‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 54 sur 133 · SOUVAROW. — NAPOLEON · texte numérisé non relu

SOUVAROW. — NAPOLEON

projets; il adoptait les meilleurs, et les marquait du sceau de son génie. Les autres hommes, — à un petit nombre d'exceptions près, — se courbaient devant lui comme devant une des forces de la nature. Son influence inspirait les autres et les animait d'une nouvelle vie; et il entraînait tout par la force, la concentration et la sûreté de direction de son activité. « La leçon qu'il nous donne, » dit Emerson, « et que nous donne uniformément l'exercice de la vigueur » corporelle ou intellectuelle, c'est qu'il y a toujours place » pour elle dans le monde. De quelles montagnes de lâches » incertitudes la vie de Napoléon n'est-elle pas la réfuta- » tion! »

C'est par la décision et la promptitude que se signale l'énergie. « Quand serez-vous prêt à partir pour l'Afri- » que? « demandait-on un jour au voyageur Ledyard , de la part de l'Association africaine. « Demain matin, » répondit-il aussitôt. La promptitude de Blùcher lui avait valu dans l'armée prussienne le surnom de Maréchal En-avant. Lorsqu'on demanda à John Jervis , plus tard comte Saint- Vincent, quand il serait prêt à rejoindre son navire, « A « l'instant, » répondit-il. Et lorsqu'on voulut savoir de sir Colin Campbell , qui venait d'être nommé au commandement de l'armée de l'Inde, quand il serait prêt à partir, sa réponse, — gage de ses succès ultérieurs, — fut : ce Demain. » C'est en effet cette rapidité de décision et cette promptitude d'action qui permettent de prendre instantanément avantage des fautes de l'ennemi , et qui décident bien souvent du sort des batailles. Napoléon a dit qu'une des raisons pour lesquelles il avait battu les Autrichiens était qu'ils ne connaissaient pas la valeur du temps : il profitait toujours, pour les accabler, du moment où ils croyaient n'avoir aucun besoin de se presser.

Feu sir Charles Napier, général de l'armée de l'Inde, était aussi un homme d'une grande énergie, comme le

18(> ÉNERGIE ET COUKAGE.

prouve bien ce mot :. « Ils ne feront que nie forcer à m'eiira- « ciner ici plus profondément, » par lequel, dans une de ses campagnes, il exprimait sa résolution bien Arrêtée de surmonter tontes les difficultés qui l'entouraient. Sa balaille de Meeanee e^l un des hauts faits les plus extraordinaires dont l'histoire fasse mention. Avec 2;O00 hommes , dont 400 Européens seulement, il livra bataille à une armée de 35,000 Béloutchis, robustes et bien armés. C'était, en apparence, un acte de la dernière témérité; mais le général avait conliance en lui-même et en ses soldats. Il chargea le centre t\v^ Béloutchis, le long d'une berge escarpée qui formait leur ligne de retranchements, et durant trois mortelles heures sévit une bataille furieuse. Sous l'inspiration du chef, chaque soldat de celte petite armée devint pour le moment un héros. Les Béloutchis, quoique vingt contre un, furent repoussés; mais ils ne se retirèrent qu'en faisant lace à l'ennemi. Voilà l'espèce de courage, de ténacité, de persévérance résolue, qui donne la victoire, uon-.;culenient dans la guerre, mais dans toutes h s luttes : c'est l'avance d'une longueur de tète qui gagne le prix et montre la race du coureur; la marche forcée qui finit la campagne; les cinq minutes de plus de courage ohstiné qui gagnent la bataille. Vos forces sont peut-être inférieures à celles de votre adversaire; mais vous finirez par avoir raison de lui, si VOUS les concentrez davantage et continuez la lutte plus longtemps. Celle lépouse d'un Spartiate à son fils qui se plaignait de ce que son épée était trop courte, « Allonge-la (Wm pas en avant, •• s'applique à touf dans la vie. Xapier suivait la bontie méthode' pou:- faire passer son esprit héroïque dans l'àme de ses soldats : il travaillait autant que n'importe lequel d'entre eux. « Le grand art de » commander, » disait-'1 « consiste à prendre pour soi une » juste part de la peine commune. L'homme qui conduit une » armée ne saurait réussir, s'il n'est tout entier à son affaire.

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