WILLIAM PHIPPS
succès. Il fit, aussi bien qu'il put, — l'art du dessin lui étant étranger, — des tracés ou esquisses des machines, et, après un séjour assez long pour vérifier à loisir ses observations et se faire une idée lucide et complète de tous les arrangements mécaniques de l'usine, il planta là de nouveau les forgerons, gagna un port suédois, et s'embarqua pour l'Angleterre. Il était impossible qu'un homme qui portait à un tel point la force de résolution ne réussit pas. De retour parmi ses amis, qui ne furent pas peu étonnés de le revoir, il compléta ses arrangements, et le succès, cette fois, couronna ses efforts. Grâce à son énergie et à son habileté, il jeta bientôt les fondements d'une grande fortune, et eut le bonheur de raviver en même temps l'industrie d'un district fort étendu.
William Phipps, le fondateur de la famille Mulgrave ou Normanby, fut, dans son genre, un homme tout aussi remarquable que Richard Foley. Son père était armurier à Woohvich, dans l'Etat du Maine, qui faisait alors partie des colonies anglaises d'Amérique. William naquit en 1651. Ils étaient dans sa famille vingt-six enfants, dont vingt et un garçons, et ils n'avaient pour toute fortune que la force de leurs bras et la vaillance de leurs cœurs. William, qui semble avoir eu dans les veines une forte dose du sang des pirates danois, ne se plaisait point à la vie tranquille des bergers, qu'il lui fallut cependant mener durant sa première jeunesse. Aventureux et hardi par nature, il brûlait d'envie de se faire marin et de courir le monde. Il chercha à s'engager comme matelot; mais, n'ayant pu réussir, il se plaça comme apprenti chez un constructeur de navires , où il apprit à fond son état, tout en acquérant, pendant ses heures de loisir, l'art de lire et d'écrire. Ayant terminé son apprentissage, il alla habiter Boston, et là il demanda et obtint la main dune veuve qui avait quelque fortune, après quoi il monta à son propre compte un petit chantier de construc-
fion, bâtit un navire, l'équipa , mit à la Voile, ets'éfigâgêà dans le commerce des bois qu'il poursuivit péniblement et laborieusement pendant Utië dizaine d'années.
11 lui arriva un jour, comme il passait à travers les rues tortueuses <\u vieux Boston, d'entendre par hasard âc> matelots qui parlaient entre eux d'un navire espagnol qui venait de faire naufrage à la hauteur des îles lîaliamas, et que l'on supposait avoir eu à soli bord une grande quantité d'argent. Son esprit entreprenant s'enflamma a celte idée, et, avant au plus vite réuni un équipage tel qu'il le fallait pour une expédition de ce gênfê, il partit. Le navire naufragé ayant été jeté à la côte, il le trouva facilement, et réussit à recouvrer une grande partie de la cargaison, mais Irés-peu d'argent; de sorte qu'en définitive il couvrit tout juste ses dépenses. Son succès toutefois avait été assc* grand pour stimuler son esprit aventureux, et lorsqu'il entendit parler d'un autre vaisseau bien plus richement chargé, qui, plus d'un demisiècle auparavant, avait fait naufrage près de Port de la Plala, d tonna aussitôt la résOltltîdtt de tepèthët , sinon tous les débris i\u naufrage, au moins le trésor.
Trop pauvre pour entreprendre, sans aucun secours étranger, une lâche si difficile, il se rendit en Angleterre, I">ur y chercher l'assistance dont il avait besoin.' La reiiommée du sucées qu'il avait obtenu eu recouvrant les debris du navire naufragé près des Hahamas l'y avait précédé. Il s'adressa direelemenl au gouvernement , cl se montra si l'iessanf et si enthousiaste , qu'à la fin il réussit à vainnv l'inertie qui partout vs\ propre aux esprits Officiels, el que Charles II mil à sa disposition la Itose Atffitf, navire de dixhuit canons et de quatre-v ingl-quin/e hommes d'équipage, dont le commandement en chef lui fut donné.
