FRANÇOIS XAVIER
de la foi chrétienne dans les Indes portugaises, Bobadillu fut mis à la tête de cette croisade pacifique; mais, celui-ci étant tombé malade, il fallut procéder à une autre élection, et le choix tomba sur Xavier. Vêtu d'une soutane rapiécée et n'ayant pour tout bagage que son bréviaire, le missionnaire dévoué partit pour Lisbonne, où il devait s'embarquer pour l'Orient. 11 fit le voyage de Goa sur un navire qui portait le gouverneur et mille hommes de troupes destinées à renforcer la garnison de la place. Lorsque le vaisseau déploya ses voiles et commença à descendre le Tage, on remarqua que l'instant du départ, qui à plus d'un arrachait des larmes, Gt rayonner d'une joie indicible la physionomie de Xavier. Il allait convertir des nations dont il ne savait, il est vrai, ni le langage ni le nom; mais il n'éprouvait ni hésitation ni crainte. Quoiqu'on eût mis une cabine à sa disposition, il dormit sur le pont, se faisant un oreiller d'un rouleau de cordes, partageant l'ordinaire des simples matelots, veillant à leurs besoins, inventant des jeux innocents pour les distraire et, quand ils étaient malades, les soignant avec tant de patience et de bonté , qu'il devint pour eux l'objet d'une vénération touchant à l'idolâtrie.
En arrivant à Goa, Xavier fut épouvanté de la dépravation des habitants, colons et indigènes. Ceux-là, en effet, avaient importé tous les vices de la civilisation sans aucune de ses contraintes, et ceux-ci ne s'étaient montrés que trop disposés à suivre le mauvais exemple. Il se mit à parcourir les rues, en agitant une petite sonnette pour attirer les gens, et demanda, comme une grâce, qu'on voulut bien lui envoyer les enfants, pour qu'il leur donnât quelque instruction. Une foule de pauvres petits furent bientôt confiés à ses soins; et il les instruisit diligemment, les renvoyant régulièrement chez eux, fortifiés de jour en jour par les leçons de sagesse et de piété qu'il leur donnait. En même temps, il visitait les malades, les lépreux, les misérables de toute espèce, vivant
dans les hôpitaux , et ne craignant même pas de pénétres dans les repaires de la débauche. Jamais cri de souffrance humaine ne frappa vainement ses oreille.-.. Ayant entendu parler de la dégradation et de la misère des pêcheurs de perles de Mandai-, il partit pour les visiter, et hicnlôl sa clochctle sonna pour eux son miséricordieux appel. 11 baptisait cl enseignait ; mais comme il ne pouvait accomplir celle dernière œuvre qu'avec le secours d'interprètes, on peut dire que sou enseignement le plus éloquent consistait dans le dévouement qu'il apportait à servir les misérables dans leurs besoins, dans leurs souffrances et dans leurs maladies.
Poursuivant si mission, il s'en alla le long de la côle de Comorin, faisant retenlir sa clochclle dans les villes et dans les villages, au seuil des temples et des bazars, et invitant les indigènes à se réunir autour de lui pour écouler ses leçons. 11 avait fait faire des traductions du catéchisme, du Credo, des Commandements, du Pater et de quelques exercices de dévotion du formulaire de l'Kglise. Les ayant apprises luimême, il les récitait aux enfants jusqu'à ce qu'ils les sussent par cœur; et quand ils étaient parfaitement au fait de leurs leçons, il les envoyait enseigner eux-mêmes à leurs parents et à leurs voisins ce qu'ils avaient appris. Il établit, près au cap Comorin, trente "prédicateurs qui devinrent, sous sa surveillance, les pasteurs de trente églises chrétiennes. I/église, il est vrai, ne consistait souvent qu'en une hutte surmontée d'un crucifix; mais qu'importe! Il passa de là à Travancore, où il continua à faire sonner sa clochctle de village en village, à baptiser jusqu'à ce que les bras lui tombassent de fatigue, et à répéter ses formules dévotes jusqu'à ce que la voix lui manquât. Il a lui-même affirmé que le succès de sa mission surpassa toutes ses espérances. Sa pure et belle vie, son enthousiasme, l'irrésistible éloquence de ses bonnes actions faisaient des conversions partout où il allait; et, par la seule force de la
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sympathie, ses auditeurs, en l'écoutant, se laissaient gagner à son ardeur.
