où serait sans cela la responsabilité? et à quoi serviraitil d'enseigner, de conseiller, de prêcher, de réprimander et de punir? A quoi bon les loi:;, n'était la croyance universelle, comme c'est le fait universel, qu'il dépend des hommes cl de leur détermination individuelle de s'y conformer ou non? A chaque instant de notre vie, notre conscience proclame que notre volonté est libre. C'est la seule chose qui soit complètement nôtre, et la direction, bonne ou mauvaise, que nous lui donnons, ne dépend en définitive que de nous. Nos habitudes et uns tentations ne sont pas nos maîtresses, mais nos servantes. Même lorsque nous cédons, notre conscience nous dit que nous pourrions résister, et que, pour l'emporter dans ce conflit, il ne faut pas une résolution plus forte que celle que nous nous savons parfaitement capables de prendre, si nous voulons faire acte de volonté.

« Vous êtes à l'âge où l'on se décide, disait l'abbé de Lamennais à une âme malade; « plu? lard on subit le joug » de la destinée qu'on s'est faite, on gémit dans le tombeau

■ qu'on s'est creusé, sans pouvoir en soulever la pierre

» Ce qui s'use le plus vite en nous, c'est la volonté. Sachez » doue vouloir une fois, vouloir fortement; li\ez votre vie flottante, et ne la laissez plus emporter à tous les souffles » comme le brin d'herbe séchée. >-

Buxton était convaincu qu'un jeune homme pouvait de-

Page 1