WILLIAM PHIPPS
grande partie des actions de la société, et fournit ainsi à Pliipps les moyens de poursuivre son entreprise.
Comme Foley, Phipps fut plus heureux la seconde fois que la première. Il arriva sans accident à Port de la Plata, dans le voisinage de la ligne de récifs que l'on supposait avoir été la scène du naufrage. Son premier soin fut de construire un bateau solide , à huit ou dix rames , à la construction duquel il ne dédaigna pas de mettre lui-même la main. On dit aussi qu'il construisit, pour explorer le fond de la mer, une machine dans le genre de celle qui est connue aujourd'hui sous le nom de cloche à plongeur. Déjà il est fait mention d'une machine de cette espèce dans les livres du temps ; mais Phipps ne lisait guère, et il y a lieu de croire qu'il imagina lui-même l'appareil dont il avait besoin. Il prit aussi à son service des plongeurs indiens, dont l'habileté à pêcher les perles et à exécuter toute espèce d'opérations sous -marines était depuis longtemps reconnue. Ces préparatifs terminés , on gagna les récifs avec le bateau et le bâtiment de servitude, et l'on se mit au travail. A l'aide de la cloche à plongeur et de tous les moyens en usage alors pour draguer le fond de la mer, on explora sans relâche, pendant plusieurs semaines, la ligne de récifs, mais sans la moindre apparence de succès. Phipps, toutefois, tenait bon , persistant dans son espoir, malgré la destruction successive de chacune de ses espérances. Unjour, un matelot, regardant, du bord du bateau sur lequel il était penché, au fond de l'eau, claire et tranquille en ce moment-là, aperçut une curieuse plante marine qui croissait dans un endroit qui lui fit l'effet d'une fente de rocher; il appela un plongeur indien et l'envoya chercher cette plante. Le plongeur, en la rapportant, dit qu'il y avait dans le même endroit des canons de vaisseau. Ce renseignement ne fut reçu d'abord qu'avec incrédulité; mais de nouvelles investigations prouvèrent que l'Indien avait raison. On recommença les re-
cherches, et hientôt un plongeur reparut, portant cnlre ses bras une barre d'argent massif. •■■ Hendoiis grâces à » Dieu! « s'écria Phipps, « enfin, notre fortune à tous est » faite! » Cloche et plongeurs, à qui mieux mieux, se mirent à l'œuvre, et en quelques jours or. eut repêché un trésor s'élevnnt à environ 7,500,000 francs, avec lequel Phipps lit voile pour l'Angleterre. \ son arrivée, on chercha à persuader au roi de saisir le navire et sa cargaison , sous lé prétexte que Phipps, lorsqu'il avait sollicité la permission de Sa Majesté, n'avait pas fourni des renseignements exacts sur cette affaire. Mais le roi répondit qu'il savait que Phipps était un honnèle homme et que le trésor tout entier, quelle que lut sa valeur, serait divisé entre lui ëi ses gens. Phipps eut 500,000 francs pour sa part; et le roi, pour lui témoigner l'estime qu'il faisait de l'énergie et de l'honnêteté qu'il avait déployées dans celte entreprise, le fit chevalier. 11 fut aussi nommé grand prévôt de la\'ouvelle-Angletcrre, et, durant le temps qu'il remplit ces fonctions, il rendit de grands services à la mère patrie et aux colons, par la vaillance dont il fit preuve < outre les Français, dans ses expéditions de Port-Hoyal et de Québec. Il remplit aussi le poste de gouverneur du Massachussetls ; après quoi il revint en Angleterre et mourut à Londres, eu 1690!
Phipps n'eut jamais honte d'avouer la bassesse de son origine. Dans la seconde moitié de sa carrière, il se plaisait même à rappeler avec une honnête fierté comment, de simple charpentier de navire, il s'était élevé aux honneurs delà chevalerie et au gouvernement d'tihë province; et lorsque, par hasard, quelque affaire publique l'embarrassait : « Ah! » disait-il bien haut, R combien il me serait plus facile de r< - M prendre ma bonne hache! •• 11 laissa, en mourant, une réputation de probité, d'honnêteté, de patriotisme cl de courage, qui n'est certainement pas le moins noble héritage des Normanbv, .