‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 70 sur 133 · GRANVILLE SHARP · texte numérisé non relu

GRANVILLE SHARP

maître de Somerset avait amené celui-ci en Angleterre et l'y avait abandonné. Il voulut plus tard le faire arrêter et l'envoyer à la Jamaïque, afin de l'y vendre. M. Sharp ayant, comme de coutume, pris en main la cause du nègre et choisi des avocats pour le défendre , lord Mansfield déclara que l'affaire était d'une importance si générale qu'il la soumettrait cà la décision de tous les juges réunis. M. Sharp comprit alors qu'il allait avoir affaire aux forces combinées de tous ses adversaires; mais sa résolution n'en fut point ébranlée. Heureusement pour lui, ses efforts dans cette lutte ardente avaient déjà commencé à porter leurs fruits; le public s'intéressait de plus en plus à la question, et bon nombre de jurisconsultes éminents s'étaient ralliés à ses vues.

La cause de la liberté personnelle, alors eu question, fut complètement et impartialement discutée devant lord Mansfield assisté de trois juges, et décidée conformément au large principe du droit à la liberté personnelle, droit essentiel et constitutionnel que tout homme possède en Angleterre, à moins qu'il n'en ait été privé par la loi. Il est inutile d'entrer ici dans les détails de ce grand procès , dont les débats se prolongèrent démesurément, et dont la décision fut successivement ajournée de session en session, jusqu'à ce qu'enfin le jugement fut prononcé par lord Mansfield, dans l'esprit vigoureux duquel un tel changement s'était graduellement produit, sous l'impression des arguments de la défense, empruntés principalement au pamphlet de Granville Sharp, qu'il déclara que l'opinion de la cour était si formelle et si unanime qu'il n'était pas le moins du monde nécessaire de déférer la cause aux douze juges. Il décida que les prétentions des maîtres d'esclaves ne reposaient sur rien; que le pouvoir réclamé par eux n'avait jamais existé en Angleterre, et n'avait jamais été reconnu par la loi; et que, par conséquent, James Somerset devait être mis en liberté. En oh-

tenant ce jugement, Granville Sharp abolit en réalité le commerce des esclaves, qui jusque-là avait été ouvertement pratiqué dans les rues de Li ver pool et de Londres. Mais il lit plus ; il établit sur une base inébranlable l'axiome de droit d'après lequel un esclave , aussitôt qu'il pose le pied sur la terre d'Angleterre, est libre; et il est on ne peut plus certain que cette grande décision de lord Mansfield fut due surtout à la fermeté, à la résolution et à l'intrépidité que, du commencement jusqu'à la fin, M. Sharp apporta à poursuivre cette revendication de la liberté des noirs.

Il est inutile de suivre plus loin la carrière de Granville Sharp; et nous nous contenterons de dire qu'il continua à travailler avec un zèle infatigable à toutes sortes de bonnes œuvres; qu'il contribua à fonder la colonie de Sierra Leone, et à en faire un asile pour les nègres libérés; qu'il travailla à améliorer la condition des aborigènes dans les colonies américaines; qu'il prit part à l'agitation eu faveur de la réforme et de l'extension (\t'<~ droits politiques en Angleterre; et qu'il s'efforça d'effectuer L'abolition de la presse des matelots. Granville soutenait que le matelot anglais, aussi bien que le nègre africain, avait droit à la protection des lois, et que le fait d'avoir choisi la vie de marin n'annulait point ses droits et privilèges d'Anglais, au premier rang desquels se trouvait la liberté personnelle. M. Sharp travailla aussi, mais inutilement, à rétablir l'amitié entre l'Angleterre et ses colonies d'Amérique; et quand la guerre fratricide de la révolution américaine éclata , il se montra imbu d'un sentiment si scrupuleux de justice, qu'il résolut de ne se mêler en rien de celte lutte contre nature, et donna sa démission de l'emploi qu'il occupait au bureau de l'artillerie. Bien des gens ne virent là qu'un acte de don quichottisme ; mais cette conduite n'était que la conséquence forcée de ses principes.

Le grand objet de sa vie, celui auquel, jusqu'à la fin, il resta attaché, fut l'abolition de l'esclavage. Pour mener à

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