Poursuivi par la pensée que « le nombre des moisson- » peurs est bien petit pour l'immensité du champ à mois- » sonner » , Xavier alla ensuite à Malacca et au Japon , où il se trouva en présence de nouvelles races et de nouvelles langues. Là , tout ce qu'il put faire fut de pleurer et prier, de veiller près des malades, d'adoucir leurs peines, et quelquefois, manquant de tout, de tremper dans l'eau la manche de son surplis pour en extraire quelques gouttes à l'aide desquelles il pût baptiser les mourants. Espérant tout et ne craignant rien, ce vaillant soldat de la foi marchait, poussé en avant par son indomptable résolution. « Quelle » que soit la mort ou la torture qui m'attend, » disait-il, « je suis prêt à la souffrir mille fois pour le salut d'une » seule àme. » Il eut à endurer la faim, la soif, la nudité, les violences meurtrières ; mais il n'en poursuivit pas moins sa mission de charité, sans s'arrêter, sans se fatiguer jamais. Enfin, après douze ans d'un labeur surhumain, au moment où il s'efforçait de pénétrer en Chine, ce grand et excellent homme fut atteint de la fièvre, dans l'île de Sanchian, et reçut la couronne de gloire qu'il ambitionnait. Jamais probablement héros plus pur, plus noble, plus désintéressé, plus courageux, ne foula cette terre mortelle.
Le nombre de ceux qui suivirent les traces de Xavier est immense. Dans l'Inde se firent remarquer Schuartz, Carey, Marshman; en Chine, Gutzlaff, Morison, et bien d'autres. Carey fut un des plus courageux et des plus infatigables. Ce lui était une chose assez ordinaire, dans î'hule, que de fatiguer, le môme j<mr, trois pundits qui lui servaient de secrétaires, tandis que lui-même ne se reposait qu'en variant tes travaux. Carey, qui était lui-même fils d'un cordonnier, avait pour compagnon de ses travaux Ward , fils d'un charpentier, et Marsbman, fils d'un tisserand. Par
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leurs soins, un magnifique collège fut élevé à Sérampore , seize missions florissantes furent établies, la Bible fut traduite en seize langues, et la semence de la plus bienfaisante des révolutions fut jetée sur le sol indien. Carey n'eut jamais honte de la bassesse de sou origine. Se trouvant un jour à la table du gouverneur général, il entendit un officier, qui se trouvait en lace de lui, demander à un autre si Carey n'avait pas été cordonnier. « Non, monsieur, » s'écria aussitôt Carey, « rien que savetier, n Qu'est-ce qui pourrait mieux montrer de quelle persévérance il fut capable dès son enfance, que l'anecdote éminemment caractéristique que voici. Comme il grimpait un jour à un arbre, le pied lui glissa : il tomba et se cassa la jambe; et il lui fallut garder le lit pendant plusieurs semaines; mais aussitôt que la force lui fut revenue et qu'il put marcher sans appui, la première chose qu'il fit fut daller regrimper à ce même arbre. C'est là le genre de courage dont Carey avait besoin pour accomplir noblement et résolument, comme il le fit, les grands travaux de sa vie de missionnaire.
John Williams, le martyr d'iïrromanga, déploya la même énergie et le même dévouement. Quoiqu'il passât pour un imbécile, il était adroit dans son métier, et possédait une excellente constitution. Il fut placé comme apprenti chez un quincaillier de Londres, et, pendant quelque temps, se montra plus disposé à suivre la compagnie des jeunes libertins de son âge qu'à s'occuper de pensées sérieuses. Il cultiva toutefois son habileté manuelle, et il arriva si souvent à son maître de le trouver, durant ses heures de récréation , occupé à la forge, que celui-ci finit par lui confier tous les travaux qui requéraient une habileté ou une délicatesse particulière. II avait aussi un goût très-vif pour toutes les occupations qui l'appelaient hors de la boutique. Un sermon qu'il entendit par hasard donna à son esprit un tour plus sérieux , et il devint instituteur dans une école du diman-