Phipps partit à la recherche du navire espagnol et des trésors qu'il contenait. 11 atteignit sans accident la côte d'Haïti; mais la graiidedifficulté était de savoiroùse trouvait
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le navire perdu. Il y avait déjà plus de cinquante ans ((ne le naufrage avait en lieu, ël Phipps n'avait potir gUldfe que les vagues rumeurs de la tradition. Il se trouvait en présence d'une longue côte à explorer et de l'immensité de l'Océan sur lequel nulle trace de la galère perdue dans les abîmes n'était visible. Mais il avait pour lui son courage et l'espérance. Il mit ses matelots à dragudr la cote , et des semaines s'écoulèrent pendant lesquelles on ne pêcba que des varechs, des galets et des fragments de roche. Rien de plus désagréable polir des marins que celte occupation • aussi commencèrent-ils à murmurer et à se dire les uns aux autres que leur commandant les avait embarqués dans une entreprise itisëtisée.
A la longue, les plaintes éclatèrent, et les matelots se mirent ouvertement en révolte. Un jour même ils se précipitèrent en force sur le gaillard d'arrière, demandant qu'on abandonnât l'entreprise. Mais Phipps n'était pas homme à se laisser intimider : H saisit les meneurs, et lit rentrer les autres dans le devoir. Le tiavire ayant besoin de réparations, il fallut venir au mouillage tout près d'une petite île où , pour alléger le navire, on débarqua la plus grande partie des Vitres et des muni lions. Le mécontentement ne faisait qu'augmenter parmi l'équipage, et un nouveau complot fut formé parmi les gens qui étaient descendus à terre , polir s'emparer du navire , jeter Phipps par-dessus le bord, et faire la course contre les Espagnols dans les mers du Sud. Mais il était nécessaire, pour que la chose pût réussir, de s'a^uier de la coopération du maître charpentier, qu'il fallut, par conséquent, mettre au courant du complot. Or, il se trouva que l'homme était fidèle, et qu'il s'empressa d'avertir Phipps du danger qui le menaçait. Celui-ci, ayant réuni tous ceux sur lesquels il pouvait compter, fit charger les canons qui commandaient la plage , fit lever le pont qui servait de communication entre la terre et le
vaisseau, et, quand les rebelles firent leur apparition, les héla et leur déclara qu'il ferait feu sur eux s'ils avaient le malheur d'approcher des provisions qui se trouvaient encore à terre. Ceux-ci se retirèrent; et Phipps fit aussitôt embarquer tout son matériel, sous le couvert de ses canons. Les révoltés, craignant d'être abandonnés sur une plage déserte, mirent bas les armes et implorèrent la permission de revenir à leurs devoirs, permission qu'on leur accorda, tout en prenant contre eux les précautions que justifiait leur conduite antérieure. Phipps saisit la première occasion qui se présenta de congédier les mutins de son équipage, et d'engager à leur place des hommes plus sûrs ; mais, juste au moment où il aurait pu procéder avec une nouvelle activité à ses opérations, il reconnut qu'il était absolument nécessaire de retourner en Angleterre, pour y faire réparer son vaisseau. Toutefois, il avait fini par obtenir des renseignements plus précis sur le lieu où la galiote espagnole avait péri, et, quoique jusqu'ici désappointé, il avait plus de confiance que jamais dans le succès ultérieur de son entreprise. De retour à Londres, Phipps fit sur les résultats de son voyage un rapport à l'amirauté, qui feignit d'être satisfaite de ses efforts; mais, en fin de compte, il revenait sans avoir réussi, et l'amirauté ne se sentait pas fondée à lui confier un autre navire de la marine royale. Jacques II régnait alors et le gouvernement avait des ennuis de plus d'une sorte: ce fut donc en vain que Phipps essaya d'appeler l'attention du roi sur son brillant projet. Il essaya alors de réunir les fonds nécessaires au moyen d'une souscription publique. D'abord on lui rit au nez; mais ses incessantes importunités finirent par l'emporter, et pendant quatre ans, qu'il passa, du reste, dans la plus grande pauvreté, il corna si infatigablement son projet aux oreilles des grands, qu'à la longue 'il réussit. Lue compagnie fut formée sous les auspices du duc d'Albemarle, fils du général Monk, qui lui-même prit la plus