‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 69 sur 133 · GRANVILLE SHARP · texte numérisé non relu

GRANVILLE SHARP

» tolérer l'esclavage en Angleterre; i et de nombreuses copies, faites de sa propre main, furent répandues par lui parmi les jurisconsultes les plus éminents de l'époque. L'ex-propriétaire de Strong, voyant à quelle sorte d'homme il avait affaire, inventa divers prétextes pour ajourner son action contre Sharp, et, à la fin, fit des propositions d'arrangement, qui furent rejetées; et Granville fit si bien circuler les exemplaires manuscrits de son pamphlet parmi les hommes de loi, qu'à la longue ceux qui avaient été engagés par la partie adverse refusèrent d'aller plus loin, et que le plaignant, en dernier résultat, fut condamné à payer triples dépens pour n'avoir pas donné suite au procès. Ce fut alors, en 1709, que le pamphlet de Sharp fut imprimé. Durant ce temps, il s'était présenté d'autres cas d'enlèvement de nègres dans les rues de Londres et d'embarquement desdits nègres pour les Antilles, où ils devaient être vendus. Toutes les fois qu'un de ces cas arrivait à la connaissance de Sharp, il s'empressait de prendre des mesures pour secourir ces malheureux. Ainsi, la femme d'un Africain, nommé Hylas, ayant été saisie et expédiée à la Barbade, Sharp, au nomd'Hylas, intenta une action à l'agresseur, obtint contre lui un jugement avec dommages-intérêts; et la femme d'Hylas fut ramenée en Angleterre et mise en liberté. En 1770, un autre nègre ayant été capturé de vive force et traité avec beaucoup de cruauté , Granville se mit immédiatement sur la trace des agresseurs. L'Africain, nommé Lewis, saisi, durant une sombre nuit, par deux bateliers employés par la personne qui réclamait le nègre comme sa propriété, avait été entraîné vers le fleuve et jeté, bâillonné et les pieds et les poings liés, dans un bateau ; après quoi, ayant descendu la Tamise, on l'avait mis à bord d'un vaisseau en partance pour la Jamaïque , où , à son arrivée , il devait être vendu comme esclave. Cependant les cris du pauvre nègre avaient attiré l'attention de quelques voisins ,

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dont l'un se rendit aussitôt chez M. (iranville Sharp, qui était déjà connu comme l'ami des nègres, pour lui faire part de l'outrage qui venait d'être commis. Sharp obtint immédiatement un mandat d'arrêt pour ramener Lewis, et partit aussitôt pour Gravescnd , où il n'arriva que pour apprendre que le vaisseau avait mis à la voile pour les Dunes. Une ordonnance à'habeas corpus fut alors obtenue, envoyée à Spitbead, et, avant que le vaisseau put quitter les côtes de l'Angleterre, mise à exécution. On trouva l'esclave attaché au grand mât, baigné de larmes cl tournant des regards désespérés vers la terre d'où il allait être arraché. Mis immédiatement en liberté, il fut reconduit à Londres, et un mandat d'amener fut lancé contre "l'auteur de l'attentat. La promptitude d'esprit , de cœur et d'action déployée par M. Sharp dans cette affaire eût difficilement pu être surpassée; et cependant il s'accusait lui-même de lenteur. La cause fut portée devant lord Ifansfield, dont l'opinion, on s'en souvient, était déjà connue comme décidément contraire a celle de Granville Sharp. Mais le juge, dans celte circonstance, évita de se prononcer sur le point en litige, et même d'exprimer une opinion sur la question du droit de l'esclave à la liberté personnelle : il mit tout simplement le nègre en liberté, se fondant sur ce que le défendeur ne fournissait aucune preuve que Lewis fût, même nominalement, sa propriété.

La question de la liberté personnelle des noirs n'était donc pas encore décidée; mais M. Sharp poursuivait assidûment sa généreuse croisade, et ajoutait, par ses efforts infatigables et sa promptitude d'action , une foule de noms à la liste de ceux qu'il avait déjà sauvés. Enfin se présenta la cause importante de James Somerset, laquelle, dit-on, fut choisie par le consentement mutuel de lord Mansfield et de M. Sharp pour amener à une issue légale et décisive la grande question qui était depuis si longtemps en litige. Le

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