OPINION DE LAMENNAIS ET DE BUXTON
venir à peu près tout ce qu'il voulait, pourvu qu'il formât une forte résolution et s'y tînt. Il écrivait à un de ses fils : « Vous êtes arrivé à un âge où il faut prendre un parti. Si •■> vous ne montrez pas maintenant que vous avez des prin- » cipes, de la résolution, de la force d'esprit, vous ne tar- » derez pas à tomber dans la fainéantise, et à contracter les » habitudes et le caractère d'un jeune homme inutile et désn ordonné ; et, si une fois vous en arrivez là, soyez sur que u ce ne sera pas une petite affaire que de vous relever. Je 11 tiens pour certain qu'un jeune homme peut devenir à peu n près tout ce qu'il lui plaira d'être. Pour moi il en a été
„ ainsi La plus grande partie de mon bonheur et tous
:> mes succès dans la vie ont été le résultat de la résolution » que je pris à l'âge où vous êtes. Si vous vous déterminez » sérieusement à agir en homme énergique et industrieux, ii soyez sur que toute votre vie vous aurez sujet de vous ré- » jouir d'avoir eu la sagesse de former une telle résolution ii et de la suivre, » Comme la volonté, si on la considère sans avoir égare! à la direction dans laquelle elle s'exerce, n'est tout simplement que constance, fermeté, persévérance, il est évident que tout dépend de la direction qu'on lui donne. Si elle ne tend qu'aux jouissances sensuelles, une forte volonté est un démon dont l'intelligence est l'ignoble esclave; mais dirigée vers le bien, cette même volonté est une reine qui a pour ministres nos facultés intellectuelles, et qui, à leur tète, préside au développement le plus élevé jl ont la nature humaine soit capable.
Quavec de la volonté on vient à bout de tout est une maxime qui, pour n'être pas neuve, n'en est pas moins vraie. Celui qui se met dans la tète de faire une chose, par celte résolution même, eu amoindrit souvent, les difficultés et en assure l'accomplissement. Se croire capable, c'est presque l'être; se déterminer à accomplir un progrès quelconque, c'est fréquemment l'avoir accompli. Aussi est-ce pour cela que
la résolution et l'énergie semblent avoir en elles quelque chose de l'omnipotence.
La force de caractère de Souvarow résidait dans la puissance de sa volonté, et, comme la plupart des gens résolus, il érigeait cette puissance de la volonté en système. « Vous D ne voulez sans doute qu'à moitié! b disait-il à ceux qui échouaient dans leurs entreprises. Gomme Richelieu et Napoléon, il aurait banni du dictionnaire le mot impossible. « Je ne sais pas, • le ne peux pas, » « Impossible, » étaient des mots qu'il détestait au delà de toute expression, k Ap- )i prenez ! faites! essayez! » s'écriait-il. Aussi son biographe a-t-il pu dire de lui qu'il présente un remarquable exemple de ce que peuvent accomplir le développement énergique et l'exercice soutenu de facultés dont le germe, au moins, se trouve dans le cœur de tout homme.
Une des maximes favorites de Napoléon était que « la plus » haute sagesse est une ferme résolution » . Sa vie , mieux que tonte autre peut-être, nous montre, sous les plus vives couleurs, tout ce qu'une volonté puissante et que n'arrête aucun scrupule peut accomplir. Il jeta dans la balance où se pesaient ses destinées toute la force de corps et d'esprit dont il était capable. L'un après l'autre, les souverains imbéciles et les nations qu'ils gouvernaient tombèrent à ses pieds. Les Alpes, lui disait-on, barraient le chemin à ses années. « Il n'y aura plus d'Alpes! » répondit-il, et la route du Simplon fut construite à travers un district autrefois presque inaccessible, « Impossible, » disait-il, « est un » mot qui ne se trouve que dans le dictionnaire des sots. » Il travaillait terriblement, et quelquefois donnait autant d'ouvrage qu'ils en pouvaient faire à quatre secrétaires écrivant en même temps sous sa dictée. Il n'épargnait la peine de personne, pas même la sienne. Il était le centre de l'intelligence, du génie et de la puissance de son siècle. Ingénieurs, savants, hommes d'État, tous venaient lui soumettre leurs